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La toilette forcée de Yaoundé pour le pape

YAOUNDÉ

Toilette forcée pour Benoît XVI

Pour la visite de Benoît XVI au Cameroun, le gouvernement a donné un certain visage à la capitale, Yaoundé. Aménagements des trottoirs, parkings, signalisation, routes, éclairage public… d’une part. Et déguerpissements d’autre part. Le centre-ville a été particulièrement visé par ce dernier volet. Les vendeurs de téléphones portables exerçant sur l’avenue Kennedy, ont été les premières victimes de ces opérations dites d’assainissement. Vendredi 27 février 2009, ils ont été interpellés par centaines, et leurs marchandises saisies, à la suite d’un coup de force du Groupement territoriale de la gendarmerie du Mfoundi. Ceux ayant été identifiés sont ensuite libérés. De même que les marchandises aux origines justifiées leurs sont rendus.

Les forces de l’ordre remettent ça le mercredi suivant, 4 mars. Cette fois, policiers, gendarmes et milice de la Communauté urbaine de Yaoundé sont à la manœuvre. Les trottoirs entourant la place Amadou Ahidjo (rond-point de la poste centrale) sont déguerpis de force. Ceux qui y vendaient vêtements, CD et DVD piratés, appareils électroniques, livres et autres bibelots sauvent ce qu’ils peuvent. Des marchandises sont saisies et rangées en vrac dans un camion de la Cuy. Les commerces jouxtant son détruits à l’aide d’un bulldozer. Copieurs, ordinateurs, moniteurs et autres appareils sont saisis quant à défaut d’être détruit comme les baraques en bois.

Une ceinture de gendarmes empêche quiconque de s’échapper avec ses biens. Matraques, casques vitrés, jambières, protège-tibias, boucliers, lance-grenade… Les gendarmes ont l’allure suffisamment dissuasive. Leurs camions sont stationnés en travers de la route. Le trafic routier s’en trouve perturbé. Comme-ci cela ne suffisait pas, le Groupement mobile d’intervention (Gmi) de la police nationale est présent. Encerclant la zone du siège de Camtel. Ces unités spéciales s’ajoutent aux éléments mobilisés dans les 4 commissariats centraux de la ville, et les 14 commissariats d’arrondissement. Plus de 400 policiers et gendarmes selon une source policière. L’ambiance de février 2008 n’est pas loin…

Les alentours de la cathédrale Notre-Dame des Victoires sont pris d’assaut. Les livres vendus « au poteau » tombent dans l’escarcelle de la Cuy. L’avenu Kennedy subit la même furie. Et l’arrière des bâtiments est fouillé. Les démolisseurs ont des renseignements précis sur les lieux d’entreposage à l’Immeuble de la mort, l’immeuble Shell, le marché central… Les magasins sont défoncés et les marchandises saisies. Le lieu dit « Grand couloir », qui est un espace de vente contenant environ une trentaine d’échoppes de téléphones portables et accessoires, est mis à nu. L’avenue Kennedy reçoit le même jour une deuxième visite des agents de la Cuy. Cette fois, aucun comptoir ne sera épargné. Qu’ils soient fait en bois ou en verre, les comptoirs sont démolis.

La journée du 05 mars 2009, est considérée comme un « jeudi noir » pour les commerçants du marché central. Le trajet Avenue Kennedy – Carrefour Sho reçoit la visite des engins de la Cuy. Comptoirs et marchandises avec sont réduits en pâtes. Malgré la résistance de certains commerçants, les machines de Tsimi Evouna démolissent les comptoirs de fortunes et toutes les échoppes situées au voisinage de la chaussée. Plus d’une centaine de comptoirs sont broyés pendant l’opération. Avant le Marché central, l’escadron a fait une descente au boulevard Ahmadou Ahidjo, à la montée Ane Rouge et au Carrefour intendance, écrasant tout sur son passage.

Ce même jeudi, le délégué du gouvernement auprès de la Cuy superviser les opérations autour de midi. Le camion équipé de canons à eau du Gmi renforce le dispositif. Tsimi Evouna arpente les dédales du centre-ville à pied. « Enlevez-moi tout ça », « Cassez jusqu’ici », « Je ne veux plus voir ça »… ordonne-t-il au fur et à mesure. Assongmo Necdem, reporter au quotidien Le Jour est interpellé et séquestré dans le char à eau du Gmi. Il y passera près d’une demi-heure, avant d’être relâché, sans son appareil photo. Imperturbable, Tsimi Evouna continue d’indiquer les lieux à nettoyer. Les occupants disposent de 24h pour déguerpir. Les mendiants sont aussi prévenus. La menace est mise à exécution au matin de vendredi 6 mars. Policiers et gendarmes sont placés en faction à travers la ville. Histoire de s’assurer que les déguerpis ne jouent pas les récalcitrants.

Évidemment, c’est un concert de lamentations qui accompagne l’action de la Cuy. « Gars, ils m’ont ruiné. Je n’ai eu que le temps de sauver les Cd-ci que tu vois. Ils ont pris mon unité centrale et tout mon matériel », raconte William. Ce dernier exerçait en face du supermarché Casino. « Ils nous raconte que le pape arrive, Et puis quoi encore ? C’est le pape qui nourrit nos familles ? On croyait que c’est à partir du 10 mars qu’ils devaient nous sommer de déguerpir, mais aujourd’hui, ils surgissent sans nous prévenir », se plaint un vendeur de téléphone portable à l’Avenue Kennedy. La colère de ces derniers s’accompagne de toutes sortes d’injures vis-à-vis du régime en place. « Ils veulent cacher quoi ? Donc il faut montrer au pape que c’est le paradis ici ? », poursuit un autre. Pour eux, les actes du Délégué du gouvernement relèvent de la barbarie. Impuissants face à la réalité, ils renient même le pays auquel ils appartiennent. « Avant, je croyais qu’en ville, je pouvais gagner ma vie paisiblement, mais aujourd’hui je réalise que mon propre pays veut ma chute. Il est peut être temps pour moi de retourner au village », regrette un commerçant.

Edouard TAMBA

et Christian TCHAPMI