Ma première ascension du Mont Cameroon

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J’ai vraiment l’impression que mes chevilles vont me lâcher. Aussi longtemps que je me souviens, je n’ai jamais éprouvé une douleur aussi intense à ces articulations. N’empêche que je continue de grimper. Je prends le soin de ne pas poser le pied n’importe où. J’ai vu des pierres se dérober sous les pieds de certains grimpeurs devant moi. Tandis que d’autres ont glissé en croyant poser le pied sur une surface compacte. C’était de la poussière. Une poussière noire…

Je continue d’avancer. Je ne vois plus très bien où je vais. Une brume épaisse réduit mon horizon à 2 ou 3 mètres. J’avance toujours. Mes chevilles me relancent. Je persiste. La température descend brusquement. Le soleil re-disparaît. La sueur sèche instantanément. J’ai quelque difficulté à respirer. Je continue de monter. Vers le sommet. Ca fait environ une heure que cet exercice d’une rare intensité me torture. Mais j’avance. J’aperçois alors une maison en tôles d’aluminium. C’est le refuge intermédiaire. Entre 7h38 et 10h50, je viens donc de faire la moitié du parcours entre le pied et le sommet. Ici s’arrête ma première ascension du Mont Cameroon. Ne m’étant pas préparé comme il se doit, je dois remercier trois facteurs qui m’ont permis de dépasser mon objectif initial : sortir de la forêt.

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D’abord les camarades de l’aventure. Avant le départ au niveau de Upper Farm, certains m’ont confié être à leur première expérience. D’autres m’ont dit qu’il n’était pas vraiment préparé. Il m’était donc facile de marcher avec eux dans la forêt et ensuite attaquer les pentes plus difficiles. Mais encore, il y avait d’autres personnes sur le chemin. Et dans les deux sens. Ceux qui vous dépassent genre, vous êtes une moto de type Vespa et eux le genre de grosses moto qu’on voit dans le cortège d’un président de la République. Ceux que vous dépassez et qui vous voient probablement ces puissantes motos du cortège présidentiel. Et enfin ceux qui descendent en vous lançant un souriant : « Ashia oh ». Une vraie bouffée d’oxygène 🙂

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Ensuite, la beauté du paysage. Le Mont Cameroon, c’est un parc national. Pour ceux qui ne le savaient pas. Dès le début de l’ascension, si vous aimez la nature, vous serez émerveillé. D’abord la forêt. Des arbres, des lianes, un sol de terre noire. Des endroits sombres. Des clairières. A certains endroits, vous apercevez la ville de Buea comme sur la pomme de votre main. « Il y a beaucoup d’animaux ici. Des chimpanzés, d’autres types de singes, des antilopes, des petits mammifères et même des éléphants », m’explique un éco-garde rencontré au premier refuge. Après le premier refuge, atteint après 2 heures de marches, le décor change. Le climat aussi. La pente se raidie. Il y a moins de terre et plus de pierres. Les arbres ont disparu. Il y a comme une ligne de démarcation tracée à la main, entre la forêt et la steppe. Au fait, il me semble que depuis les livres de géographie de l’école primaire au secondaire, c’est la première fois que je vois la steppe. Des fois le soleil chasse la brume. La montagne s’offre à vos yeux dans toute splendeur. On dirait un énoooooorme caillou. Vous vous posez des questions du genre : « Mais, le caillou-ci sort d’où ? Il a poussé du sol ? Quelqu’un est venu le poser là ? »

Un caméléon rencontré sur le chemin

Bof, on cherchera les réponses plus tard. On se régale d’abord. Plus on monte, plus c’est impressionnant. On peut voir d’où on vient, comment on a suivi le sentier qui serpente. L’envie d’aller plus haut pour accéder à plus de beauté est forte. Les cuisses, les genoux, les chevilles, mollets et les poumons souffrent. Mais l’ultime raison de présence à cet endroit vous donne des ailes. Pour moi, c’est la poursuite d’un rêve d’enfant. Tout petit, je regardais l’ascension du Mont Cameroon à la télé. C’était un événement sportif majeur. Mike Short, Tatah Thomas, Reginald Essoka, Lekunzé… des noms bien installés dans mes souvenirs. Plus encore, mon père en parlait. Il y est souvent allé dans le cadre de son boulot et je me souviens qu’il parlait du froid qu’il y a là-haut… Je n’ai rien oublié des sensations décrites et projetées à travers la télé. En attendant mon tour. Je suis allé au pied du mont pour la première fois en 2009. J’étais alors l’envoyé spécial du quotidien Le Messager pour la couverture de l’ascension du Mont Cameroon. Pour l’occasion, j’étais allé à pied du Molyko Stadium jusqu’à Upper Farm. A peine entré dans la forêt que j’ai entendu dire que le premier avait commencé la descente. Demi-tour pour ne pas rater ce pour quoi j’étais là.

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Le rêve a continué de me hanter. Jusqu’à ce qu’une occasion se présente. Je suis donc entré dans la demeure d’Efasa Moto. J’ai affronté le Char des dieux. J’ai arpenté les flancs du Mont Fako. C’est un rêve d’enfant presque réalisé. Puisque je ne suis pas arrivé au sommet… Mais il fallait que je m’arrête. Au nom de la raison qui guide la réalisation d’un rêve. La vie continue après le Mont Cameroon et j’aurai besoin de mes chevilles pour ça. J’aurais aussi besoin de mes chevilles pour descendre du Mont. Eh oui, c’est bien de monter. Après il faut faire le chemin inverse et il est plus périlleux. Si je ne suis pas tombé, ceux avec qui je descendais sont tombés et certains à plusieurs reprises. En fin, j’aurai besoin de mes chevilles pour revenir poursuivre ce rêve. Je dois donc me préparer physiquement et mentalement. Car faire l’ascension du Mont Cameroon ce n’est pas affronter les autres grimpeurs. Ce n’est pas défier le mont. C’est vous dépasser. Sur le Mont, votre premier adversaire c’est vous. Faites-en un coéquipier et vous aurez droit à une aventure physique et surtout touristique mémorable.

Edouard TAMBA

Plus de photos de l’aventure 🙂

8 thoughts on “Ma première ascension du Mont Cameroon

  1. Nelson Simo

    J’ai surtout oublié de dire que j’adore l’attaque de ton papier… Comme un roman, Ca donne envie de lire. Les stratégies des doigts et la limitation à 140 caractères ne tuent pas le talent… Toujours un plaisir de lire.

  2. Mathy

    Très beau texte! Vraiment il donne envie de lire jusqu’au bout! j’ai kiffé ces extraits ” Mais
    il fallait que je m’arrête. Au nom de la raison
    qui guide la réalisation d’un rêve. La vie
    continue après le Mont Cameroon et j’aurai
    besoin de mes chevilles pour ça. J’aurais aussi
    besoin de mes chevilles pour descendre du
    Mont. […] Car faire l’ascension du Mont
    Cameroon ce n’est pas affronter les autres
    grimpeurs. Ce n’est pas défié le mont. C’est
    vous dépasser. Sur le Mont, votre premier
    adversaire c’est vous. Faites-en un coéquipier
    et vous aurez droit à une aventure physique et
    surtout touristique mémorable.” Just the best parts 😀

  3. MinetteLontsie

    🙂 Félicitations
    J’ai fait l’ascension une fois à l’époque ou j’étais à UB! Je me suis arrêtée au second refuge. La douleur a mis trois jours avant disparaitre.

  4. Pingback: #kmertour: Comment préparer une ascension du Mont Cameroun | Le blog de TAMBA

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