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Dr FOGUE Alain :« Qu’un chef d’état visite un autre état ne constitue en rien une victoire »

Dr FOGUE Alain

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« Qu’un chef d’état visite un autre état ne constitue en rien une victoire »

L’enseignant d’université et expert en géostratégie se prononce sur l’ambiance et le contexte qui entourent l’arrivée annoncée du pape Benoit XVI au Cameroun

Jean Paul II en 1985 et en 1995, puis Benoît XVI en 2009. Que cherchent les papes au Cameroun selon vous ?

On pourrait lier la succession de ces visites à la position géographique du Cameroun. Le Cameroun étant en Afrique centrale, c’est quand même le lieu de rencontre mitoyen pour tout ceux qui pourraient venir des quatre coins de l’Afrique. Et je pense qu’on devrait beaucoup plus mettre ces visites de ce côté. Il n’y pas à chercher plus loin, c’est ce que l’église a expliqué. C’est le lieu où on peut rencontrer tout le monde, on  peut faire juste la distance nécessaire pour arriver au pape.

Le frémissement au niveau du gouvernement donne l’impression que la visite d’état éclipse la tournée pastorale…

C’est tout à fait normal. Le pape c’est un chef d’état. Et un chef d’état ne peut pas arriver dans un autre état, sans que les autorités locales ne se sentent concernées par sa sécurité. C’est aussi une occasion diplomatique. Puisque le pape est un chef d’état. Il me semble normal qu’il y ait concomitance entre la visite pastorale et la dimension étatique de l’accueil du pape.

Mais certains attitudes et déclarations à travers les médias présente cette visite comme une victoire du régime en place. Etes-vous du même avis ?

Qu’un chef d’état visite un autre état ne constitue en rien une victoire. C’est dans le cadre normal des relations entre états. Ceux qui dans cette presse officielle présente ça comme un trophée devrait peut-être s’aviser et se raviser pour constater que dans la vie normale des états, les chefs d’états se rendent visite. Personne n’a jamais prétendu qu’aucun chef d’état ne rendra visite au Cameroun.

La facture sociale de la visite de Benoît XVI au Cameroun est importante, au regard de la brutalité avec laquelle commerces et habitations sont détruites en bordure de route. Le gouvernement a-t-il quelque chose à cacher à propos de Yaoundé ?

Je pense qu’on doit dissocier l’accueil républicain qui est préparé au pape en tant que chef d’état du Vatican, de l’action… je dirais de nettoyage qui est menée de manière pas tout à fait fine par la Communauté urbaine de Yaoundé. Parce que, j’ai bien peur que si on établissait un lien entre les déguerpissements démonstratifs et la visite du pape que ça ne fasse fuir les ouailles. Les gens pourraient penser que si c’est le prix à payer pour aller au ciel, ils préféreraient encore vivre sur terre. Il peut avoir une très mauvaise compréhension de ces casses par les Yaoundéens qui pour beaucoup sont des fidèles. On devrait faire attention de conduire ce type de casses que j’ai critiquées en son temps. Ma position n’a pas beaucoup varié. Yaoundé est dans un tel désordre qu’il faut faire quelque chose. Mais il faut le faire intelligemment. Je cite à titre d’exemple l’entrée d’Emana. Il y a moins de deux ans que cette entrée a été refaite. Ça a coûté de l’argent au contribuable. Maintenant on est entrain de détruire pour refaire. Il ne faut pas qu’on interprète mal ce que je dis. Yaoundé a besoin d’être pensée. Mon opinion personnelle est que Yaoundé est dépassée, il faut une nouvelle ville au Cameroun. Les dépenses qu’on effectue aujourd’hui, 11 milliards pour un échangeur… Quand on sait qu’il faut partir de la piste de la briqueterie pour arriver sur l’échangeur ultramoderne, et qu’on en sort pour entrer dans les pistes d’Etoa-Meki. C’est comme un échangeur dans nul part.

Vous dissocier les casses actuelles de l’imminence de  l’arrivée du pape ?

Je ne dis pas que ça n’a rien à voir. Il ne faut pas être sorti de polytechnique pour voir que c’est le parcours que devrait emprunter le pape qui est sur orbite. Mais avant ça, il y a eu d’autres quartiers. Je dis seulement que ces casses peuvent produire un contre effet. C’est-à-dire que ça risque d’amener les Yaoundéens à rejeter cette visite qui en principe aurait du être un moment de fête, de communion pour les fidèles. Mais comment pensez-vous qu’un Yaoundéen qui a été déguerpi fera pour avoir le cœur en fête et aller à la Cathédrale le jour où le pape sera là. Ça risque d’être contre productif. Et je dois souligner que je doute de l’efficacité et de l’intérêt des casses telles que pratiquées aujourd’hui. Quand on va par exemple à la briqueterie, on casse les neufs premières rangées de maisons parce qu’elle est moche. Mais la 10e rangée est tout aussi moche que la première. Le problème essentiel de Yaoundé, c’est que la ville n’est plus capable de supporter cette démographie et ce niveau d’activité. Les autorités de la République doivent penser une ville nouvelle, une ville école. Une ville dans laquelle on apprend aux Camerounais à vivre en ville. Parce qu’aujourd’hui, nous avons ramené nos habitudes du village en ville. Ce qui fait qu’on vit à Yaoundé comme on vit à Ngomedzap ou à Batoufam. On a besoin d’une ville nouvelle dans laquelle on va éduquer le citoyen.

Entretien avec

Édouard TAMBA

La toilette forcée de Yaoundé pour le pape

YAOUNDÉ

Toilette forcée pour Benoît XVI

Pour la visite de Benoît XVI au Cameroun, le gouvernement a donné un certain visage à la capitale, Yaoundé. Aménagements des trottoirs, parkings, signalisation, routes, éclairage public… d’une part. Et déguerpissements d’autre part. Le centre-ville a été particulièrement visé par ce dernier volet. Les vendeurs de téléphones portables exerçant sur l’avenue Kennedy, ont été les premières victimes de ces opérations dites d’assainissement. Vendredi 27 février 2009, ils ont été interpellés par centaines, et leurs marchandises saisies, à la suite d’un coup de force du Groupement territoriale de la gendarmerie du Mfoundi. Ceux ayant été identifiés sont ensuite libérés. De même que les marchandises aux origines justifiées leurs sont rendus.

Les forces de l’ordre remettent ça le mercredi suivant, 4 mars. Cette fois, policiers, gendarmes et milice de la Communauté urbaine de Yaoundé sont à la manœuvre. Les trottoirs entourant la place Amadou Ahidjo (rond-point de la poste centrale) sont déguerpis de force. Ceux qui y vendaient vêtements, CD et DVD piratés, appareils électroniques, livres et autres bibelots sauvent ce qu’ils peuvent. Des marchandises sont saisies et rangées en vrac dans un camion de la Cuy. Les commerces jouxtant son détruits à l’aide d’un bulldozer. Copieurs, ordinateurs, moniteurs et autres appareils sont saisis quant à défaut d’être détruit comme les baraques en bois.

Une ceinture de gendarmes empêche quiconque de s’échapper avec ses biens. Matraques, casques vitrés, jambières, protège-tibias, boucliers, lance-grenade… Les gendarmes ont l’allure suffisamment dissuasive. Leurs camions sont stationnés en travers de la route. Le trafic routier s’en trouve perturbé. Comme-ci cela ne suffisait pas, le Groupement mobile d’intervention (Gmi) de la police nationale est présent. Encerclant la zone du siège de Camtel. Ces unités spéciales s’ajoutent aux éléments mobilisés dans les 4 commissariats centraux de la ville, et les 14 commissariats d’arrondissement. Plus de 400 policiers et gendarmes selon une source policière. L’ambiance de février 2008 n’est pas loin…

Les alentours de la cathédrale Notre-Dame des Victoires sont pris d’assaut. Les livres vendus « au poteau » tombent dans l’escarcelle de la Cuy. L’avenu Kennedy subit la même furie. Et l’arrière des bâtiments est fouillé. Les démolisseurs ont des renseignements précis sur les lieux d’entreposage à l’Immeuble de la mort, l’immeuble Shell, le marché central… Les magasins sont défoncés et les marchandises saisies. Le lieu dit « Grand couloir », qui est un espace de vente contenant environ une trentaine d’échoppes de téléphones portables et accessoires, est mis à nu. L’avenue Kennedy reçoit le même jour une deuxième visite des agents de la Cuy. Cette fois, aucun comptoir ne sera épargné. Qu’ils soient fait en bois ou en verre, les comptoirs sont démolis.

La journée du 05 mars 2009, est considérée comme un « jeudi noir » pour les commerçants du marché central. Le trajet Avenue Kennedy – Carrefour Sho reçoit la visite des engins de la Cuy. Comptoirs et marchandises avec sont réduits en pâtes. Malgré la résistance de certains commerçants, les machines de Tsimi Evouna démolissent les comptoirs de fortunes et toutes les échoppes situées au voisinage de la chaussée. Plus d’une centaine de comptoirs sont broyés pendant l’opération. Avant le Marché central, l’escadron a fait une descente au boulevard Ahmadou Ahidjo, à la montée Ane Rouge et au Carrefour intendance, écrasant tout sur son passage.

Ce même jeudi, le délégué du gouvernement auprès de la Cuy superviser les opérations autour de midi. Le camion équipé de canons à eau du Gmi renforce le dispositif. Tsimi Evouna arpente les dédales du centre-ville à pied. « Enlevez-moi tout ça », « Cassez jusqu’ici », « Je ne veux plus voir ça »… ordonne-t-il au fur et à mesure. Assongmo Necdem, reporter au quotidien Le Jour est interpellé et séquestré dans le char à eau du Gmi. Il y passera près d’une demi-heure, avant d’être relâché, sans son appareil photo. Imperturbable, Tsimi Evouna continue d’indiquer les lieux à nettoyer. Les occupants disposent de 24h pour déguerpir. Les mendiants sont aussi prévenus. La menace est mise à exécution au matin de vendredi 6 mars. Policiers et gendarmes sont placés en faction à travers la ville. Histoire de s’assurer que les déguerpis ne jouent pas les récalcitrants.

Évidemment, c’est un concert de lamentations qui accompagne l’action de la Cuy. « Gars, ils m’ont ruiné. Je n’ai eu que le temps de sauver les Cd-ci que tu vois. Ils ont pris mon unité centrale et tout mon matériel », raconte William. Ce dernier exerçait en face du supermarché Casino. « Ils nous raconte que le pape arrive, Et puis quoi encore ? C’est le pape qui nourrit nos familles ? On croyait que c’est à partir du 10 mars qu’ils devaient nous sommer de déguerpir, mais aujourd’hui, ils surgissent sans nous prévenir », se plaint un vendeur de téléphone portable à l’Avenue Kennedy. La colère de ces derniers s’accompagne de toutes sortes d’injures vis-à-vis du régime en place. « Ils veulent cacher quoi ? Donc il faut montrer au pape que c’est le paradis ici ? », poursuit un autre. Pour eux, les actes du Délégué du gouvernement relèvent de la barbarie. Impuissants face à la réalité, ils renient même le pays auquel ils appartiennent. « Avant, je croyais qu’en ville, je pouvais gagner ma vie paisiblement, mais aujourd’hui je réalise que mon propre pays veut ma chute. Il est peut être temps pour moi de retourner au village », regrette un commerçant.

Edouard TAMBA

et Christian TCHAPMI

Les projets de Tsimi Evouna adoptés avec faute

Communauté urbaine de Yaoundé

Les projets de Tsimi Evouna adoptés avec faute

La session du conseil de la Communauté urbaine de Yaoundé ouvert le 19 décembre 2008 a connu son épilogue hier, 8 janvier 2009. Toutes les délibérations ont été adoptées

Feu vert à Tsimi Evouna. Mais...

Feu vert à Tsimi Evouna. Mais...

Certains s’attendaient à des échanges houleux. Il n’en a rien été. Du moins en public. Les commissions du  Conseil de la Communauté urbaine de Yaoundé autorisent finalement le Délégué du Gouvernement à réaliser l’ensemble de ses projets. Les délibérations n° 14, 15, 16 et 17, sources de désaccords lors du conseil ordinaire du 19 décembre dernier sont passées, comme des lettres à la poste. La première, autorise « le délégué du gouvernement à signer la convention de partenariat pour la réalisation d’un programme immobilier sur le site de l’ex-camp Sic Tsinga ». La seconde, autorise Tsimi Evouna « à aliéner à la société Timbal une partie du site de l’ex-camp sic Tsinga ». La délibération n°16 autorise le délégué du gouvernement « à négocier et à signer une convention de partenariat pour la réalisation d’un complexe immobilier sur le site Repiquet-Ancien marché Sho ». Quand au n°17 il s’agit d’une autorisation permettant au président du Conseil de la Cuy d’aliéner une partie des emprises foncières de l’ancien marché Sho ».

Les commissions des affaires sociales d’une part, et des affaires domaniales et des infrastructures d’autre part, ont tout de même tenu à rappeler au Délégué du gouvernement qu’il doit respecter les dispositions la loi 2006/012 fixant le régime général des contrats de partenariat, ainsi que le décret du Premier ministre portant application de cette loi. Il en est de même pour les dispositions de l’article 36 de la loi 2004/017 sur l’orientation de la décentralisation au Cameroun. Il se trouve que Gilbert Tsimi Evouna, à la grande surprise des conseillers, avait déjà signé lesdites conventions. Celle de l’ex camp sic Tsinga avec la société Timbal le 30 juillet 2008. Et le contrat avec La Sarl Prg pour le projet du marché Sho le 15 septembre 2008. « Les procédures n’ont pas été entièrement respectées », d’où la nécessité d’une « reformulation de la délibération par le délégué », observe la Commission des affaires domaniales. Par conséquent, cette commission « propose l’adoption des délibérations 14 et 15, sous réserve d’une reformulation de ces délibérations ». Idem pour les n°16 et 17.

Les conseillers ont reculé. Tsimi « Jack Bauer » Evouna crie victoire. « Moi j’ai appelé ça agitation de surface avec une petite minorité qui a vite été maîtrisée. Je crois que face à la grande majorité, ils ont compris qu’ils devaient s’aligner », pérore-t-il. La délibération n°21 portant signature d’une convention avec le ministère des sports et de l’éducation physique a aussi été adoptée. En face, des conseillers pensent qu’il n’y a pas de quoi se venter. « Nous avons fendu la poire en deux, pour que le délégué ne perde pas la face. De plus, Il ne fallait pas que nous donnions l’impression de vouloir bloquer les projets de la Communauté urbaine », relativise un membre de la commission domaniale et des infrastructures. Selon lui, le problème est loin d’être réglé. Car, « ce n’est pas le conseil de la communauté urbaine qui autorise le délégué du gouvernement à signer une convention de partenariat. Il doit avoir l’accord du Premier ministre conformément à la loi 2006/012 », explique-t-il. En attendant le respect de cette disposition, les services techniques se disent prêts. « Du moment que les délibérations ont été votées, techniquement nous sommes prêts », confie le 6e Adjoint du délégué du gouvernement, Ngougo Jean.

Edouard TAMBA

Gilbert TSIMI EVOUNA:”Les démolitions vont bientôt recommencer”

Gilbert TSIMI EVOUNA

Je vais démolir pour le Minsep

Je vais démolir pour le Minsep

« Les démolitions vont bientôt recommencer »

Le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé se réjouit de l’issue de la session extraordinaire du conseil. Les démolitions vont se poursuivre avec Camp Yeyap et la Briqueterie dans la ligne de mire pour des espaces de sport

Monsieur le délégué, quel est votre sentiment à l’issue de ce conseil ?

L’essentiel de cette session extraordinaire, c’est que certains ont voulu qualifier de désaveu du délégué du gouvernement par les conseillers. Mais ce n’était qu’une fausse rumeur. Je crois que vous avez vu. Les choses sont d’ailleurs passées très rapidement. Tous les projets qui n’avaient pas pu être examinés ce jour-là, c’était à cause d’une journée très chargée. Je devais inaugurer les restaurants du Centre administratifs, et aller au Palais des sports pour une cérémonie, ça n’avait pas été facile. J’avoue que il y avait chez certains, pour des raisons qui sont les leurs, une petite agitation. Moi j’ai appelé ça agitation de surface avec une petite minorité qui a vite été maîtrisée. Je crois que face à la grande majorité, ils ont compris qu’ils devaient s’aligner.

Comment avez-vous désamorcé la tension entre certains conseillers et vous au sujet des projets de Tsinga et Marché Sho ?

Le délégué est habitué à gérer les situations difficiles. Même quand j’assurais l’intérim vous avez vu, il y a avait des tensions. Je garde mon calme ; je sais comment poser mes actes. Et devant les difficultés, il ne faut pas s’agiter. Quand les gens font du bruit restez calme et regardez les. Et doucement, vous arrêtez votre stratégie, sans qu’ils ne soient au courant. Je vous ai vu venir nombreux, vous croyez que ça allait être la tempête. Il n’y arien eu.

Quels sont les priorités de l’année qui commence en terme de chantiers ?

Nous avons des engagements pour les opérations d’embellissement de la ville. Beaucoup de chantiers ont été réalisés à moitié. Notre politique, c’est de faire des choses importantes, donc on est obligé d’aller par étapes. Si vous allez au niveau de l’Enam, vous allez voir où je me suis arrêté. Maintenant il faut continuer jusqu’au niveau de l’axe de l’Assemblée nationale. Si vous venez vers Nkolbisson, chez moi, vous verrez ce qui a été engagé. Et même au niveau du Capitol. Le chantier qui a été entamé là-bas doit se poursuivre. Il y a aussi l’extension de l’Hôtel de ville. Il faut d’abord terminer ces chantiers avant d’engager d’autres. Qui trop embrasse mal étreint. Nous allons poursuivre l’embellissement de la ville, mais de manière cohérente.

Peut-on s’attendre à des démolitions de grande envergure en 2009 ?

Le délégué ne démolit pas pour démolir. Il démolit pour construire. J’ai signé un accord de partenariat avec le ministère des Sports et de l’Education physique. Ils voudraient s’appuyer sur moi pour trouver du terrain, et construire des espaces de sport. Si on démolit, c’est pour que l’Etat ait des terrains. En tout cas, les constructions que nous démolissons actuellement sont celles qui ne doivent plus être en plein centre urbain. Vraiment, quand vous passez au niveau de la briqueterie, il y a de vielle bâtisses. Au niveau du Camp Yeyap, vous voyez des baraques qui datent des années 1950. C’était déjà là quand j’étais encore enfant. Ces bâtiments ont quoi ? Est-ce que ce sont des lieux historiques pour demander qu’ils soient protégés ? En tout cas, les démolitions vont se poursuivre. Elles vont bientôt recommencer.

Propos recueillis par

Édouard TAMBA

Tsimi Evouna démolit autour du Palais des sports

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URBANISATION

La désolation encercle le Palais des sports

Les bâtisses  qui jouxtaient le palais des sports  au quartier Briqueterie à Yaoundé sont en démolition depuis jeudi dernier. La Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) reste évasive sur ses projets

Une quarantaine de maisons et des dizaines de boutiques détruites aux abords du palais des sports. Ce lundi 25 août 2008, on se croirait dans un champ de ruine après le largage d’une bombe. Des dizaines de jeunes s’activent à détruire le bâtiment de l’ex hôtel Aurore. Le toit est progressivement démonté et les feuilles de tôles rangées. La charpente et les murs en béton subissent le même sort. Les démolisseurs emploient marteaux et burins. D’autres se chargent de récupérer les matériaux extraits. Gravats, fer à béton, planches, carreaux… sont aussitôt mis en vente sur le bord de la route. Les prix varient selon l’importance et l’état de la marchandise. Un contre-plaqué coûte par exemple entre 1000Fcfa et 2500Fcfa. Un porte-tout rempli de gravats coûte 2000Fcfa. Les frais de transport sont fonction de la distance. ” Donne ce que tu as “,  suggère l’un des vendeurs à une dame excédée par le temps du marchandage.

Les déguerpis, ont désertés les lieux. “Lorsque le propriétaire d’un immeuble a appris que la Communauté urbaine était déjà entrain de casser sa propriété, Il s’est mis à délirer. Il a essayé de monter dans l’immeuble pour y mourir. Mais il a été retenu par des gens. Ensuite, il s’est évanoui. Heureusement pour lui, ses sœurs étaient là pour le conduire à l’hôpital », affirme la tenancière d’un bar à côté. En dépit de cette crise de nerfs, sa propriété a été détruite. Certaines victimes avouent leurs difficultés à se recaser. C’est le cas de M.T qui dit détenir son permis de bâtir  depuis 1967. La croix de Saint-André a été apposée sur sa maison le 20 août 2008. La Cuy est venue démolir deux jours plus tard. Cette dernière se retrouve à la rue avec 8 enfants et petits enfants, dont l’âge varie entre 8 ans et 18 ans. Elle a du s’installer chez un membre de sa famille,   à cause de l’impossibilité de trouver une nouvelle maison sur le champ. Les enfants quant à eux sont dispersés chez d’autres membres de la famille. A deux semaines de la rentrée scolaire, leur mère s’inquiète.

La chefferie démolie

L’inquiétude est aussi de mise chez Marie Mbida, la veuve du défunt chef du quartier Briqueterie,  feu Omer Vincent Mbida. La sœur de ce dernier, âgée de 62 ans, se confie, les yeux larmoyants. « Nous sommes dans ce quartier depuis 1927. Moi même je suis née ici, mon frère aîné qui a 70 ans y a aussi vu le jour. Nous avons cinq maisons dans ce quartier. Ils veulent  nous chasser sans dédommagement. Aucune expertise n’a été faite. Ils n’ont rien prévu pour nous recaser. Nous avons tout  simplement convoqué par la communauté urbaine à l’hôtel de ville Lundi 18 août 2008, pour voir notre titre foncier. Ensuite ils ont dits qu’ils verront notre dossier en fin d’année. Nous avons une marmaille d’enfants qui n’iront pas à l’école à cause de cette situation. Comment le chef de l’Etat peut accepter une telle situation ? » S’interroge Adelaïde Amougou Belinga.

La Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) déguerpit les alentours du futur Palais des sports pour divers projets. Parkings payants et autres espaces de loisirs y sont annoncés. Des indiscrétions croient savoir que les démolitions vont se poursuivre et s’étendre. Ajoutant que bon nombre de propriétaires fonciers ont été dédommagés. Le directeur des services techniques de la Cuy reste évasif. « Nous sommes encore entrain de mener des études. Vous serez informés le moment venu », déclare Arnaud Philippe Ndzana.

Edouard TAMBA

et Édith DJUIDJE

Diam’s en fiasco à Yaoundé

SPECTACLE

L’amateurisme brise l’éclat de Diam’s à Yaoundé

Le concert de Diam’s s’est achevé en queue de poisson samedi 26 avril 2008 à Yaoundé. Après l’échec du 19 janvier dernier

Le concert est annoncé pour 17h. Heure à laquelle l’organisation du concert installe encore le matériel, teste la sonorisation. Et la foule commence à s’impatienter. Les quatre grandes entrées de l’hôtel de ville sont prises d’assaut. Seules les personnes possédant les billets Vip entrent en compte-goutte. Il est 17h55 lorsque la foule perd patience. L’entrée principale de l’esplanade de l’hôtel de ville est traversée de force. Il faut jouer des coudes pour avancer. Quelques personnes tombent et se font marcher dessus. L’étroitesse de ce portail amène la population à escalader la clôture. Les barricades sensées protégées les espaces vertes sont renversées, et la pelouse piétinée. Les vigiles sont rapidement débordés et assistent impuissants au spectacle.

Certains ramassent des chaises en plastique au passage. Ils s’en servent d’abord pour se frayer un chemin. Ensuite, pour se tenir dessus ; debout. Quelques animateurs montent sur le podium et commence à « chauffer » le public. S’ensuit un appel de détresse. « Où est la sécurité ? », lance Tony Nobody. « On est débordé ici, s’il vous plaît les gars doucement. Attention à la console », poursuit-il tel un prêcheur dans le désert. C’est autour de 19h20 que les autres portails sont ouverts. La bousculade continue. Et les conséquences apparaissent derrière le podium. « Passage passage », crie les brancardiers. Des personnes victimes de malaises arrivent presque toutes les minutes par brancard. C’est sur l’asphalte qu’elles sont déposées. Sur le podium, le spectacle continue. Thierry OIemba, « l’homme orchestre », fait son show. Des sonorités de caisses claires, tambours, guitare basse… sortent de sa bouche. Pour le grand bonheur de la foule qui en redemande. Des victimes continuent d’arriver du côté de ce qui tien lieu d’infirmerie.

« Les véhicules sont en réfection pour le défilé du 20 mai, on a une seule voiture », révèle un sapeur pompier. C’est à 20h30 que le délégué du gouvernement, Gilbert Tsimi Evouna, débarque sur le lieu du macabre spectacle. Avec le 2e adjoint au commissariat central n°I, et le directeur général de Orange Cameroun, Philippe Lucxey, dans sa suite. « Ce sont des jeunes. C’est la première fois qu’une telle artiste fait un spectacle ici », commente Tsimi Evouna comme pour justifier les débordements observés. Il glisse ensuite quelques billets de 10 000 Fcfa au staff médical et s’en retourne. « Ils [les organisateurs du concert, ndlr], nous ont dit que le concert allait de 17h à 21h. Donc mon contrat s’achève à 21h », indique à voix basse le médecin de l’équipe.

Une rumeur sourde annonce qu’il demande l’annulation du concert. C’est sur le podium que le délégué du gouvernement réapparaîtra, pour faire son show. « J’étais à paris hier. J’ai pris l’avion à Roissy Charles de Gaulle à 11h. Je suis arrivé ici à 18h. Et me voici », raconte celui que ses collaborateurs ont surnommé « Homme sec ». « Tout va très bien », assure-t-il à l’assistance avant d’affirmer que Diam’s arrive. C’est à 21h30 que celle-ci fait son apparition, toute en noir. Elle lance « La boulette (génération non non) ». « Alors ouais, j’me la raconte, ouais ouais, je déconne. Non non ce n’est pas l’école qui m’a dicté mes codes. On l’a dit qu’t’aimais le rap, voilà de la boulette. Sortez les briquets, sortez les briquets (…)», entonne la rappeuse. Le public exulte et chante avec elle. Le temps d’un couplet. Puis la sono lâche.

Diam’s quitte la scène. On apprend qu’un câble aurait lâché. Tsimi Evouna réapparaît pour arranguer la foule. Rien n’y fait. Diam’s ne reviendra pas. Malgré les espoirs du public resté en masse. « Orange faux réseau, Orange faux réseau… », scande la foule. D’autres spectateurs se défoulent en brisant les sièges. « Rentrez chez vous », leur lance la police autour de minuit et demi. Déçu, le public se résout à partir. Non sans avoir traité les organisateurs du concert de tous les noms d’oiseaux et de reptiles.

Edouard TAMBA