Les oreilles tournées en contre-la-montre à Yaoundé

CINÉMA

la scène des retrouvaille (Ph Acajou Films)

la scène des retrouvaille (Ph Acajou Films)

Les oreilles tournées en contre-la-montre

Le concours de court-métrage 7 jours pour 1 film a rendu son verdict lors de la cérémonie d’ouverture du festival Écrans noirs

Le compte à rebours est lancé. Plus que cinq jours pour Gilbert Tio Babena. C’est le temps qu’il reste à ce réalisateur en herbe pour tourner, monter et faire diffuser son premier film. Un court-métrage intitulé « Les oreilles ». L’équipe de tournage est à pied d’œuvre depuis lundi matin, 1er juin 2009. Et les populations quartier Kondengui s’en sont rendues compte. Découvrant à leur réveil, une autre « prison centrale », non loin du célèbre pénitencier. L’une des séquences du court-métrage s’y déroulent. Caméra professionnelle, microphone perché, conciliabules, « ça tourne ! » Un acteur sort de la prison, présente son ordre de levée d’écrou aux geôliers en faction avant de prendre dans ses bras, une créature féminine qu’on devine être son aimante. La foule s’est massée autour du lieu de tournage. Certains n’hésitent pas à lancer des boutades lorsque l’ex prisonnier et sa dulcinée s’embrassent. « Coupé ! » La scène des retrouvailles sera reprise. Une deuxième fois. Puis une troisième fois.

« Vous êtes des amoureux, ce n’est pas une prise de judo que tu lui fait », lance Pascal Judelewicz à l’acteur dont le geste semble avoir manqué de finesse. On éclate de rire ça et là, puis on recommence. Le climat n’a pas été clément. Du coup il faut se servir d’autres instruments pour améliorer l’éclairage des gros plans. Mêmes acteurs, même lieu, mêmes gestes plus tard. Sauf que la camera s’est déplacée de l’autre côté de la route. Le trafic des piétons et des véhicules ne facilitent pas la tâche à l’équipe de tournage. « Ventousage, Ventousage », crie l’une des membres de l’équipe. « Il faut ventouser », poursuit-elle. La réaction de ses collègues laisse imaginer qu’il s’agit d’une expression pour demander le blocage de la circulation de part et d’autre de la scène. Le couple cède ensuite la place à un élève, Brian. Il marche devant le pénitencier, avec son sac à dos.

« Il s’est vite adapté. Au début ce n’était pas un acteur, mais il ressemblait à mon personnage principal. J’ai dû composer avec son feeling, et il a compris l’importance du projet », confie le réalisateur à propos de son acteur principal âgé de… 10 ans. Le petit n’a plus de complexes face la camera. Ce qui réjouit le réalisateur. Pour le reste, « ça va. Il n’y a pas trop de pression », confie-t-il. « En fait, les tâches sont partagées. Et depuis le matin, il n’y a pas de pleur. Le tout c’est de travailler. C’est comme un bâtiment qu’on doit livrer à temps, sinon on perd le contrat », poursuit le réalisateur. Selon lui, la mise en œuvre de son projet semble moins compliquée que la préparation. Surtout que ce n’est que depuis samedi, durant la cérémonie d’ouverture du festival Ecrans noirs, que son projet a été choisit au détriment de 11 autres.

Il triomphait ainsi à l’initiative « 7 jours pour 1 film », lancé en décembre 2008 par P. Judelewicz d’Acajou Films et des partenaires tels que Arice Siapi, Bassek Ba Kobhio… Selon Arice et Pascal, les projets de films arrivés en finales étaient tous de bonnes qualités. Mais, Gilbert a eu l’avantage d’avoir un film réalisable dans un délai de 7 jours. Mais encore l’histoire de ce petit garçon qui cherche son père, « est sentimentale, émotionnelle et universelle. Ca parle à tout le monde », relève P. Judelewicz. Il partage l’optimisme du réalisateur en affirmant qu’il n’a « jamais eu l’ombre d’un doute qu’on projettera ce film samedi soir ». Le public pourra alors découvrir ce court métrage qui est tourné et monté presque simultanément. Ce avec la présence des autres candidats au concours dans l’équipe de tournage.

Edouard TAMBA

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