Porteurs et guides, les héros ordinaires du Mont Cameroun

Vous marchez dans la forêt. C’est pénible. En principe, ça l’est encore plus pour le type juste devant. Alors que vous n’avez que votre poids à porter, il a aussi le sien auquel s’ajoute une charge qui va chercher dans les 30 à 40Kg. Parfois plus. Et vous n’arrivez pas à le suivre. D’ailleurs à un moment il disparait. Tellement vous êtes lent. Ou alors il est trop rapide. S’est-il téléporté ? Ah oui, peut-être qu’il a effectué un saut « sporique » comme le USS Discovery dans le dernier Star Trek.

En fait, rien de tout cela. Le type est juste costaud. Et habitué à arpenter les flancs du Mont Cameroun. Bref, un type ordinaire qui fait des trucs extraordinaires. C’est un porteur ou un guide. Ceux qui ont tenté l’aventure du Chars des Dieux en savent quelque chose. En montant ou en descendant, vous en rencontrez sur votre chemin. Comme Mourinho et Robinson avec qui j’ai passé deux jours dans la montagne. Deux forces de la nature. Infatigables.

Porteurs au repos – janvier 2018, @ETAMBA

Ils vont et viennent sur le Mont Cameroun depuis plusieurs années. Ils en vivent. Au rythme de l’abondances assez variable des randonneurs. Ces derniers mois ne sont pas bons pour le business. Les touristes sont rares. Etant pour la plupart des expatriés, la zone leur est déconseillée ; risques sécuritaires dus à la crise qui s’enlise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Depuis novembre 2017, Mourinho a fait à peine une randonnée par mois. Pourtant, quand tout va bien « on peut en faire 2 par semaines », se dit-il.

Cette crise n’a pas manqué de s’inviter plusieurs fois dans les conversations qui accompagnaient notre marche. Parce que ses conséquences sont perceptibles sur leur quotidien. Ils espèrent que tout va revenir dans l’ordre. Pour que le business redevienne florissant. Avec plus de touristes. Plus de randonneurs dans la montagne et surtout plus d’aventuriers qui visent le sommet. Surtout que cette dernière catégorie dépense plus d’argent.

Il faut compter dans les 50000 par jour si vous n’avez pas d’équipements. A ce prix, l’agence vous loue une tente, un sac de couchage, une espèce de matelas. Elle met aussi à votre disposition les repas, l’eau, ainsi qu’un guide et un porteur. Pour mon cas, ce dernier a aussi joué le rôle de cuistot au deuxième refuge tandis que le guide dressait la tente sous laquelle j’ai passé la nuit.

Au matin, c’est le guide qui a poursuivi l’aventure avec moi. Jusqu’au sommet. Pendant le trajet, Il vous observe, vous motive, vous imprègne des mythes de la montagne, vous décrit Efasa Moto, le Dieu mi-homme mi-pierre, et se rassure toujours que vous allez bien. Le porteur reprendra le chemin du retour avec vous dès le 2e refuge. L’autre responsabilité qu’il a c’est de vous porter sur son dos jusqu’en bas, si vous avez un bobo. Vous comprenez pourquoi il faut systématiquement être accompagné par le guide et le porteur qui sont de fins connaisseurs de la montagne.

Cette connaissance de la montagne leur a récemment permis de gagner beaucoup d’argent. Ils ont été sollicités pour les travaux de construction du Fako Lodge, des infrastructures d’hébergement et de restauration au deuxième refuge et à Mann’s Spring. Au début des travaux, « ils payaient 50.000 pour faire monter un sac de ciment de 50Kg au deuxième refuge », m’a raconté Mourinho. Il fallait aussi faire monter du fer à béton, du bois… Certains porteurs se retrouvaient avec près de 200.000 chaque semaine. Mais à la force de ces bras humains, les travaux avançaient trop lentement. Une voix carrossable a finalement été creusée. Et ça c’est une autre histoire que je vous raconterai dans les prochains jours…

Edouard TAMBA

Leave a Reply