Comment sécuriser le Golf de Guinée

STRATEGIE

Pirates interceptés dans le Golf d'Aden par la US Navy (photo Us Navy)

L’urgence de spécialiser et mutualiser les forces armées

Un enseignant de l’Institut des relations internationales du Cameroun décrypte le problème d’insécurité dont souffre le Golf de Guinée et propose des voies de solutions exigeant une approche globale et concertée entre les pays concernés

Conflit israélo-palestinien, troupes américaines en Irak, coalition en Afghanistan, groupes extrémistes ou séparatistes en Chine, en Russie, en France, en Espagne… Le nouveau visage de la guerre concerne désormais l’Afrique. La preuve, le continent abrite les deux zones les plus dangereuses au monde. Selon le rapport 2008 du Bureau maritime international, le Golf d’Aden en Somalie arrive en tête avec 92 attaques de piraterie, contre 40 pour son suivant, plus proche du Cameroun, le Golf de Guinée. D’après le même rapport, « plus de 187 actes de piraterie maritime ont été enregistrés dans le Golf de Guinée, au large du Nigeria, entre 2003 et 2008 », relève Dr Mvomo Ela, à l’occasion de la leçon de clôture du 4e stage du Cours supérieur interarmées de défense (Csid) à Yaoundé. Bakassi freedom fighters (Bff), Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend) et de multiples autres bandes donnent du fil à retordre aux forces Nigériane, Equato-guinéenne et camerounaise.

Attaque à Limbe en novembre 2008, assaut sur Malabo en février dernier, prises d’otage en série… Le dernier cas en date porte sur la libération le 19 juillet dernier, de 4 otages par les Bff, après 148 jours de captivité. L’enseignant poursuit en déplorant les « effets négatifs » de cette nouvelle forme d’insécurité : « une baisse de 25% de la production nationale nigeriane et une perte d’environ 64 millions de dollars par jour, ainsi que le désengagement de certains grands groupes pétroliers… » Et jusqu’à présent, l’ennemi est partout, sans visage, sans repère et sans règle, si ce n’est la sienne. D’où l’expression de « conflictualité asymétrique ». On parle aussi de « guerre de perturbation », « guerre bâtarde », ou encore « petite guerre ». Dans ces cas, il ne s’agit plus de stratégie directe basée sur « la force massive en vue du choc et du feu », relève l’universitaire, mais plutôt d’une stratégie de contournement où l’adversaire recherche constamment « l’effet de surprise à travers la vitesse et la furtivité ».

Spécialisation et mutualisation des forces

Il est donc impératif de comprendre le problème pour le résoudre efficacement. D’abord que le Golf de Guinée est une zone propice au développement de la petite guerre. Ce à cause de facteurs géographique, géopolitique et géostratégique. La géographie de la zone avec des limites incertaines, ses étendues d’eau et sa mangrove facilitent la tâche aux assaillants. Politiquement, la démocratie libérale bouscule les systèmes monolithiques avec la toute puissance de l’Etat. Conflits identitaires et économiques s’entremêlent. D’où la contestation du « monopole exclusif de l’Etat dans l’usage de la violence légitime ». Pour couronner le tout, « la mondialisation néolibérale et la globalisation induite des échanges ont faite du Golf de Guinée, et plus encore au lendemain du 11 septembre 2001, l’un des pôles majeurs de la pétrostratégie et placée de ce fait même cette sous-région au cœur de la géopolitique des ressources et de la géostratégie mondiale », observe Dr Mvomo Ela.

Pour ce dernier, la solution passe nécessairement par la « spécialisation et la mutualisation des forces ». Qu’en plus des mesures de défense, chaque pays concerné doit se doter de « forces spéciales ». Des unités tactiles polyvalentes, au déploiement facile et léger. Le Bataillon d’intervention rapide (Bir) au Cameroun et la Joint military task force (Jtf) au Nigeria en sont une illustration. Mais l’efficacité selon le prof, est tributaire d’une approche globale, concertée. L’Afrique centrale et de l’Ouest devrait donc se tendre la main avec une orientation interministérielle dans une approche civilo-militaire… De la prise en compte de tous ces paramètres dépend le retour à la sécurité et à la stabilité dans le Golf de Guinée », martèle Dr Mvomo Ela.

Édouard TAMBA

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