Bamkoui condamné à 18 mois de prison ferme

JUSTICE

Bamkoui condamné à 18 mois de prison ferme

La première partie de l’affaire du meurtre de Mapouro Njifon Hervé s’est achevée hier, 6 mai 2009 au Tribunal militaire de Yaoundé. L’accusation crie sa déception

Ils n’en reviennent toujours pas. Les frères et sœurs du défunt inspecteur de police  Mapouro Njifon Hervé qui, dans la cour du Tribunal militaire Yaoundé, préfèrent garder le silence face à la presse. Assis en face de l’entrée de la salle d’audience, leurs mines faciales en disent long sur la profondeur de la déception ce 5 mai 2009. Et pour cause, le tribunal vient de rendre le jugement sur la peine dans l’affaire opposant la famille du défunt et le ministère public au chef d’escadron Bamkoui Emile Joël. « Le tribunal, après avoir délibéré… à l’unanimité de la collégialité déclare l’accusé coupable de meurtre », s’entendent-ils d’abord dire de la bouche du président de l’audience. Puis arrive le bémol. Les juges dans leur intime conviction ont tenu compte de l’excuse atténuante de provocation et des circonstances atténuantes (délinquant primaire, aveux, états de services)  au bénéfice de Bamkoui Joël Emile. Raisons pour lesquelles cette juridiction « le condamne à 18 mois d’emprisonnement ferme avec mandat d’incarcération à l’audience », déclare le président.

A propos des membres de la famille du défunt inspecteur, « ils n’ont rien à dire, adressez-vous aux avocats », lance l’un des conseils de cette famille. Ses confrères justement ne s’en privent pas. « Nous allons faire appel », lancent-il en cœur. « La justice a rendu sa décision. Mais il faut que nous disions à tous ceux qui nous écoutent que nous, appelés à défendre les intérêts dans ce dossier de Mapouro, nous sommes déçus. Nous sommes arrivés à une justice que nous ne savons comment qualifier. Nous sommes entièrement déçus.  Mais heureusement, nous avons les voies de recours », clame Me Tcheugueu Louis Bernard. A la suite d’un réquisitoire suggérant l’emprisonnement à vie pour le chef d’escadron Bamkoui, 18 mois de prison peuvent sonner comme une victoire. « On ne peut pas parler d’une victoire. On parle d’une justice. Parce que au lendemain d‘une telle décision, il y a toujours à regretter la mort de la personne. Et aussi, la compréhension du tribunal a voulu qu’on donne à mon client un quantum de la peine qui puisse lui permettre de se  resocialiser », relève Me Mangoua André Duclair, l’un des conseils du condamné.

Responsabilités partagées

Me Tcheugueu et ses collègues se réjouissent tout de même du fait que des dommages et intérêts seront versés aux proches de la victime. 13,273 millions Fcfa pour le préjudice matériel pour la fille du défunt, née après le décès de son père ; 5,115 millions Fcfa pour la fiancée, et près de 2 millions pour le préjudice subi par ses frères et sœurs. Soit un total de 21,443 millions de Fcfa de dommages et intérêts au bénéfice des proches du défunt. Mais la joie ici est aussitôt revue à la baisse. Car l’accusation est déboutée en ce qui concerne les dommages liés à la carrière de Mapouro Njifon Hervé, la douleur… pour leur caractère personnel et incessible.  Mais encore, les plaignants ne recevront que la moitié des 21 millions de dommages et intérêts. Une décision que le tribunal appuie sur le principe du « partage des  responsabilités entre la victime et l’accusé ». Selon sa consoeur Me Tchamo, « la responsabilité se partage entre les personnes solvables. Mais en attribuant la moitié des responsabilités au défunt, on prive la partie civile de rentrer dans ses droits. Jamais on n’a vu un partage des responsabilités entre un défunt et l’auteur de l’infraction ».

Me Mangoua pense qu’il est inutile d’ergoter. « Tout ce qu’on développera c’est à la Cour d’appel du centre. Nous allons relever appel dans les formes et délais prescrits par la loi. Nous ne pouvons pas aller payer volontairement 21 millions de francs. Nous ne pouvons non plus accepter d’être en prison pour 18 mois. Nous persistons à croire que nous pouvons mériter moins que ça », conclut-il. Et Me Ndongmo Tapet de titiller le parquet. « Le commissaire du gouvernement doit faire appel pour donner un sens à son réquisitoire. On est passé très loin de ses réquisitions », observe-t-elle.

Édouard TAMBA

Querelle entre le père de Bamkoui et des avocats

Une fois la cinquième audience de l’affaire opposant le ministère public à Bamkoui Joël Emile pour le meurtre de Mapouro, les avocats de l’accusation expriment leur ire à l’extérieur. « C’est quelle justice ça ? » entend-on ça et là. « Nous venons de suivre un cours, une invention juridique du partage des responsabilités pénales. C’est typiquement une invention du tribunal militaire », accuse Me Tcheugueu Louis Bernard. Ils n’usent point d’euphémismes pour traiter le chef d’escadron Bamkoui de « meurtrier ». Suffisant pour que le père du condamné sorte de ses gongs. « Je n’ai pas mis au monde un brigand. Je suis un pasteur, j’ai bien élevé mon fils », lance-t-il aux avocats en avançant vers eux. Visiblement courroucé par les commentaires. « C’est votre client qui a été bandit », assène-t-il. La réplique ne tarde pas. « Si tu avais bien élevé ton fils, il ne serait pas allé épouser une prostituée. Pasteur pasteur… », rétorque l’une des avocates. C’est alors que le pasteur Bamkoui est extrait de la rixe verbale par des proches qui l’entraînent à l’extérieure.

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