Monthly Archives: August 2017

En route pour Gor, suivez-moi… [suite et fin]

 

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Cette euphorie sera brutalement interrompue…

Il pleut des cordes. Nous perdons de la vitesse. Madingring s’éloigne. Gor aussi. Je commence à prendre l’avertissement d’Aziz au sérieux. Si à 16h nous ne sommes pas encore à destination, comment allons-nous rentrer ? Je suis à nouveau interrompu par une bande de singes. Surpris de nous voir, ils courent d’abord le long de la route avant de bifurquer à gauche pour certains et à droite pour d’autres. Sous la pluie, je n’ai pas pu identifier l’espèce. Continue reading

En route pour Gor, suivez-moi…

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J’ai connu de bien pires aventures sur les routes au Cameroun. Yoko, Djoum, Mintom, Beslebot, Ngoro, Ebom Essawo, Lolodorf… ont été de longs supplices. Tous multipliés par deux. Parce que une fois arrivée à destination, il faut faire le même chemin pour rentrer d’où on vient. Pour les cas précédents, j’étais prévenu. Je savais où j’allais. Mais ma dernière sortie en date a ceci de particulier que je n’ai rien vu venir. Il était question d’aller à Ngor. Une localité qui serait pas loin de Garoua. Un collègue nous dit que si effectivement ce n’est pas loin de Garoua, il s’agit de Ngong et non Ngor. Ah très bien, suis déjà passé par là en 2013. C’est tout confiant que nous débarquons à Garoua. Un coup de fil à la personne à rencontrer et elle de nous dire « c’est après Garoua… ». Ok. Très bien. La personne a quelque souci avec le Français. On ne s’en rend pas vraiment compte.

Le matin du départ, on prend notre temps. C’est au petit déjeuner qu’on rappelle quand-même la personne pour lui demander d’indiquer le village. Il dit, « ce n’est pas Ngong, c’est Gor. Sur la route de Madingring ».

Quoi ? Madingring ? C’est où ça ? Allô Google Maps ? Bingo ! C’est à 296Km de Garoua. Bien plus que les 100Km qu’on prévoyait. Et puis il a dit « sur la route de… », donc c’est avant. Si ça se trouve, on fera moins que les 296Km indiqués par Google Maps.

Nous informons le conducteur du véhicule. Sa réaction n’est pas très encourageante. Mais il dit qu’on peut y aller. Très bien. Allons-y. J’ai programmé un tour au Chebiz pour le soir. Je ne peux pas traverser Garoua comme ça. Sans faire un pèlerinage à Yelwa.

Un ami journaliste me dit que je devrais quand-même prévoir qu’il y a une possibilité que nous ne rentrions pas le même jour. « C’est loin hein…. Vous allez traverser de parcs nationaux », me prévient Aziz. Ok. Probablement qu’il est un peu alarmiste.

10h30. Vroooooom, on est parti. Le soleil s’est levé. L’herbe est verte. Le paysage est tout vert. C’est par cette route que nous sommes arrivés de Ngaoundéré la veille. Mais c’était la nuit et je n’avais pas eu le temps d’apprécier ce décor sponsorisé par la saison pluvieuse.

Plusieurs kilomètres après Ngong et l’entrée de Poli, on bifurque à gauche. Première pause à Guidjiba. Je fais le plein de thé chaud. Et j’approche un monsieur souriant qui semble vouloir me vendre quelque chose. En fait il croyait que j’allais à Tcholliré. C’est un « transporteur ». Je lui dis, qu’on va vers Madingring. Sa réaction n’est pas très encourageante. Je lui souhaite un bon voyage. Il me retourne la politesse.

J’avance à pied pour lire une plaque au bord de la route. « Le parc national de la Benoue vous souhaite la bienvenue », dit la plaque. C’est à cet endroit que le voyage reprend. La nationale N13. Une piste en terre. La suite sera donc sans bitume. Début de la deuxième étape. Il est 12h30.

De hautes herbes et des arbustes de part et d’autre de la piste. C’est la savane. Malgré les pluies, la piste est sèche. On roule plutôt bien. Mais vitesse limitée à 60km/h. Les eaux de ruissellement ont creusé des tranchés. Faute de rigoles aménagées. Les ponts sur les « mayo » sont particulièrement vieux.

On rencontre 2 soldats du BIR. Assis. Au sol. Vu la couleur des pierres à leurs pieds, ils y ont fait du feu. Ils y ont probablement passé la nuit. Plus loin, c’est des militaires et des gardes-forestiers que nous croisons. Ils sont sur deux motos. Les militaires ont des kalachnikovs, tandis que les éco-gardes sont armés de fusils ressemblant à des MAS 36. Comment peuvent-ils repousser des braconniers qui très souvent sont aussi armées de Kalach ? En tout cas, rassurant de savoir que l’Armée les assiste.

Nous croisons d’autres motocyclistes sur le chemin. Maradi, Gouga, Taparé… les villages défilent et se ressemblent. Murs en terre. Toits coniques en paille. Et très souvent ces cases sont dans une clôture de natte tissée. Les commerçant ne manquent pas à l’appel. Carburants, callbox, produits manufacturés et à manger. L’agriculture ici règne en maitre absolu. Chers activistes du genre, ne me demandez pas pourquoi on ne dirait pas « l’agriculture ici règne en maitresse absolue ». Je ne sais pas. Je suis surtout préoccupé par le temps qui passe.

C’est peut-être une impression, mais on dirait que chaque village a une école primaire. Je reviens sur le décor pour constater que des plantations apparaissent. Maïs. Mil. Cotons. Arachide. En plus des cases, ça change un peu de cette savane et son vert infini. Il y a aussi au loin des chaines de montagnes. Et j’allais oublier les piétons et le bétail. Beaucoup de femmes et d’enfants portant des charges. Du bois, de l’eau… Ici les bororos et leurs calebasses de lait frais sont faciles à reconnaître. Beaucoup de moutons. Quelques chèvres. Des bœufs. En troupeaux et en duos pour servir de machine à retourner la terre, avant les semailles.

Les villages continuent de s’enchaîner. Jusqu’à ce qu’on arrive à Tcholliré. Tristement célèbre grâce à sa prison. Il est 14h. Les montagnes tout autour lui donne un certain charme. C’est la plus grande agglomération de cette deuxième étape de notre voyage. Compagnie de gendarmerie. Brigade de gendarmerie. Sous-préfecture. Des écoles, des bâtiments administratifs. Une usine de la Sodecoton de l’autre côté du Mayo Galke. Couverture en 3G du réseau MTN. Tcholliré n’est pas un village. Krouc si. C’est juste après. Il y a une entrée qui mène à l’un des campements du parc de Bouba Ndjida. L’une des plus grandes réserves fauniques d’Afrique centrale. Avant de devenir un parc national, c’était le territoire de chasse du lamido Rey Bouba. C’est dans ce parc qu’a été aperçu le rhinocéros noir pour la dernière fois en Afrique. L’extinction de lespèce a été annoncée en 2006.

Aires protégées. Zones de chasse. La signalétique s’intensifie. Et une plaque nous fait savoir qu’on est à 78Km de Madingring. Il est 15h. Gor où on va n’est pas sur le chemin de Madingring, c’est après. Plus loin. En roulant à 40-50Km/h, on est parti pour au moins 2h de route encore. Le village se raréfient à nouveau. La verdure de la savane à perte de vue. Quelques oiseaux. Et subitement, le chauffeur ralenti. Il dit avoir vu une girafe. Il me faut quelques secondes pour distinguer le pelage de ce géant, que les arbustes cachent. Waouh ! Je vois sa tête. Elle n’est pas seule. Le véhicule avance lentement. Je maudis ces arbustes.

Et surprise quelques mètres devant. Il y’en a une qui est bien visible. Je suis comme en transe. Je descends du véhicule. Armé de mon appareil photo. Je shoote sans arrêt. Je rate toutes mes photos. L’émotion. Je m’en rends compte. La girafe me regarde. Comme étonné de me voir là. Les autres membres du groupe se sont éloignés. Elle pose, tel un mannequin. C’est parti pour une nouvelle rafale. Elle se retourne et se met à manger des feuilles. Il est 15h45. Le spectacle a durée moins de 3mn. Nous repartons. Je suis encore charmé. C’est la première fois que je filme un animal sauvage, en liberté. Dans son milieu naturel. Je m’aperçois à la une de National Geographic. Je viens de gagner la coupe du monde. Cette euphorie sera brutalement interrompue…