La presse francophone à l’épreuve d’Internet

CAMEROUN

L’Upf met la presse à l’épreuve d’Internet

Les 41e assises internationales de l’Union de la presse francophone se déroulent à Yaoundé depuis mardi, 17 novembre 2009

Alain Madelin, homme politique français plutôt, disait que le principe de la démocratie c’est de laisser s’exprimer même ceux qui peuvent la mettre en danger. Pas donc étonnant qu’au cours d’une réunion de journalistes, entre supposés journalistes, un participant prenne la parole pour dire que ses confrères ne devraient pas se préoccuper de la question de la dépénalisation. Ce dernier  s’exprime à l’occasion du premier atelier des 41e assises internationales de l’Union de la presse francophone (Upf) à Yaoundé, ouvert à Yaoundé hier, 17 novembre 2009. Camerounais, il dit être journaliste en service au ministère de la Communication. Pour sa part, il n’est pas question de dépénaliser. Les journalistes n’ont qu’à faire leur travail selon les règles d’éthique et de déontologie. Une prise de position qui pique au vif les membres de la confrérie présents. Surtout que le sujet n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Essama Essomba, modérateur de l’atelier le rappelle en indiquant que « si nous consacrons du temps à la dépénalisation », il n’y aura pas le temps d’en finir avec le sujet de l’atelier : « Internet change-t-il la donne ? »

Mais avant, des confrères auront le temps de remonter les bretelles à l’ennemi de la dépénalisation des délits de presse. « Ce n’est pas sérieux », entame Dieudonné Mveng, directeur de publication de La Météo. Il dit pouvoir tout de même « comprendre » l’autre dans la mesure où « au Cameroun, je ne sais pas où le Mincom publie ». « Ne peuvent donc parler des problèmes de journalistes que ceux qui l’exerce au quotidien », lâche-t-il, avant d’être interrompu par le modérateur. Dans la foulée, un délégué du Togo relève que dans son pays, la loi interdit de garder un journaliste à vue. Mais cela n’a pas empêché le directeur de la police judiciaire de l’interpeller pour un article où il présentait le parcours scolaire et professionnel de ce dernier. Une façon de rappeler à l’autre qu’on n’est jamais à l’abri d’un abus d’autorité et qu’il vaut mieux dépénaliser. Le sujet reviendra aux débats ce jour au cours de l’atelier ayant pour thème : « peut-on envisager une régulation éthique des médias ? ».

En attendant, retour à la question « Internet change-t-il la donne ? » Les avis divergent sur le panel et dans l’assistance. Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour, pose le problème du piratage des articles sur le Web. Philippe Dessaint s’interroge sur la question du droit d’auteurs avec l’avènement du journalisme en ligne, et le développement des blogs de journalistes. Pr. Tjadé Eone s’arrête sur la dialectique liberté/responsabilité à travers une synthèse de l’évolution des textes encadrant la liberté d’expression dans le monde. Pour Ibrahim Koné, « Internet change la donne ! » Mais comment s’en servir donc pour une entreprise de presse viable ? La question que se posait déjà Haman Mana sera au menu des échanges  demain, 19 novembre 2009. Ainsi se déroulent les assises de l’Upf sur les auteurs du Palais des congrès. Avec à chaque articulation l’évocation de la pratique du journalisme face au défi que représente le web. D’où le thème « Ethique et déontologie à l’heure d’Internet : Liberté et responsabilités des journalistes ». Les travaux s’achèvent le 22 novembre prochain, à quelques semaines des 60 ans de l’Upf.

Edouard TAMBA

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