Daily Archives: 30 July 2009

Mystère autour du budget alloué à l’accueil de Le Guen

Can/Mondial 2010

Mobilisation pour Le Guen à l'aéroport de Nsimalen

Mobilisation pour Le Guen à l'aéroport de Nsimalen

Le Comité de stratégie, le Guen,  et l’argent dépensé

La mobilisation autour de l’accueil du nouveau coach des Lions indomptables et le budget consenti n’en finissent pas de faire jaser

L’affaire alimente conversations et débats. Autant dans la rue que dans les médias. L’arrivée et l’installation du nouvel entraîneur de l’équipe nationale de football auraient coûté près de 150 millions de Fcfa au Trésor public. Une somme qui selon des sources a été dépensé en l’espaces de trois jours. D’abord samedi, 25 juillet 2009. Groupes de danse et autres supporters sont mobilisés à destination de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen. Près de 2000 personnes selon des estimations. Le lendemain, 26 juillet 2009, Paul Le Guen, s’occupe à l’hôtel Hilton avec le ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep). Le sorcier blanc sur qui le président de la République a jeté son dévolu apparaîtra au stade Ahmadou Ahidjo le temps d’un match amical. Puis, viendra le grand jour. Lundi, 27 juillet 2009.

Le Palais polyvalent des sports est pris d’assaut par des centaines de personnes, des groupes de danse et des invités de prestige. Sept des anciens ministres en charge des sports au Cameroun ont été invités. Idem pour cinq des anciens capitaines de cette équipe dont certains ont été déplacés de l’occident aux frais du contribuable. C’est le cas de Omam Biyick et Jacques Songo. Une fois le contrat signé par Paul Le Guen, la Fecafoot et le Minsep, il y avait à manger et à boire. Mais encore… des frais de taxi ou de carburant. Si les anciens ministres ont refusé le pactole d’un million par personne, à eux proposés pour l’occasion, d’autres ne se seraient pas gênés de passer à la caisse. Au nom de l’Union sacré à construire autour des Lions indomptables. Histoire qu’ils se qualifient absolument à la prochaine Coupe du monde en Afrique du Sud.

« 150 millions de francs pour accueillir un entraîneur ? On est où là ? », s’indigne un observateur. Quoiqu’il en soit, l’idée d’une telle initiative est partie du Comité de stratégie (Cds) mis en place pour la qualification de nos Lions. Au Minsep, l’un des membres du Cds est offusqué par le montant avancé. « Il n’a jamais été question de 150 millions. Les gens racontent n’importe quoi », clame-t-il. Quant au porte-parole du Cds, il n’y rien excessif, car c’est le football. Mais au-delà du budget consacré à l’arrivée et l’installation de Paul Le Guen, c’est la pertinence et le rôle de ce Cds qui est à questionner. Pour notre source au Minsep, le Cds n’a pas besoin de bruit, « c’est de la stratégie et on préfère travailler dans l’ombre ». Le porte-parole du Cds a tout même consenti à accorder une interview au Messager.

Édouard TAMBA

Un Comité stratégique pour qualifier les Lions au Mondial

Dr FRANCIS MVENG

"Non, le Comité de stratégie n’a jamais dépensé 150 millions de francs"

"Le Comité de stratégie n’a jamais dépensé 150 millions de francs"

« Ce n’est pas excessif… ce n’est que  le début »

Le porte-parole du Comité de stratégie pour la qualification des Lions au mondial Sud-Africain conteste le montant du budget qu’annoncent des indiscrétions. Revenant sue le rôle de ce comité, il affirme que tous les moyens doivent être mis en jeu pour cette qualification


Quel est le mandat du Comité de stratégie mis en place pour la qualification des Lions au prochain mondial ?

Le Comité de stratégie (Cds) a été créé par le ministre des Sports et de l’Education physique en accord avec le président de la Fédération camerounaise de Football. Ce Cds est un instrument mis en place pour chercher, réfléchir et proposer des solutions pour que l’environnement des Lions indomptables soit propice à une qualification pour le Mondial 2010. Au-delà de ça, le rôle du Cds c’est aussi de fédérer toutes les énergies des 18 millions de Camerounais, de chercher à mutualiser toutes les pensées positives et de les mettre au service de la qualification des Lions.

Vous voyez bien que dans le libellé de ce mandat, la fin du Cds est déjà fixée. Il faut aussi noter que conformément à son mandat, le Cds n’est pas une instance de décision. C’est une instance qui réfléchi. Et le produit de cette réflexion est mis à la disposition du ministre des Sports et du président de la Fecafoot, pour qu’ils puissent déterminer avec clarté, le point de convergence des intérêts du football camerounais pour l’heure. Il s’agit de la qualification pour la Coupe du monde.

On a observé une mobilisation particulière pour l’accueil et l’installation de Paul Le Guen dans ses nouvelles fonctions. Etait-ce une idée du Cds, si oui dans quel objectif ?

C’était une idée forte du Comité. Nous avons souhaité une forte mobilisation pour l’accueil de M. Paul Le Guen. Pour que le sélectionneur national se rende compte que les 18 millions de Camerounais représentés par cet échantillonnage qui viennent l’accueillir sont suspendus à la qualification des Lions indomptables pour Afrique du Sud 2010. Vous savez, ce serait très dommageable pour le football camerounais, que les Lions ne soient pas qualifier la toute première Coupe du monde organisée en Afrique, que les Lions, rois de la forêt de soient pas présents… Ce n’est pas normal. C’était pour qu’il mesure à quel niveau, le football est plus qu’une religion au Cameroun. C’est notre ambassadeur, c’est le ciment et le ferment de l’Unité nationale.

Pour nous au Comité de stratégie, il fallait que Paul Le Guen le comprenne bien. Il a tellement bien compris, qu’il se rend aujourd’hui compte de la tâche qui lui est confiée ; difficile et exaltante. Le Challenge vaut la peine. Qu’il réussisse à qualifier les Lions. Je crois qu’il va qualifier les Lions. Maintenant, deux personnes détiennent la qualification des Lions indomptables. M. Paul Le Guen, et les joueurs sur le terrain. La population est donc venue dire à Paul Le Guen que « vous devez qualifier les Lions pour la Coupe du monde. Nous vous encourageons pour que vous transmettiez cet enthousiasme aux joueurs ». C’est pour cela que nous avons pensé à faire passer le message. Pour que les Camerounais se mobilisent.

Autant de moyens humains, matériels et financiers investis… N’est-ce pas excessif  quand on sait que les autres sports ne bénéficient pas de la même attention ?

Ce n’est pas excessif. Comment ça n’arrive pas avec les autres sports ? Nous sommes à un tournant vital de notre mouvement sportif pour ce qui concerne le football. Si nous voulons nous qualifier il faut mettre les moyens qu’il faut. Et ce que nous avons à faire ici, c’est de mettre les moyens humains. Vous ne pensez pas que cette opération est également une marque de reconnaissance de la Nation à ceux-là qui ont eu à faire prospérer le nom Lions indomptables ? Les Camerounais ne voient que les petits passages de cuisine pour dire que c’est excessif. Ce n’est pas excessif. Quand on invite un ancien capitaine des Lions indomptable à venir partager, à venir mettre son énergie positive au service des Lions indomptables, je ne pense pas que c’est excessif. C’est même le début, c’est par là que ça devrait commencer.

Vous pensez que ce n’est pas excessif alors que des indiscrétions parlent d’un montant de 150 millions dépensé en 3 jours pour l’arrivée de Paul Le Guen…

Non, le Comité de stratégie n’a jamais dépensé 150 millions de francs. On parle de 150 millions par-ci, 98 millions par-là… tout ce que je peux vous dire, c’est que le Cds n’ a mobilisé que des hommes et des femmes pour venir ovationner Paul Le Guen. Cela a un coup, mais ce n’est pas parti chercher dans des dizaines de millions. Vous pouvez faire l’estimation. Quelques groupes de danses folkloriques, cinq anciens capitaines dont deux venant de l’étranger… Vous voyez, ça ne va pas chercher dans 150 millions. Ce n’est pas possible.

Peut-on avoir le vrai montant de ce budget ?

Non, je n’ai pas encore le chiffre aujourd’hui. Mais je vous dis, ça ne va pas chercher dans ces hauteurs-là. C’est un chiffre très modeste. On n’est pas à des dizaines de millions. Vous pouvez faire le calcul. Les billets d’avion de ceux venant de l’étranger, les groupes de danses folkloriques à l’aéroport et au Palais des sports… ça ne va pas chercher dans 150 millions comme le disent les autres. Donc, il faut savoir raison garder.

Entretien avec

Édouard TAMBA

Comment sécuriser le Golf de Guinée

STRATEGIE

Pirates interceptés dans le Golf d'Aden par la US Navy (photo Us Navy)

L’urgence de spécialiser et mutualiser les forces armées

Un enseignant de l’Institut des relations internationales du Cameroun décrypte le problème d’insécurité dont souffre le Golf de Guinée et propose des voies de solutions exigeant une approche globale et concertée entre les pays concernés

Conflit israélo-palestinien, troupes américaines en Irak, coalition en Afghanistan, groupes extrémistes ou séparatistes en Chine, en Russie, en France, en Espagne… Le nouveau visage de la guerre concerne désormais l’Afrique. La preuve, le continent abrite les deux zones les plus dangereuses au monde. Selon le rapport 2008 du Bureau maritime international, le Golf d’Aden en Somalie arrive en tête avec 92 attaques de piraterie, contre 40 pour son suivant, plus proche du Cameroun, le Golf de Guinée. D’après le même rapport, « plus de 187 actes de piraterie maritime ont été enregistrés dans le Golf de Guinée, au large du Nigeria, entre 2003 et 2008 », relève Dr Mvomo Ela, à l’occasion de la leçon de clôture du 4e stage du Cours supérieur interarmées de défense (Csid) à Yaoundé. Bakassi freedom fighters (Bff), Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend) et de multiples autres bandes donnent du fil à retordre aux forces Nigériane, Equato-guinéenne et camerounaise.

Attaque à Limbe en novembre 2008, assaut sur Malabo en février dernier, prises d’otage en série… Le dernier cas en date porte sur la libération le 19 juillet dernier, de 4 otages par les Bff, après 148 jours de captivité. L’enseignant poursuit en déplorant les « effets négatifs » de cette nouvelle forme d’insécurité : « une baisse de 25% de la production nationale nigeriane et une perte d’environ 64 millions de dollars par jour, ainsi que le désengagement de certains grands groupes pétroliers… » Et jusqu’à présent, l’ennemi est partout, sans visage, sans repère et sans règle, si ce n’est la sienne. D’où l’expression de « conflictualité asymétrique ». On parle aussi de « guerre de perturbation », « guerre bâtarde », ou encore « petite guerre ». Dans ces cas, il ne s’agit plus de stratégie directe basée sur « la force massive en vue du choc et du feu », relève l’universitaire, mais plutôt d’une stratégie de contournement où l’adversaire recherche constamment « l’effet de surprise à travers la vitesse et la furtivité ».

Spécialisation et mutualisation des forces

Il est donc impératif de comprendre le problème pour le résoudre efficacement. D’abord que le Golf de Guinée est une zone propice au développement de la petite guerre. Ce à cause de facteurs géographique, géopolitique et géostratégique. La géographie de la zone avec des limites incertaines, ses étendues d’eau et sa mangrove facilitent la tâche aux assaillants. Politiquement, la démocratie libérale bouscule les systèmes monolithiques avec la toute puissance de l’Etat. Conflits identitaires et économiques s’entremêlent. D’où la contestation du « monopole exclusif de l’Etat dans l’usage de la violence légitime ». Pour couronner le tout, « la mondialisation néolibérale et la globalisation induite des échanges ont faite du Golf de Guinée, et plus encore au lendemain du 11 septembre 2001, l’un des pôles majeurs de la pétrostratégie et placée de ce fait même cette sous-région au cœur de la géopolitique des ressources et de la géostratégie mondiale », observe Dr Mvomo Ela.

Pour ce dernier, la solution passe nécessairement par la « spécialisation et la mutualisation des forces ». Qu’en plus des mesures de défense, chaque pays concerné doit se doter de « forces spéciales ». Des unités tactiles polyvalentes, au déploiement facile et léger. Le Bataillon d’intervention rapide (Bir) au Cameroun et la Joint military task force (Jtf) au Nigeria en sont une illustration. Mais l’efficacité selon le prof, est tributaire d’une approche globale, concertée. L’Afrique centrale et de l’Ouest devrait donc se tendre la main avec une orientation interministérielle dans une approche civilo-militaire… De la prise en compte de tous ces paramètres dépend le retour à la sécurité et à la stabilité dans le Golf de Guinée », martèle Dr Mvomo Ela.

Édouard TAMBA