La coopération française coupe les vivres à Planète Jeunes

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La coopération française coupe les vivres à Planète Jeunes

Le magazine Planète Jeunes change de look, de périodicité et de ligne éditoriale pour survivre aux réalités de l’économie de marché

« Travaillez dur comme le font tous les compétiteurs », conseil de la nouvelle icône du sprint mondial aux jeunes Africains rêvant d’une carrière d’athlète. Il s’exprime dans une « interview exclusive » accordée au magazine Planète Jeune. Usain Bolt, recordman des 100 et 200m fait la une de la publication en plus d’un poster. Il reste lucide malgré le succès. « Restez à l’école et travaillez pour réussir, car très peu d’entre vos pourront faire carrière en athlétisme », ajoute-t-il à l’endroit des jeunes. Une qui réussit en sport et à l’école, c’est l’Ivoirienne Kani Kouyaté. La basketteuse de 18 ans, est meilleure joueuse espoir d’Afrique et championne de Côte-d’Ivoire avec le Club sportif d’Abidjan. En plus, « je suis la meilleure marqueuse et la meilleure ailier du championnat de basket dames de Côte-d’Ivoire », précise-t-elle. Dans la rubrique « Ma vie à », elle balade le lecteur à travers « Abidjan La Perle de la lagune Ebrié ». C’est aussi dans cette ville qu’elle vient d’obtenir son baccalauréat, au lycée moderne de Treichville.

A propos de l’école justement, une nouvelle rubrique du journal, « Vie lycée », consacre deux pages pour une rentrée scolaire réussie. « Petite écolière, je me rendais compte que de l’imminence de la rentrée par le démarrage des cours de vacances auxquels mes parents m’inscrivaient. Je lisais d’avance les ouvrages inscrits au programme, réduisait mes loisirs pour fréquenter les bibliothèques, lisais les cahiers de mes aînés », témoigne Reckya Madougou, ministre béninoise de la micro-finance et des jeunes et des femmes. L’ambiance scolaire se poursuit avec la bande dessinée « Lycée Samba Diallo ». L’organisation des Nations unies est présentée de manière synthétique. Arrêt sur « le grand Magal de Touba », avec « Reportage ». Le « Mouv’ »  fait un arrêt sur quelques vedettes africaines. Plus loin, on apprend avec « Sciences », que la biométrie s’appuie sur des données recueillies à travers les empreintes digitales, la voix, l’iris, le visage, la main, l’Adn… Ainsi, « Le risque de fraude sur un passeport est quasiment nul », affirme un expert de l’aéroport de Libreville.

Un roman-photo fait désormais partie de la publication, en plus des traditionnelles pages de Jeux, les aventures de Takef… et le sport. Le numéro 100 de Planète Jeunes rêve d’une équipe panafricaine de football au mondial 2010 avec Samuel Eto’o et Didier Drogba en attaque. Et quel banc de touche ! 48 pages pour le désormais mensuel toujours en couleurs avec comme autre nouveauté, des rabats. On y retrouve des fiches renseignant sur les stars, les métiers, l’environnement, la culture générale etc. Et une campagne de sensibilisation, avec encart et poster, contre les violences domestiques. Mais il faudra désormais débourser 1000 Fcfa pour s’offrir le magazine. Et pour cause, la Coopération française a ferme le robinet de la subvention. Après 16 ans d’existence le magazine fait la mue de son modèle économique. Mais aussi de son look (charte graphique, logo, couleurs…). Pour le rédacteur en chef, Eyoum Ngangue, « On n’a pas seulement changé la carrosserie, mais aussi le moteur de Planète ». La preuve avec le nouveau slogan de la ligne éditoriale « l’Afrique, le monde et moi »? Le verdict des lecteurs décidera de l’avenir de ce magazine.

Edouard TAMBA

INTERVIEW – Jean Luc MONCHY

De passage au Cameroun le Chef des marches du programme Planète jeunes parle du comportement de leurs produits en Afrique et des nouveaux défis à relever pour le magazine qui devient mensuel et coûte désormais plus cher

Jean Luc Monchy

« Les subventions s’arrêtent en 2010 »

Au moment où la majorité des indicateurs de la presse écrite sont au rouge, Planète Jeunes devient mensuel. Ca veut dire que le journal se porte très bien ?

Que le journal se porte bien, c’est trop dire. Depuis 10 ans les jeunes nous réclament un journal qui soit en kiosque plus souvent, parce que 2 mois c’est long. Donc, Planète jeunes fait le pari d’un magazine mensuel, avec des ventes qui ne sont pas vraiment euphoriques. Le magazine continue à bien se porter. Aujourd’hui, c’est un tirage de 80 mille exemplaires sur lequel on espère une diffusion payée de 50 mille par édition avec cette nouvelle formule mensuelle.

Vous avez plusieurs produits, comment se comportent-ils sur les différents marchés ?

Les produits se comportent assez différemment jusqu’à présent. Planète Enfants est essentiellement vendu par abonnement, à 90% ; directement dans les écoles, via les instituteurs relais et les équipes qui sont dans les différents pays. Et Planète Jeunes, c’est plus le kiosque. Aujourd’hui, on veut aussi qu’il s’installe dans une logique d’abonnement. On a développé une offre spécifique pour ce désormais mensuel avec 11 numéros par an. Pour les chiffres, aujourd’hui, Planète Jeune c’est un tirage de 80 mille pour une diffusion qu’on espère autour de 50 mille. Planète Enfant, c’est un tirage de 70 mille pour une diffusion payée de 45 mille exemplaires par numéro.

Y a-t-il des produits qui se démarquent en fonction des pays?

Le 1er en avance sur les abonnements pour Planète Enfants, c’est le Sénégal avec 6000 exemplaires par numéro. Le Cameroun se porte bien pur ce qui est des abonnements Planète Jeunes et Planète Enfants. C’est un peu plus difficile dans les kiosques. On essaye de redresser ça avec nos partenaires de Messapresse, notamment avec le lancement d’un concours de kiosquiers cet après-midi [jeudi, 24-09-09, ndlr]. En Côte-d’Ivoire, le journal se porte beaucoup mieux qu’ailleurs. C’est un petit peu le cas de toute la presse. C’est un pays où les gens ont une grosse habitude de lecture, plus qu’ailleurs. Et donc ça fonctionne très bien pour Planète Jeunes en Côte-d’Ivoire.

Planète Jeunes est progressivement passé de 500 à 1000 Francs Cfa. Est-ce que vous tenez compte du pouvoir d’achat local ?

On tient compte du pouvoir d’achat local, on tient aussi compte du fait que Planète Jeune n’avait pas augmenté depuis près de 10 ans. On tient compte de la valeur réelle du produit. C’est un magazine de qualité avec du vernis, des rabats, une impression en quadri. Quand on a posé la question aux jeunes dans les groupes test qu’on fait un peu partout dans différents pays, ils nous ont dit que mille francs, ou « kolo » comme on dit ici ça paraissait être le bon prix. Pour nous c’est le juste prix. Planète Jeunes était vendu à 700 Francs parce qu’il bénéficiait des subventions. Ces Subventions s’arrêtent en 2010. Donc Planète Jeunes rentre complètement dans une économie de marché. C’est un nouveau défi, un pari…

Les lecteurs pourraient voir les contenus sacrifiés par la logique de l’économie de marché…

La ligne éditoriale du journal change à l’occasion de cette nouvelle formule et devient : « l’Afrique le monde et moi ». On est toujours sur un engagement fort. C’est ce qui fait son audience, sa réputation. C’est ce qui fait qu’il a toujours bien marché et qu’il va continuer à grandir. On ne va pas tomber dans quelque chose de complètement différent. Dans cette nouvelle formule, c’est l’occasion de certaines évolutions ; il y a un roman photo qui arrive, il y a d’autres nouveautés.

Planète Jeunes c’est aussi un ensemble de campagnes thématiques à travers des brochures et autres. Quel feedback en avez-vous ?

C’est très dur de mesurer le feedback d’une campagne de sensibilisation. Ce qu’on essaye de faire à chaque campagne de mobilisation, c’est de mobiliser les lecteurs. On accompagne les affiches et slogans d’un concours où on demande aux jeunes de prendre des initiatives et de nous les relater. On a généralement entre 500 et 1000 réponses. C’est un genre de feedback assez dur à chiffrer, mais qui nous donne une idée globale des actions qui sont suivies et relayées.

Entretien avec

Edouard TAMBA

3 thoughts on “La coopération française coupe les vivres à Planète Jeunes

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  2. Jikeb

    Merci pour l’info monsieur Tamba. En tous cas, pour PJ, la combat va être rude, nottament avec EntreNous Jeunes en face et sa panoplie de titres.
    Le moins que l’on puisse dire c’est que au Cameroun, le milieu de l’édition jeunesse est dynamique

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