Royal Air machin…

GALERE

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Royal Air machin…

Aéroport de Casablanca au Maroc. Il ne fait pas bon être en transit ici. J’en fais la triste expérience avec l’aide de Royal Air Maroc, la compagnie de transport aérien e souveraineté du coin. Parti de Yaoundé le 3 octobre à 1 heure du matin, on y arrive à 7h10, heure locale. C’est une foule immense qui se faufile à travers les différentes portes de sécurité de l’aéroport Mohamed V. Il s’agit des passagers en transit. « Dakar ? Allez au 26 »,  me lance une dame de la compagnie. Plus bas, le 26 est plein à craquer. On se bouscule. On se marche sur les pieds. Vu que mon vol est prévu à 22h20, je laisse les plus pressés jouer de leurs coudes. Ca traîne tellement que je finis par rentrer au point de départ. Mais là, il faut traverser le poste de contrôle dans le sens inhabituel. Une dame en uniforme de policier me rassure que je peux y aller. J’y vais donc. « Ho monsieur là », lance un autre flic. Je m’arrête et me retourne. «Vous allez où ? Vous n’avez pas le droit de passer », tempête-t-il. « Oui mais votre collègue là-bas m’a demandé de passer. Je vais au guichet prendre des renseignements pour mon transit, je vais à Dakar », s’entend-il dire de ma part.

J’y fonce donc. Le visage fermé. « Oui monsieur », m’accueil un agent avec son sourire figé. « Je vais à Dakar. Mon vol c’est à 22h20. Qu’est-ce que je fais ? », demande-je. « Allez au 26 », lance-t-il, laconique. Je ne peux m’empêcher de gronder : « Je vais rester là-bas jusqu’à 22 heures ? Qu’est-ce que ça veut dire ? ». Le commercial sourire de l’autre disparaît. « Allez y, un bus va vous amenez en zone de transit. Il y a à manger là-bas et vous pouvez y prendre une douche », explique-t-il. Retour au 26. Re-contrôle, re-fouille, re-question etc. L’endroit est vide cette fois. Je suis approché par un agent en veste noire qui n’arrête pas de parler dans son walkie-talkie. Juste le temps de me demander où je vais et de m’inviter à m’asseoir ensuite. Après ses multiples va-et-vient, « New York, New York », lance-t-il. Ne me sentant pas concerné, je ne bouge pas. « Ho monsieur, vous aussi venez », me dit-il. Nous voilà dans un bus en direction de je ne sais où. Arrêt. « Only New York », insiste une dame. Le bus se vide. Laissant trois passagers.

J’ai le temps de voir sur le tarmac, un avion aux couleurs d’une boisson bien célèbre. Ce qui me permet de déduire que le trophée de la Coupe du monde de football est de passage au Maroc. Vêtu d’un maillot des Lions indomptables, je me surprends à éprouver (par anticipation ?) de la compassion pour les Marocains. « Il faut bien qu’ils se contentent de voir passer le trophée. Cela peut faire office de lot de consolation. Vu qu’ils ont la malchance d’être dans la même poule que le Cameroun. Ils ont intérêt à battre le Gabon lors de la prochaine journée pour espérer au moins une place à la Coupe d’Afrique des Nations. L’unique place pour la Coupe du monde étant prise par qui vous savez 😀 », pense-je. Nouvel arrêt. Tout le monde descend. « Royal Air Maroc, Bienvenue au salon de transit », peut-on lire à l’entrée. Un salon d’accueil ? Un salon vraiment. Bancs et sièges moelleux pour s’allonger. « Vous pouvez vous coucher, prendre une douche. Il y a le petit déjeuner là-bas et vous avez Internet dans la salle là », raconte un autre agent de la RAM.

Son baratin ne marche pas à tous les coups. Il a en face de lui un Congolais qui dit mériter mieux. « Je ne veux pas rester ici. Vous devez me loger à l’hôtel, c’est la loi », revendique-t-il.  « Je vous ai dit que l’hôtel est plein. Si vous voulez rentrez là-bas d’accord, mais c’est à vos risques. Vous allez passer la journée dans l’aéroport », tente de le dissuader l’agent. L’autre tient bon. Moi pas. J’ai encore de mauvais souvenirs de l’aéroport  Johannesburg. « Eto’o, ton vol c’est à quelle heure ? » me lance une dame assise à la cafétéria. Son bébé et elle se rendent au Cameroun. Et moi non. N’empêche qu’on partage la table pour les petits déjeuners et déjeuners qu’offre la compagnie de transport à ses passagers. Des rations que bouderaient certains nécessiteux. Pas grave. Entre Camerounais, on digère ça en papotant. Elle vit aux Etats-Unis et va rendre visite à sa famille au pays. « Quoi ? Que Mebara est en prison ? C’est pas possible ! Mebara ? », s’exclame-t-elle.

Bien de nouvelles du pays la surprennent. Ce qui est un peu normal, dans la mesure où chez l’Oncle Sam, elle est plus occupée par ses études universitaires, ses jobs et son foyer conjugal dans le Massachusetts. Une Togolaise venant elle aussi des Usa nous rejoint. Cette dernière est visiblement remontée après l’agence par laquelle elle a obtenu son ticket de voyage de Richmond à Lomé. « Ce sont des escrocs, comme tous les Américains. Ils sont trop malhonnêtes », se plaint-elle. Cela fait plus de 24h qu’elle est en route, elle n’avait pas eu les détails de toutes ces longues escales. Arrivent une troisième « larron ». Partie de Milan où elle est mariée à un Italien, elle se rend à Lagos au Nigeria, son pays natal. La conversation vire sur les trucs de filles.  « Quand tu as les fesses comme ça, et la poitrine comme ça, les Américains aiment. Nos formes ci sont très rares chez eux. D’ailleurs j’ai une collègue qui a décidé d’aller se faire opérer pour avoir de plus grosse fesses », raconte l’une d’elles.

« En fait, ils sont gros, mais gros partout. Il n’y a pas de différence entre la poitrine, le ventre et tout ça. C’est aussi parce qu’ils mangent trop gras. Moi je fais ma bouffe à la maison et je vais manger au bureau. Je ne bois pas de soda », poursuit la Togolaise. Le trio se vante d’être comme il faut. Elles en profitent pour se payer la tête des afro-américaines qui ont du mal à reconnaître leur africanité. Et moi quoi dans tout ça ? Je commence à me sentir de trop dans cette conversion où je suis passif. Il est temps d’aller voir la salle d’Internet. Quatre ordinateurs connectés. Je m’y mets. Revue des blogs. Tour rapide sur les sites d’information du Cameroun. Je vire ensuite sur les réseaux sociaux. Quelques compatriotes et amis sont en poste. Ce qui rétabli mon équilibre mental. Les trois autres machines sont régulièrement prises d’assaut par les policiers du salon de transit. Je ne peux m’empêcher d’observer ce qu’ils font. 123Love et autres. Ma présence sur l’une de ces machines semble les gêner aux regards qu’ils me lancent. Je ne tarde pas à me retrouver seul dans la salle.

Content d’être débarrassé de leurs conversations bruyantes, je ne vais pas sourire longtemps. Black out ! Les ordinateurs s’éteignent. Délestage ? « C’est encore quelle version de coupure d’électricité ça ? Les lampes au plafond brillent ». Et à l’extérieur, les téléviseurs continuent de montrer des images de programmes en arabe. Pas de doute. C’est donc un complot ! Ils ne sont pas foutu de bien s’occuper des gens en terme de d’hébergement, de nutrition, de politesse… Il faut en plus qu’ils m’empêchent d’échapper à leur prison via Internet. Mes compagnonnes de galère sont toutes parties ? Coupd ‘œil rapide et… la Togolaise s’est affalé dans une chaise pour un culte à Morphée. Autant mieux allez faire de même. Je choisi un canapé. Je m’allonge. Il est déjà 17h. Le sommeil ne tarde pas en m’emporter. Jusqu’à ce qu’arrive un de ces malpolis agents…*

Edouard TAMBA

*A suivre

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