Abui Mama prend un congé éternel

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Abui Mama prend un congé éternel

La presse camerounaise est en deuil, suite au décès du  directeur des rédactions du quotidien Cameroon Tribune

Le décor est planté dès la grille d’entrée du siège de Cameroon Tribune avec cette affiche imprimée sur format A3. On y voit Abui Mama Eloundou, directeur des rédactions de Cameroon Tribune. Tout en couleur. Une image qui fait désormais partie des souvenirs que ceux qui l’ont connu garderont de lui. Le journaliste a cassé sa plume ce matin du 4 novembre 2009, quelques heures avant que l’affiche ne soit placardée. « Il nous a dit au revoir  en prenant son congé annuel en février. Deux ou trois jours après, on a appris qu’il était à l’hôpital », raconte sa secrétaire, Elélé Isabelle. « On avait rendez-vous avec lui après ses congés. Il n’est pas revenu », relève Félicité Bahane, journaliste au quotidien de la Rue de l’aéroport. Il se trouve que le congé prévu pour un mois s’est prolongé. Mais Abui Mama Eloundou n’était pas au repos. Il luttait contre la maladie qui le rongeait.

Richard Kwang Kometa, adjoint de ce dernier, et Jocelyne Ndouyou-Mouliom, journaliste se souviennent qu’au début du malaise, leur patron a d’abord été interné dans les hôpitaux locaux. Le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé, puis l’Hôpital général de la même ville. « Quand on est allé lui rendre visite, il a dit, ce n’est pas une blague, je ne me souviens pas de vos noms », se souvient Jocelyne. Face à la peine de ces visiteurs, ce dernier les priera de ne pas traîner à son chevet. Il y subira des interventions chirurgicales avant d’être évacué vers la France. Mais le mal résiste. Et notre confrère retourne chez lui. A son domicile au quartier Emana à Yaoundé. C’est de là qu’il continuera à recevoir des soins de l’Hôpital général. Face aux prouesses de la médecine, le mal persiste et fini par emporter celui qu’on identifiait au billet « Autant le dire ». Sa secrétaire indique que ce journaliste mort à l’âge de  56 ans laisse une épouse et quatre enfants. « Ils sont orphelins, nous aussi », ajoute-t-elle.

« On nous a recruté en février quand il partait en congé. Il nous avait promis de nous livrer quelques ficelles du métier à son retour », se remémore amèrement Félicité. Ceux qui l’ont précédé dans cette rédaction ont eu plus de chance. Humilité, discrétion, humanisme et professionnalisme reviennent sur toutes les lèvres. « C’était un directeur très effacé. Depuis 2005 qu’il occupait ce poste, je ne me souviens pas d’une crise de colère de sa part », témoigne Jeannine Fankam, journaliste à C.T. depuis 2004. « On a été voisin dans les années 1990 avec un mûr mitoyen. Il n’y avait pas d’eau chez moi, il m’a offert le branchement », se souvient sa secrétaire. « On s’est connu en 1976. C’était un patron, un ami, un grand frère. Nous avons commencé à travailler ensemble à l’ex Agence camerounaise de presse (Acap). On s’est retrouvé à Sopécam quand il y a eu fusion », poursuit-elle.

Pour Haman Mana, aujourd’hui directeur de publication du quotidien Le Jour, « Abui Mama c’est la simplicité même ». Haman Mana se souvient que « c’est mon premier patron », lorsqu’il arrive à C.T. en 1989. Un directeur des rédactions qui était un « ardent défenseur du journalisme et des journalistes ». Ce qui lui a valu son poste en août 1992. Des souvenirs d’Augustin Fogang, Abui Mama rebondit alors au ministère de l’Economie et des finances. Il y passera 12 années et marquera son passage par la création du magasine Finances Info. Il réapparaît ensuite au conseil d’administration de la Sopécam comme représentant du ministère des finances. Et en 2005 il est de nouveau nommé directeur des rédactions. Le paroxysme d’une carrière qu’il aura commencé au ministère de l’information et de la culture après être sorti de la 6e promotion de l’Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé.

Edouard TAMBA

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