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Leurres et lueurs de la Liberté d’expression au Cameroun

Cameroun. Comme on t’aime. Mais chacun à sa façon. Depuis hier lundi, j’ai fait des provisions de popcorn. Juste pour regarder tes enfants « s’affronter ». J’avoue que j’ai bien ri. Je n’ai pas fini de rire. Mais il me souvient que je suis aussi Camerounais. Se contenter de rire, ce n’est pas rendre un grand service à son pays. Il y a en fait 2 sujets qui m’ont consommer autant de popcorn sur Twitter: un échange entre Dorothé Danedjo et Archippe Yepmou à propos d’un rapport sur la Liberté d’expression au Cameroun d’une part et un autre à propos du #Mbarkam. Ce post n’est consacré qu’au premier sujet.

C’est dur, mais on aime le pays…

Après avoir lu le rapport de Internet Sans Frontières & Co, j’ai été surpris. Par une partie du contenu. J’ai promis de réagir. Dorothée l’a fait plus vite. Et là,  nouvelle surprise. A se demander si les deux productions parlent du Cameroun.  Non seulement je suis Camerounais, mais il se trouve que je suis très concerné par les questions de Liberté d’expression. J’ai pendant 3 ans porté la casquette de journaliste au quotidien Le Messager. Et depuis près de 6 ans, je râle sur Internet. Donc, j’ai mon mot à dire.

Internet Sans Frontières cite plusieurs cas pour affirmer que la liberté d’expression est menacée au Cameroun. D’abord les artistes: Bertrand TEYOU, Enoh MEYOMESSE et Lapiro de MBANGA. Le rapport cite aussi les cas du directeur de publication Bibi Ngota, hélas décédé en détention. Des cas sur lesquels je rejoins un peu Dorothée. Je suis très mal à l’aise avec les artistes sus évoqués. Comment prouver qu’ils sont victimes d’une instrumentalisation de la justice? Difficile. Lapiro est-il plus dangereux que Valséro? J’en doute. 1990 ce n’est pas 2010! Pour ce qui est de Bibi Ngota et ses compagnons d’infortune, il n’est pas question de pratique du journalisme. Je préfère parler de traitement inhumain et fatal sur un compatriote, un frère. Pas un confrère.

Les points 11 et 12 du rapport m’ont fait rire. Dire que le Système de sert des délits de presse pour museler… Demandez à un Camerounais s’il connait Paroles. Un journal. Dans ce pays les gens sont nommément accusés d’homosexualité, de pratiques ésotériques, de vol, de viol… les auteurs de ces écrits n’ont jamais été inquiétés. Paul Biya, président de la République est très souvent mangé à toutes les sauces. Les procureurs et juges d’instruction n’en disent mot. Je risque d’être long si je prends ce rapport point par point. Parlons d’internet. Mis à part les prix d’internet au Cameroun, les autres faits sont avérés. Faut-il les lier à une volonté de museler le citoyen camerounais? Le pas à franchir est trop grand.

De mon point de vue, c’est une question de laxisme et de corruption. La cible ce n’est pas la liberté. C’est l’enrichissement de certains. Eh oui. Eux d’abord. Les besoins du Peuple après. C’est eux qui volent l’argent des routes, des écoles, des usines… et qui peuvent bloquer certains projets ça et là. La TIC en pâtissent. Le monopole de Camtel, la faiblesse de l’ART, l’inutilité de l’Antic, l’attente du point d’échange internet… l’ISF pense que c’est juste pour nous museler? J’en doute! La preuve, depuis l’adoption de la loi sur les Communications électroniques, qu’est-ce qui a changé? Les scammers continuent d’escroquer. Les téléchargement illicites se portent bien. Les injures et diffamations de toutes sorte prospèrent sur les site web et blogs.

A propos de l’audiovisuel et des élections, je perçois une dose de naïveté dans la réplique de Dorothée. Je suis d’avis que ces montants ont pour but de bloquer l’émergence de médias audiovisuels solides. Sinon c’est quoi cette tolérance administrative? Une épée de Damoclès. De mon observation personnelle, ce Système se méfie bien plus de l’audiovisuel. Surtout la télévision. Quand aux élections, c’est plus sibyllin. On a eu des cas lors de la dernière présidentielle. Des partis d’opposition demandent une équipe de reportage et on leur fait savoir qu’il n’y en a pas assez. ISF aurait pu s’enfoncer dans cette brèche.

C’est trop facile de dire que ces partis ont consacré l’argent de la campagne à autre chose. Ils font face à un Système qui sait les empêcher de s’exprimer. Et c’est où j’aurais attendu ISF. Il y a de la matière en ce qui concerne les entraves à la Liberté d’expression:

- Réserver les documents officiels à Cameroon-Tribune et la CRTV;

- N’admettre que les journalistes de ces médias dans certaines administrations/institutions;

- Surveiller de manières ciblées les communications électroniques;

- Distribuer l’aide à la presse à des publications et entreprises sans crédibilité;

- Interdire les manifestations publiques… jusqu’aux conférences de presse;

Mais il y a pire que toutes ces entraves. Il y a au Cameroun une Liberté d’expression banalisée. N’importe qui peut parler de n’importe te quoi n’importe où. Sans risque. Le délit de subversion n’existe plus. Mais il y a des cas rares comme cet enseignant qui avait osé se demander à haute voix pourquoi Paul Biya ne prend pas un hélico afin d’éviter de nous barrer les routes. Je puis le dire parce que en 3 ans de journalisme au quotidien, j’ai souvent pris des risques. Mes collègues et confrères aussi. J’ai pris quelques coups et intimidations ça et là. Quelques coups de fils anonymes aussi. Mais rien de grave à mon avis.

Ce qu’il y a de grave, c’est l’inutilité de cette liberté. Les gars du Système sont trop forts. Laissez-les brailler. Nous on fait le dos rond. Le chien aboie… Et la caravane s’arrête souvent. Surtout quand ce sont de gros chiens comme RFI, BBC, Jeune Afrique, Libérations… Mais les cabots du genre Canal2, Radio Siantou, Le Messager… peuvent continuer d’aboyer. Vous vous souvenez de l’affaire Vanessa? C’est RFI qui avait provoqué la première sortie du Gouvernement. Si j’avais écris le rapport de ISF, il serait passé inaperçu. Mais puisque ça vient de l’extérieur, la réaction ne se fait pas attendre.

Si le rapport de ISF est excessif, il a le mérite d’exister. De là à porter plainte, je n’y comprends rien. Juste de l’activisme? Et la réplique excessive de Dorothée, juste du patriotisme? Je pense que chaque partie exprime ainsi son amour pour la Cameroun. Avec passion. A chacun ses armes. Et que vive le débat!

E.T.

 

5 Comments

  1. Bikanda dit :

    Parlant de liberté d’expression et d’abus de consommation de cette denrée non contrôlée au Cameroun, j’ai un témoignage, subtil, p’être vil, mais qui vaut son pesant:

    une amie à moi, parcequ’elle aurait eu des problèmes avec un(e) personne de ses connaissances, se voit hercellée au phone depuis quelques semaines.
    motif?

    la personne avec qui elle est en haine (elle ne sait pas de qui il s’agit), a fait un post sur une page de rencontre du site Kerawa (site camerounais). la personne y a glissé son numero de phone, et je vous passe le caractère porno de l’annonce.

    Elle est harcelée par des appels et messages dont vous imaginez aisément le contenu.

    elle signale le msg, essaye de joindre le site, en vain.

    Si réussir à déposer plainte contre le diffuseur de ces messages, violent l’intimité de cette amie c’est porter atteinte aux libertés de presse au Cameroun alors IFC devrait revoir ses rapports avant de les divulguer.

  2. TAMBA dit :

    Cher Bikanda, merci pour cette contribution. J’espère que Kerawa (.com/.biz) a été saisi.
    Pour la fin j’imagine qu’il s’agit de ISF et non IFC.

  3. Il s’ensuit que la critique est considérée au Cameroun comme lèse – Patrie, fût-elle bie – fondée?

  4. pierre claver nkodo dit :

    Salut Edouard,se tenir à bonne distance et lancer les pierres sur une cible donnée c’est manquer de courage et surtout faire preuve de mauvaise foi.Suis d’accord avec toi qu’en ce qui concerne la liberté d’expression au Cameroun,elle va au delà de ce que pense tous ceux là qui n’opèrent pas comme nous sur le terrain depuis des années.Des outils d’encadrement étant non opérationnels quoiqu’existant,au Cameroun chacun interprète la notion de liberté d’expression à sa guise.Conseil aux auteurs de ce fameux rapport:venez passer 01 semaine au Cameroun et prenez soin de vous arrêter chaque matin devant un kiosque MESSAPRESSE en ce qui concerne la presse écrite.

  5. Franck dit :

    Bon article avec une prise de position bien claire et des détails que l’on aime bien lire de la part des personnes qui sont sur place comme toi

    Merci

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