Tag Archives: Benoït XVI

Habemus condom!!!

HUMEUR

Habemus condom!!!

Quel accueil ! Arrivé au Vatican à bord d’un hélicoptère, le souverain pontife tombe sur une manifestation place Saint Pierre. Ce 23 mars 2009 aux environs de 17 heures GMT, des dizaines de membres d’associations et de militants de partis politiques expriment leur mécontentement vis-à-vis de Benoît XVI. « Oui à la vie, oui à la liberté, le préservatif c’est la responsabilité », « Pour la vie, Pour les préservatifs », scandent les pancartes des manifestants. Une réaction à la sortie médiatique de Benoît XVI le 17 mars dernier. Durant son voyage à destination du Cameroun il a dit aux journalistes que le préservatif ne pouvait pas être une solution à la lutte contre le sida. Suggérant au passage que ces bouts de plastiques contribueraient à la propagation du mal.

Ces propos lui ont même valu un titre d’ « assassin » décerné par des élus du parti communiste français et les membres de l’association de lutte contre le sida, Act-Up. A l’occasion, ces derniers et les jeunes catholiques de la cathédrale Notre-Dame en sont venus aux mains. La bagarre générale sur le parvis de la cathédrale a captivé l’attention de la presse occidentale. Du pain béni pour cette dernière. Celle-là qui avant même l’arrivée du pape en Afrique aura réussi à orienter toutes les attentions de ses audiences vers le débat sida/préservatif. Benoît XVI était encore dans les airs que France 24, Radio France internationale et les autres se faisaient l’écho d’une prise de position « décalée de la réalité ». En dehors de la mobilisation à travers les rues et les tracasseries dues aux perturbations du trafic à Yaoundé, les habitants de cette cité ne gardent pas grand-chose en mémoire. Si ce n’est que le « pape a dit qu’il est contre l’usage du préservatif ».

Une occasion pour toute sorte d’associations de sortir de leurs trous pour s’insurger. C’est ainsi que durant une semaine de voyages, de messes, de discours… la position du pape de l’Eglise catholique romaine sur l’usage du préservatif a subrepticement ravi la vedette à la réalité de son propos sur la lutte contre le sida. « Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème », a-t-il dit. Et de proposer un double engagement. « Une humanisation de la sexualité » se traduisant par « un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre » ; et « une véritable amitié également et surtout pour les personnes qu souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent ».

Des solutions bien trop compliquées pour cette humanité de l’ère des vitesses. Les relations sexuelles sont désormais l’enjeu, l’objectif et le socle de tous les contacts humains. Et s’il y a des dangers comme le sida… la morale se défile. Le devoir d’éduquer des hommes et non des bêtes de sexes se substitue aux slogans publicitaires du genre : « Pincez, Déroulez ! » On se croirait dans un culte dont l’homélie s’achève ainsi : « Allez et accouplez vous. Quand il vous plaira. Comme il vous plaira. Avec qui il vous plaira et surtout n’ayez aucune crainte : Habemus condom ! »

Edouard TAMBA

Nsimalen fait peau neuve pour Benoît XVI

PRÉPARATIFS

archives ongola.com

archives ongola.com

Nsimalen fait peau neuve pour Benoît XVI

C’est le grand ménage dans l’aérogare de l’aéroport international de Nsimalen. Un agent d’entretien s’emploie à faire briller le sol à l’aide d’un appareil roulant dans le hall. Il en sort une odeur de détergent. Les hôtesses commises aux renseignements papotent dans leur box en attendant d’éventuels usagers. « Il faut aller à la direction, là-bas en face du restaurant pour avoir des informations », lâche l’une d’elles. Un ruban de rayé de rouge et blanc ferme l’accès à l’ascenseur et aux escaliers roulants. Non loin, une demi-douzaine d’éléments de la garde présidentielle veille. Plus haut, pas grand monde. Le restaurant est aussi vide que les boutiques d’en bas. « Est-ce qu’ils sont là ? Ils doivent tous être au pavillon », lance une dame au secrétariat de la direction de l’aéroport à propos des responsables. Ces derniers seraient occupés à régler les derniers détails liés à l’accueil de Benoît XVI au pavillon présidentiel de l’aéroport.

Pour plus de précisions « il faut vous adresser la direction des Aéroports du Cameroun (Adc) ». Le parcours de l’aérogare au siège des Adc permet de remarquer que des coups de pinceaux sont passés un peu partout ; murs, signalisation routière horizontale… L’herbe a été taillée. Le silence des lieux est troublé par des bruits d’appareils volant de l’armée de l’air, un hélicoptère, puis un chasseur bombardier. Des véhicules de couleur jaune de la sécurité de l’aéroport manœuvrent sur la piste d’atterrissage. D’autres  véhicules aux formes les unes aussi complexes que les autres se succèdent à l’atelier de mécanique des Adc. Les chantiers entamés ici ne seront probablement pas achevés avant l’arrivée du souverain pontife. Son atterrissage dans le seul aéroport que compte la capitale camerounaise pourrait perturber le trafic habituel.

« S’il y a des dispositions particulières à prendre en ce qui concernent la programmation des voyages, c’est aux compagnie aérienne d’informer leurs clients. Ça ne nous regarde pas », apprend-on du chef service de la communication des Adc, Samuel Emmanuel Um Um. Selon lui, il n’y aura vraiment pas de perturbations ; les avions pourront faire leurs va-et-vient. Un habitué des lieux est du même avis. « Les gens qui sont au niveau de l’aérogare n’auront même pas le temps de ses rendre compte qu’il se passe quelque chose. Le pape va descendre de l’avion du côté du pavillon présidentiel, c’est au bout là-bas », explique notre source en indiquant l’endroit de sa main. Et justement, l’axe bitumé derrière le siège des Adc est déjà décoré. Palmes attachées aux hampes des lampadaires. Banderoles souhaitant la bienvenue au pape. Abords de la route défrichés. « La cortège va sortir de l’aéroport par cette route. C’est ici que les populations vont être placées pour saluer le pape », poursuit notre guide anonyme.

Des militaires sont en faction plus loin, à quelques centaines de mètres de l’entrée du sanctuaire marial de Nsimalen. Leurs collègues, plus nombreux encore ont pris leurs quartiers dans l’enceinte de l’aéroport depuis quelques jours. Armes au poing, ils se relaient jours et nuits. Cet aéroport a aussi vu ses différentes plaques de signalisation renouvelées, depuis le rond point qui y mène. Pour le pape, il fait peau neuve. Autant que le décor du parcours depuis Yaoundé. Jusqu’à hier soir, agents de la Communauté urbaine de Yaoundé s’attelaient à fixer des drapeaux et des portraits sur les poteaux électriques. Tandis que ceux des mairies de Mfou et de Yaoundé IV continuaient de défricher. Du gravier est versé sur une couche de terre pour en faire un trottoir que les eaux de pluies auront tôt fait de détruire. Mais pas avant les trois jours que dureront le séjour de Benoît XVI à Yaoundé.

Édouard TAMBA

Programme officiel de la visite de Bénoît XVI à Yaoundé

PROGRAMME DE LA VISITE DU PAPE AU CAMEROUN

Mardi 17 mars

  • 10 h 00 : Départ en avion de l’aéroport international de fiumicino-rome.
  • 16 h 00 : Arrivée du Saint-Père à l’aéroport international de Nsimalen-Yaoundé.
    • Cérémonies de bienvenue
    • Discours du Président de la République
    • Discours du Saint-Père
    • Présentation des corps constitués et des évêques du Cameroun.

Mercredi 18 mars

  • 10 h 00 : Visite de courtoisie au Président de la République au Palais de l’unité.
  • 11 h 15 : Rencontre avec les évêques du Cameroun dans l’église de la paroisse ‘Christ roi’ de Tsinga-Yaoundé
  • 12 h 45 : Déjeuner avec les évêques du Cameroun et la suite pontificale à la Nonciature apostolique
  • 16 h 45 : Célébration des vêpres avec les évêques, les prêtres,les religieux, les religieuses, les diacres, lesmouvements ecclésiaux et les représentants desautres confessions chrétiennes du Cameroun à la Basilique « Marie reine des apôtres » à Mvolyé-Yaoundé.

Jeudi 19 mars : Fête de Saint Joseph

  • 08 h 45 :Rencontre avec les représentants de la communauté musulmane du Cameroun à la nonciature apostolique de Yaoundé.
  • 10 h 00 : Messe solennelle à l’occasion de la   publication de l’instrumentum laboris de la seconde assemblée spéciale du synode de évêques pour l’Afrique au stade Amadou Ahidjo en présence des représentants des conférences épiscopales nationales d’Afrique.
  • 16 h 30 : Rencontre avec le monde de la souffrance au centre Cardinal Léger-CNRH (centre national de réhabilitation des handicapés)
  • 18 h 30 : Séance de travail avec les membres du Conseil spécial pour l’Afrique du synode des évêques à la Nonciature apostolique
  • 19 h 30 : Dîner avec les membres du conseil spécial pour l’Afrique du synode des évêques avec les cardinaux et les évêques de la suite pontificale.

Vendredi 20 mars

  • 10 h 00 : Cérémonies de congé à l’aéroport international de Nsimalen-Yaoundé
    • Discours du président de la république
    • Discours du Saint-Père.
  • 10 h 30 : Départ de l’aéroport international de Nsimalen-Yaoundé pour l’aéroport international de Luanda en Angola.

Dr FOGUE Alain :« Qu’un chef d’état visite un autre état ne constitue en rien une victoire »

Dr FOGUE Alain

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« Qu’un chef d’état visite un autre état ne constitue en rien une victoire »

L’enseignant d’université et expert en géostratégie se prononce sur l’ambiance et le contexte qui entourent l’arrivée annoncée du pape Benoit XVI au Cameroun

Jean Paul II en 1985 et en 1995, puis Benoît XVI en 2009. Que cherchent les papes au Cameroun selon vous ?

On pourrait lier la succession de ces visites à la position géographique du Cameroun. Le Cameroun étant en Afrique centrale, c’est quand même le lieu de rencontre mitoyen pour tout ceux qui pourraient venir des quatre coins de l’Afrique. Et je pense qu’on devrait beaucoup plus mettre ces visites de ce côté. Il n’y pas à chercher plus loin, c’est ce que l’église a expliqué. C’est le lieu où on peut rencontrer tout le monde, on  peut faire juste la distance nécessaire pour arriver au pape.

Le frémissement au niveau du gouvernement donne l’impression que la visite d’état éclipse la tournée pastorale…

C’est tout à fait normal. Le pape c’est un chef d’état. Et un chef d’état ne peut pas arriver dans un autre état, sans que les autorités locales ne se sentent concernées par sa sécurité. C’est aussi une occasion diplomatique. Puisque le pape est un chef d’état. Il me semble normal qu’il y ait concomitance entre la visite pastorale et la dimension étatique de l’accueil du pape.

Mais certains attitudes et déclarations à travers les médias présente cette visite comme une victoire du régime en place. Etes-vous du même avis ?

Qu’un chef d’état visite un autre état ne constitue en rien une victoire. C’est dans le cadre normal des relations entre états. Ceux qui dans cette presse officielle présente ça comme un trophée devrait peut-être s’aviser et se raviser pour constater que dans la vie normale des états, les chefs d’états se rendent visite. Personne n’a jamais prétendu qu’aucun chef d’état ne rendra visite au Cameroun.

La facture sociale de la visite de Benoît XVI au Cameroun est importante, au regard de la brutalité avec laquelle commerces et habitations sont détruites en bordure de route. Le gouvernement a-t-il quelque chose à cacher à propos de Yaoundé ?

Je pense qu’on doit dissocier l’accueil républicain qui est préparé au pape en tant que chef d’état du Vatican, de l’action… je dirais de nettoyage qui est menée de manière pas tout à fait fine par la Communauté urbaine de Yaoundé. Parce que, j’ai bien peur que si on établissait un lien entre les déguerpissements démonstratifs et la visite du pape que ça ne fasse fuir les ouailles. Les gens pourraient penser que si c’est le prix à payer pour aller au ciel, ils préféreraient encore vivre sur terre. Il peut avoir une très mauvaise compréhension de ces casses par les Yaoundéens qui pour beaucoup sont des fidèles. On devrait faire attention de conduire ce type de casses que j’ai critiquées en son temps. Ma position n’a pas beaucoup varié. Yaoundé est dans un tel désordre qu’il faut faire quelque chose. Mais il faut le faire intelligemment. Je cite à titre d’exemple l’entrée d’Emana. Il y a moins de deux ans que cette entrée a été refaite. Ça a coûté de l’argent au contribuable. Maintenant on est entrain de détruire pour refaire. Il ne faut pas qu’on interprète mal ce que je dis. Yaoundé a besoin d’être pensée. Mon opinion personnelle est que Yaoundé est dépassée, il faut une nouvelle ville au Cameroun. Les dépenses qu’on effectue aujourd’hui, 11 milliards pour un échangeur… Quand on sait qu’il faut partir de la piste de la briqueterie pour arriver sur l’échangeur ultramoderne, et qu’on en sort pour entrer dans les pistes d’Etoa-Meki. C’est comme un échangeur dans nul part.

Vous dissocier les casses actuelles de l’imminence de  l’arrivée du pape ?

Je ne dis pas que ça n’a rien à voir. Il ne faut pas être sorti de polytechnique pour voir que c’est le parcours que devrait emprunter le pape qui est sur orbite. Mais avant ça, il y a eu d’autres quartiers. Je dis seulement que ces casses peuvent produire un contre effet. C’est-à-dire que ça risque d’amener les Yaoundéens à rejeter cette visite qui en principe aurait du être un moment de fête, de communion pour les fidèles. Mais comment pensez-vous qu’un Yaoundéen qui a été déguerpi fera pour avoir le cœur en fête et aller à la Cathédrale le jour où le pape sera là. Ça risque d’être contre productif. Et je dois souligner que je doute de l’efficacité et de l’intérêt des casses telles que pratiquées aujourd’hui. Quand on va par exemple à la briqueterie, on casse les neufs premières rangées de maisons parce qu’elle est moche. Mais la 10e rangée est tout aussi moche que la première. Le problème essentiel de Yaoundé, c’est que la ville n’est plus capable de supporter cette démographie et ce niveau d’activité. Les autorités de la République doivent penser une ville nouvelle, une ville école. Une ville dans laquelle on apprend aux Camerounais à vivre en ville. Parce qu’aujourd’hui, nous avons ramené nos habitudes du village en ville. Ce qui fait qu’on vit à Yaoundé comme on vit à Ngomedzap ou à Batoufam. On a besoin d’une ville nouvelle dans laquelle on va éduquer le citoyen.

Entretien avec

Édouard TAMBA

La toilette forcée de Yaoundé pour le pape

YAOUNDÉ

Toilette forcée pour Benoît XVI

Pour la visite de Benoît XVI au Cameroun, le gouvernement a donné un certain visage à la capitale, Yaoundé. Aménagements des trottoirs, parkings, signalisation, routes, éclairage public… d’une part. Et déguerpissements d’autre part. Le centre-ville a été particulièrement visé par ce dernier volet. Les vendeurs de téléphones portables exerçant sur l’avenue Kennedy, ont été les premières victimes de ces opérations dites d’assainissement. Vendredi 27 février 2009, ils ont été interpellés par centaines, et leurs marchandises saisies, à la suite d’un coup de force du Groupement territoriale de la gendarmerie du Mfoundi. Ceux ayant été identifiés sont ensuite libérés. De même que les marchandises aux origines justifiées leurs sont rendus.

Les forces de l’ordre remettent ça le mercredi suivant, 4 mars. Cette fois, policiers, gendarmes et milice de la Communauté urbaine de Yaoundé sont à la manœuvre. Les trottoirs entourant la place Amadou Ahidjo (rond-point de la poste centrale) sont déguerpis de force. Ceux qui y vendaient vêtements, CD et DVD piratés, appareils électroniques, livres et autres bibelots sauvent ce qu’ils peuvent. Des marchandises sont saisies et rangées en vrac dans un camion de la Cuy. Les commerces jouxtant son détruits à l’aide d’un bulldozer. Copieurs, ordinateurs, moniteurs et autres appareils sont saisis quant à défaut d’être détruit comme les baraques en bois.

Une ceinture de gendarmes empêche quiconque de s’échapper avec ses biens. Matraques, casques vitrés, jambières, protège-tibias, boucliers, lance-grenade… Les gendarmes ont l’allure suffisamment dissuasive. Leurs camions sont stationnés en travers de la route. Le trafic routier s’en trouve perturbé. Comme-ci cela ne suffisait pas, le Groupement mobile d’intervention (Gmi) de la police nationale est présent. Encerclant la zone du siège de Camtel. Ces unités spéciales s’ajoutent aux éléments mobilisés dans les 4 commissariats centraux de la ville, et les 14 commissariats d’arrondissement. Plus de 400 policiers et gendarmes selon une source policière. L’ambiance de février 2008 n’est pas loin…

Les alentours de la cathédrale Notre-Dame des Victoires sont pris d’assaut. Les livres vendus « au poteau » tombent dans l’escarcelle de la Cuy. L’avenu Kennedy subit la même furie. Et l’arrière des bâtiments est fouillé. Les démolisseurs ont des renseignements précis sur les lieux d’entreposage à l’Immeuble de la mort, l’immeuble Shell, le marché central… Les magasins sont défoncés et les marchandises saisies. Le lieu dit « Grand couloir », qui est un espace de vente contenant environ une trentaine d’échoppes de téléphones portables et accessoires, est mis à nu. L’avenue Kennedy reçoit le même jour une deuxième visite des agents de la Cuy. Cette fois, aucun comptoir ne sera épargné. Qu’ils soient fait en bois ou en verre, les comptoirs sont démolis.

La journée du 05 mars 2009, est considérée comme un « jeudi noir » pour les commerçants du marché central. Le trajet Avenue Kennedy – Carrefour Sho reçoit la visite des engins de la Cuy. Comptoirs et marchandises avec sont réduits en pâtes. Malgré la résistance de certains commerçants, les machines de Tsimi Evouna démolissent les comptoirs de fortunes et toutes les échoppes situées au voisinage de la chaussée. Plus d’une centaine de comptoirs sont broyés pendant l’opération. Avant le Marché central, l’escadron a fait une descente au boulevard Ahmadou Ahidjo, à la montée Ane Rouge et au Carrefour intendance, écrasant tout sur son passage.

Ce même jeudi, le délégué du gouvernement auprès de la Cuy superviser les opérations autour de midi. Le camion équipé de canons à eau du Gmi renforce le dispositif. Tsimi Evouna arpente les dédales du centre-ville à pied. « Enlevez-moi tout ça », « Cassez jusqu’ici », « Je ne veux plus voir ça »… ordonne-t-il au fur et à mesure. Assongmo Necdem, reporter au quotidien Le Jour est interpellé et séquestré dans le char à eau du Gmi. Il y passera près d’une demi-heure, avant d’être relâché, sans son appareil photo. Imperturbable, Tsimi Evouna continue d’indiquer les lieux à nettoyer. Les occupants disposent de 24h pour déguerpir. Les mendiants sont aussi prévenus. La menace est mise à exécution au matin de vendredi 6 mars. Policiers et gendarmes sont placés en faction à travers la ville. Histoire de s’assurer que les déguerpis ne jouent pas les récalcitrants.

Évidemment, c’est un concert de lamentations qui accompagne l’action de la Cuy. « Gars, ils m’ont ruiné. Je n’ai eu que le temps de sauver les Cd-ci que tu vois. Ils ont pris mon unité centrale et tout mon matériel », raconte William. Ce dernier exerçait en face du supermarché Casino. « Ils nous raconte que le pape arrive, Et puis quoi encore ? C’est le pape qui nourrit nos familles ? On croyait que c’est à partir du 10 mars qu’ils devaient nous sommer de déguerpir, mais aujourd’hui, ils surgissent sans nous prévenir », se plaint un vendeur de téléphone portable à l’Avenue Kennedy. La colère de ces derniers s’accompagne de toutes sortes d’injures vis-à-vis du régime en place. « Ils veulent cacher quoi ? Donc il faut montrer au pape que c’est le paradis ici ? », poursuit un autre. Pour eux, les actes du Délégué du gouvernement relèvent de la barbarie. Impuissants face à la réalité, ils renient même le pays auquel ils appartiennent. « Avant, je croyais qu’en ville, je pouvais gagner ma vie paisiblement, mais aujourd’hui je réalise que mon propre pays veut ma chute. Il est peut être temps pour moi de retourner au village », regrette un commerçant.

Edouard TAMBA

et Christian TCHAPMI