Category Archives: Inédits

La police judiciare enquête contre des Lions indomptables

AFFAIRE BONEY-ETO’O

Le ministère public ouvre son enquête

L’incident survenu le 31 mai 2008 à l’hôtel Hilton de Yaoundé n’est donc pas clos. Malgré les excuses Samuel Eto’o Fils acceptées par Boney Philippe. Les locaux de la Radio Tiémeni Siantou (Rts) ont reçu la visite de deux policiers de la Direction de la police judiciaire (Dpj) dans l’après midi d’hier, 11 juin 2008. Ces derniers se sont dirigés dans le bureau du chef de chaîne, Eugène Messina. Ce pour lui remettre une convocation. Le document daté du 11 juillet selon nos sources, invite Boney Philippe à comparaître à la Dpj aujourd’hui, 12 juin 2008 à 10h précises.

Le journaliste de la Rts doit se présenter « pour affaire urgente le concernant », à la porte 211, service des études et de la coordination des enquêtes criminelles. Il s’agit d’un des service de la sous direction des enquêtes criminelles. Cette convocation lui est servie dans le cadre d’une enquête ouverte contre « certains joueurs de l’équipe nationale de football du Cameroun ». Et l’objet indique : « Incident survenu à l’hôtel Hilton de Yaoundé le 30 mai 2008 ». Rencontré quelques heures après le passage de policiers, le chef de chaîne ne cache pas son embarras. Vu que « c’est une nouvelle tournure que l’affaire prend ». Ce dernier croit comprendre que c’est « le ministère public qui s’empare de l’affaire ».

Boney Philippe, n’a pas encore repris du service. Etant encore frappé d’incapacité à cause des coups reçus d’Eto’o Fils et ses sbires. « Je ne suis au courant de rien », a-t-il laissé entendre hier autour de 19h30. L’affaire semblait close de son avis. Mais il se trouve qu’il ne s’agit pas seulement d’une affaire entre Eto’o Fils et lui. Des témoignages ayant laissé entendre d’autres confrères ont vu leurs matériels de travail arrachés et endommagés par Thomas Nkono et Idris Carlos Kameni. Notamment des caméras et téléphones portables de ceux qui voulaient saisir l’agression en images. « Regarde le vieux téléphone que j’utilise maintenant », se plaignait Francis Bonga de Satelitte Fm, rencontré le week-end dernier. Quelles sont les personnes visées par la Dpj ? Jusqu’où iront les policiers dans cette procédure ? Affaire à suivre…

Edouard TAMBA

Des ministres camerounais snobent les Etats-Unis

SEMINAIRE

Le gouvernement zappe la lutte contre le trafic des personnes

Les ministres invités à ouvrir un séminaire sur la lutte contre la traite des personnes à l’ambassade des Etats-Unis y ont brillé par leur absence.

Deux siècles après l’abolition de la traite négrière, l’esclave continue. « Chaque année à travers le monde y compris aux Etats-Unis, des millions de personnes sont des femmes et des enfants, sont dupées, vendues ou menés de force dans le trafic d’être humain ». Janet E. Garvey, ambassadeur des Etats-Unis (Usa) au Cameroun fait ce rappel, mercredi 4 juin 2008, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture d’un séminaire « de mise en place d’une approche multisectorielle de lutte contre le trafic d’êtres humains ». L’initiative est de l’American bar association (Aba), le barreau américain. 200 000 personnes ont été victimes de ces trafics en Afrique ces dernières années, selon la directrice locale de l’Aba, Yolande Fouda.

Et le Cameroun en est une plaque tournante. Yolande Fouda en indique les axes majeurs. Du Nigeria vers le Cameroun, du Cameroun vers le Gabon et la Guinée équatoriale, du Cameroun vers l’Europe et les mouvements à l’intérieur du Cameroun. Des données que confirme le rapport publié hier par le département d’Etat américain. Mme Garvey note que les efforts du gouvernement sont insuffisants. D’où des appuis externes. « Entre 2003 et 2006, notre collaboration avec les avec les pays africains à travers le programme West africa cocoa/commercial agriculture program (Wacap) permis de retirer 1600 enfants travaillant dans des cacaoyères au Cameroun, dont une partie avait été victime de trafic, et d’empêcher que 379 autres n’entrent dans le marché du travail », rappelle-t-elle.

Mais le sujet ne fait pas courir les membres du gouvernement. Ils étaient attendus à l’ambassade des Etats-Unis pour la cérémonie d’ouverture du séminaire. Mais trente minutes après l’heure prévue pour le début de la cérémonie, un seul est présent. Zacharie Perevet ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle (Minefop). Amadou Ali, vice-Premier ministre et ministre de la Justice (Minjustice), attendu pour présider l’événement se fait finalement représenter. Emmanuel Ngafesson, secrétaire d’Etat au Minjustice en charge de l’Administration pénitentiaire, dit avoir été désigné quinze minutes plus tôt par Amadou Ali.

« Je n’ai même pas lu ce discours, on va découvrir son contenu ensemble », argumente-t-il en rappelant le garde des sceaux « tenait vraiment à être présent ». Hélas ! L’entame de son discours laisse découvrir que six autres manquent à l’appel. Les ministres du Travail et de la sécurité sociale (Mintss), des Affaires sociales (Minas), de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff), le secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie (Sed), le délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn). Certaines personnes de l’assistance ne peuvent s’empêcher de rire. La copie du discours prononcée par l’ambassadeurs des Usa quelques minutes plus tôt confirme que Robert Nkili, Cathérine Bakang Mbock, Suzanne Bomback, Jean Baptiste Bokam, Alain Edgar Mebe Ngo’o ministres étaient effectivement attendus.

Le ministre de la Communication (Mincom), Jean Pierre Biyiti Bi Essam pourrait être ajouté à la liste. Puisque le chef de la cellule juridique du Mincom, Louis Tobie Hond, s’y est présenté comme représentant du ministre. Cette apparente défection des membres du gouvernement contraste avec l’importance du sujet : le trafic des personnes. Mais cela correspond à la réalité. « Au Cameroun, il n’existe encore aucune loi interdisant le trafic d’adultes, et le projet de plan de lutte contre ce trafic, n’a pas avancé », regrette Janet E. Garvey.

Edouard TAMBA

Deux journalistes de Le Messager convoqués par la police

POLICE JUDICIAIRE

L’Albatros fait escale à Le Messager

La journeé a commencé de façon bien particulière à l’agence Yaoundé du quotidien Le Messager. Un individu traverse la grille aux environ de 10h. Le visage fermé et l’air menaçant. L’agent comptable de l’agence s’enquiert de la raison de sa présence. Et l’autre de répondre qu’il a des convocations de la Police judiciaire à remettre. C’est donc un flic. Les convocations en question concerne deux journalistes de la maison. Il s’agit de Marie-Noëlle GUICHI, chef d’agence et coordonnateur de la Rédaction, et Jean François CHANNON, grand reporter.
En leur absence, l’adjoint au chef d’agence récupère les convocation. Et le policier s’en va. Les documents sont signés du commissaire divisionnaire Ntonga Benjamin, sous-directeur des enquêtes économiques et financière à la direction de la Police judiciaire. Il demande aux deux journalistes de se présenter à la porte 210 de Dpj dès réception de la convocation. ce pour ” comparaître par devant” ses collaborateurs et lui.
Ils doivent s’y présenter munis de leurs pièces d’identité. Et c’est sur place qu’ils seront informés du motif de la convocation. En attendant que ce motif leur soit notifié, il est possible de deviner le sujet. Le Messager dans son édition d’hier, 26 mai 2008 titrait en une : “Albatros – Des enquêteurs camerounais bientôt chez Boeing ” On peut y lire en puce : “Une mission doit être dépêchée aux fins de confronter les déclarations des protagonistes
Déjà une dizaine de personnes entendues
Le dossier réalisé à ce propos fait le point sur l’enquête préliminaire en cours, les différents protagonistes, les personnes déjà interrogées, et les ramifications de l’affaire Albatros. Il s’agit d’une acquisition foireuse d’un avion présidentiel en 2004. Le dossier révèle en outre que le Délégué général à la Sûreté nationale, Alain Edgar Mebe Ngo’o est impliqué. A ce propos, le patron de la police camerounaise a reçu un questionnaire des enquêteurs de la police judiciaire.
Les policiers voudraient probablement interroger les journalistes sur la source de leurs informations. Affaire à suivre…

Edouard TAMBA

Diam’s en fiasco à Yaoundé

SPECTACLE

L’amateurisme brise l’éclat de Diam’s à Yaoundé

Le concert de Diam’s s’est achevé en queue de poisson samedi 26 avril 2008 à Yaoundé. Après l’échec du 19 janvier dernier

Le concert est annoncé pour 17h. Heure à laquelle l’organisation du concert installe encore le matériel, teste la sonorisation. Et la foule commence à s’impatienter. Les quatre grandes entrées de l’hôtel de ville sont prises d’assaut. Seules les personnes possédant les billets Vip entrent en compte-goutte. Il est 17h55 lorsque la foule perd patience. L’entrée principale de l’esplanade de l’hôtel de ville est traversée de force. Il faut jouer des coudes pour avancer. Quelques personnes tombent et se font marcher dessus. L’étroitesse de ce portail amène la population à escalader la clôture. Les barricades sensées protégées les espaces vertes sont renversées, et la pelouse piétinée. Les vigiles sont rapidement débordés et assistent impuissants au spectacle.

Certains ramassent des chaises en plastique au passage. Ils s’en servent d’abord pour se frayer un chemin. Ensuite, pour se tenir dessus ; debout. Quelques animateurs montent sur le podium et commence à « chauffer » le public. S’ensuit un appel de détresse. « Où est la sécurité ? », lance Tony Nobody. « On est débordé ici, s’il vous plaît les gars doucement. Attention à la console », poursuit-il tel un prêcheur dans le désert. C’est autour de 19h20 que les autres portails sont ouverts. La bousculade continue. Et les conséquences apparaissent derrière le podium. « Passage passage », crie les brancardiers. Des personnes victimes de malaises arrivent presque toutes les minutes par brancard. C’est sur l’asphalte qu’elles sont déposées. Sur le podium, le spectacle continue. Thierry OIemba, « l’homme orchestre », fait son show. Des sonorités de caisses claires, tambours, guitare basse… sortent de sa bouche. Pour le grand bonheur de la foule qui en redemande. Des victimes continuent d’arriver du côté de ce qui tien lieu d’infirmerie.

« Les véhicules sont en réfection pour le défilé du 20 mai, on a une seule voiture », révèle un sapeur pompier. C’est à 20h30 que le délégué du gouvernement, Gilbert Tsimi Evouna, débarque sur le lieu du macabre spectacle. Avec le 2e adjoint au commissariat central n°I, et le directeur général de Orange Cameroun, Philippe Lucxey, dans sa suite. « Ce sont des jeunes. C’est la première fois qu’une telle artiste fait un spectacle ici », commente Tsimi Evouna comme pour justifier les débordements observés. Il glisse ensuite quelques billets de 10 000 Fcfa au staff médical et s’en retourne. « Ils [les organisateurs du concert, ndlr], nous ont dit que le concert allait de 17h à 21h. Donc mon contrat s’achève à 21h », indique à voix basse le médecin de l’équipe.

Une rumeur sourde annonce qu’il demande l’annulation du concert. C’est sur le podium que le délégué du gouvernement réapparaîtra, pour faire son show. « J’étais à paris hier. J’ai pris l’avion à Roissy Charles de Gaulle à 11h. Je suis arrivé ici à 18h. Et me voici », raconte celui que ses collaborateurs ont surnommé « Homme sec ». « Tout va très bien », assure-t-il à l’assistance avant d’affirmer que Diam’s arrive. C’est à 21h30 que celle-ci fait son apparition, toute en noir. Elle lance « La boulette (génération non non) ». « Alors ouais, j’me la raconte, ouais ouais, je déconne. Non non ce n’est pas l’école qui m’a dicté mes codes. On l’a dit qu’t’aimais le rap, voilà de la boulette. Sortez les briquets, sortez les briquets (…)», entonne la rappeuse. Le public exulte et chante avec elle. Le temps d’un couplet. Puis la sono lâche.

Diam’s quitte la scène. On apprend qu’un câble aurait lâché. Tsimi Evouna réapparaît pour arranguer la foule. Rien n’y fait. Diam’s ne reviendra pas. Malgré les espoirs du public resté en masse. « Orange faux réseau, Orange faux réseau… », scande la foule. D’autres spectateurs se défoulent en brisant les sièges. « Rentrez chez vous », leur lance la police autour de minuit et demi. Déçu, le public se résout à partir. Non sans avoir traité les organisateurs du concert de tous les noms d’oiseaux et de reptiles.

Edouard TAMBA

Abah Abah, Olanguena and Co toujours détenus

EPERVIER II

La garde à vue joue les prolongations

Les personnalités interpellées le 31 mars 2008, sont toujours détenues à la Direction de la police judiciaire à Yaoundé. Le dénouement des enquêtes préliminaires reste attendu

La garde a baissé d’un cran à l’extérieure du bâtiment de la Direction de la police judiciaire (Dpj) à Yaoundé. Les policiers en armés ont disparu. Et les usagers circulent presque normalement depuis jeudi dernier. Urbain Olanguena Awono, Polycarpe Abah Abah et certains de leurs anciens collaborateurs respectifs y sont toujours détenus. « Ils ont pris certaines dispositions », reconnaît Me Mong Antoine Marcel, l’un des conseils de Olanguena Awono. Ce pour améliorer les conditions de détentions de ces détenus. La police aurait entrepris à ce propos, de remplacer les vitres cassées des fenêtres des cellules, et de réparer les toilettes. Mais, « à l’heure actuelle, il est illégalement détenu », relève Me Nouga en ce qui concerne l’ex ministre de l’Economie et des finances. Selon lui, la garde à vue prorogée mercredi dernier prenait fin au soir du vendredi suivant.

On n’est pas de cet avis du côté de la Direction de la police judiciaire (Dpj). Des sources ici se défendent en disant avoir oublié de notifier la prorogation de la garde à vue du Minefi. L’acte en question aurait été oublié du côté des services du procureur de la République près le tribunal de grande instance du Mfoundi. Ce qui n’est pas le cas pour l’ex Minsanté et d’autres détenus. « Ils ont prorogé les gardes à vue », affirme Me Mong Antoine Marcel. Selon lui, son client pourrait être déféré le procureur de la République « d’ici mardi [08-04-08, ndlr]». En attendant, Me Nouga et ses confrères comptent saisir la justice ce jour pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme la « détention illégale » de leur client. De même que la Cameroon radio and television (Crtv) est dans leur collimateur.

Les avocats et la Crtv

« La Crtv fait des appels au peuple pour condamner notre client », se plaint me Nouga. « On envisage une réaction contre cet organe de presse », projettent les avocats de l’ex Minefi. Les conseils des autres détenus sont tout aussi indignés. « On a fait une lettre de protestation à un certain nombre d’instances pour que ça ne se répète plus », déclare Me Mong Antoine Marcel. N’empêche, la procédure d’auditions et d’interpellations suit son cours. En effet, une nouvelle perquisition a été opérée au domicile de Polycarpe Abah Abah vendredi dernier 4 avril 2008, au quartier Odza. Une source policière croit savoir que coffres-forts et chéquiers étaient particulièrement recherchés au cours de l’opération. Ensuite, l’ex Minefi a continué de répondre aux questions des enquêteurs le lendemain.

« Pour l’instant c’est une enquête, on ne peut pas vous en dire plus », lance Me Jean-Calvin Bilong, l’un des conseils. Même son de cloche du côté de Me Mong Antoine M. La police quant à elle ne reçoit pas la presse. En ce qui concerne l’ex Minefi, il ne serait plus question d’une irrégularité dans le reversement de la Tva au Crédit foncier du Cameroun (Cfc) par la direction des Impôts. L’affaire tournerait plutôt autour d’un compte bancaire logé au Cfc, où un certain pourcentage était perçu par Abah Abah sur la redevance audiovisuelle, et la taxe foncière, alors qu’il était directeur des impôts. Ce dernier à l’époque avait signé une convention avec les institutions concernées. Les accusateurs évalueraient la somme détournée entre 6 et 8 milliards de Fcfa. Quand à Urbain Olanguena Awono et ses anciens collaborateurs, tout porte à croire qu’ils seraient entendus sur la gestion des sommes affectées à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose au Cameroun. La directrice de la lutte contre la maladie au Minsanté, Bella Assumpta, interpellée mercredi dernier pour la même enquête, a été libérée vendredi. Le même jour, trois nouveaux suspects ont été entendus, et un seul libéré.

Edouard TAMBA

Abah Abah et Olanguena Awono aux arrêts

Dernière minute

Les ex membres du gouvernement Polycarpe Abah Abah et Urbain Olanguena Awono sont aux arrêts depuis ce matin du 31 mars 2008 à Yaoundé. Aux dernières nouvelles, ils sont à la direction de la police judiciaire.

Le premier a assumé les fonction de ministre de l’Economie et des finances, et le second, ministre de la Santé publique. Ils ont été limogés lors du dernier ré aménagement gouvernemental de septembre 2007.

Quand Yaoundé s’enflamme_2

EMEUTES

Au moins deux morts à Yaoundé VIe

le-feu-a-tsinga.jpg

« Je vais attendre. S’il n’y a pas au moins 600 cents taxis dehors, je ne sors pas », prévient Vincent P., taximan. Ce dernier justifie sa prudence par le fait qu’il ignore ce qui se passe hors du quartier Mendong. Il n’est pas encore 7h dans le quartier, mais déjà des taxis font des apparitions sporadiques. Le bus est déjà en service, bondé de monde. Les commerces tardent à ouvrir. Des policiers veillent à la station service Tradex. Trois jours déjà qu’ils y passent leurs nuits. L’ambiance de ce vendredi, 29 février 2008, est loin de la tension qui a prévalu deux jours plus tôt. La journée de jeudi ayant été calme. Avec les commerces fermés. Seule la station service du coin a ouvert après des négociations entre le sous-préfet de Yaoundé VIe et la direction de Tradex.

Mercredi, 27 février. Un passant renverse le kiosque du Pmuc, en face de la station service, et s’en sert pour barrer la route. Quelques taximen qui avaient repris du service rebroussent chemin. Une escouade de gendarmes arrive sur les lieux. Ils lancent des bombes à gaz lacrymogène dans toutes les directions. La foule amassée un peu partout détale. Les boîtes de gaz tombent dans des domiciles, et dans le collège Itse. Le gaz s’infiltre dans les salles de classe et sème la panique chez les élèves en pleine composition. Les responsables leurs demandent de sortir des salles. S’ensuit une bousculade, car le passage est étroit. Filles et garçons ne se font pas prier pour escalader.

Des élèves s’écroulent, étouffent et se font piétiner. « 0n a du réanimer environ dix élèves qui avaient besoin de Ventolline [médicament pulvériser pour soulager les crises d’asthme, ndlr] », explique Dr Zelefack, préfet des études. Tandis qu’une autre dizaine d’élèves a été évacuée vers l’Hôpital de district de Biyem-Assi. Les forces de l’ordre se dirigent vers le marché et le lycée de Mendong. Le gaz lacrymogène sème la panique sur leur passage. Tous les établissements commerciaux ferment leurs portes. Les élèves des établissements du coin descendent dans la rue. Idem au collège Les Sapins. Ici des manifestants du carrefour Jouvence ont tenté de se réfugier dans les salles. Le gaz et la barbarie des bidasses ne distinguent pas les frondeurs des élèves en uniforme.

Vers 11h, des morceaux de parpaings, des éclats de pierre sur le bitume, et des morceaux de bois brûlés témoignent de la brutalité qui a prévalue. La vitre d’un bus a été cassée, après que la route ait été arrosée d’huile de vidange. Une vingtaine de gendarmes sécurisent les lieux, tout en molestant quelques manifestants aux arrêts. Des affrontements du genre ont eut lieu au niveau de Tam-Tam Week-end. Un taximan tabassé par la foule a succombé à ses blessures. Au niveau du Carrefour Biyem-Assi, c’est un élève du collège Ebanda qui a été bastonné à mort par les bidasses. Dans ces quartiers et les environs, les militaires de la brigade du Quartier général prennent position aux environs de midi. Ils occuperont les grands carrefours jusqu’au lendemain. Maintenant ainsi la ville dans une camisole d’intimidation.

Edouard TAMBA

Quand Yaoundé s’enflamme_1

YAOUNDE

Les manifestants bloquent la poste centrale


C’est un centre ville calme à Yaoundé ce matin du 29 février 2008. Taxis, motos et véhicules personnels vont dans tous les sens. Les commerces sont ouverts. A l’exception de quelques grades surfaces comme Score. Des éléments du Groupement spécial des opérations (Gso) ouvrent l’œil. Leurs confrères du Bataillon d’intervention rapide (Bir) occupent l’Avenue Kennedy. Il y’en a un sur tous les 20m. L’armée est ainsi à son deuxième jour de garde. Car le centre ville de Yaoundé n’a pas échappé à la furie du 27 février dernier. Une horde d’une centaine de manifestants sortis de nulle part, a pris position sur la place Amadou Ahidjo vers 11h30. Torses nus, les faciès laissant imaginer une tranche d’âge variant de 16 à 25 ans. Leur mouvement bloque la circulation au rond-point de la poste centrale.

« On veut le travail », « La vie est trop chère », « On souffre trop », scandent-ils sous le regard médusé de la population et de quelques policiers. Les véhicules venant du boulevard du 20 mai, de la montée Sni, de Mvog-Mbi, de la Sonel centrale… sont attaqués à coup de bâtons et de pierres. Quelques vitres et pare-brises volent en éclats. On apprend qu’ils viennent de semer la panique au marché central, tout en demandant aux commerçant de « grever ». Ces derniers se dirigent ensuite vers le boulevard du 20 mai. « Allez les gars, allons par ici », lance celui qui semble commander les « troupes ». Ils mettent au trot et avancent en criant leurs revendications. Destination : l’Immeuble étoile, siège du Premier ministère. Les lieux sont investis. Les manifestants secouent les grilles et continuent de se défouler en criant. C’est alors qu’ils sont surpris par …des militaires de la brigade du Quartier général.

La Grande muette est sortie des casernes. Treillis, mitraillettes de type AK 47, casques lourds, casques pour se protéger des détonations… Cinq manifestants tombent dans leurs filets. Ils sont passés à tabac. Les passants du boulevard du 20 mai et des environs prennent quelques « coups perdus ». Mal en prend les laveurs de véhicules installés à côté d’immeuble siège de la Campost. L’un d’eux a été stoppé par le staccato de la Kalachnikov. « J’ai seulement entendu tchak tchak et je me suis arrêté. Ils nous ont demandé de nous couché dans la boue. Ils nous ont tapé avec les fusils et les casques et ils nous ont fouetté tout le monde, 15 coups chacun », raconte une victime en présentant des ecchymoses au front. Par petit groupe, les militaires se positionnent devant les édifices publics. Un hélicoptère survole la ville. On apprend qu’il aurait repéré une bande de manifestants en marche vers le Palais de l’Unité à Etoudi…

Edouard TAMBA