La défense de Bamkoui clame son irresponsabilité pénale

AFFAIRE BAMKOUI

La défense de Bamkoui clame son irresponsabilité

Les avocats de meurtrier de Mapouro Njifon ont plaidé pour l’excuse et les circonstances atténuantes en faveur de leur client. Ils accusent par ailleurs Mme Bamkoui et le défunt d’avoir ourdi l’assassinat du chef d’escadron


Le chef d’escadron Bamkoui Joël Emile  n’est pas pénalement responsable du meurtre de l’inspecteur Mapouro Njifon Hervé Michel. C’est ce qu’affirme le collège d’avocats de l’officier à l’occasion des plaidoiries de la défense, hier, 21 avril 2009 au Tribunal militaire de Yaoundé. En plaidant coupable d’entrée, il a reconnu « les faits et pas la responsabilité qui peut découler de ces faits », relève Me Ayissi Nga. Les faits en question indiquent que Mapouro est arrivé au domicile des Bamkoui le 13 novembre 2008 aux environs de 20h30. « Profitant du fait que les enfants dormais déjà, il va s’installer dans la chambre des amis avec la complicité de la Mme Bamkoui », raconte l’avocat. Le maître des céans arrive à son tour vers 22h30, mais obligé de repartir à 23h pour une affaire de braqueurs, suite à un coup de fil de son adjoint, le lieutenant Mamoun. De retour à minuit, « c’est plutôt la belle-nièce qui viendra ouvrir le portail », poursuit-il. Bamkoui ne trouve pas son épouse dans la chambre conjugale.

« Le spectacle qu’il découvre va le tétaniser. Son épouse est endormie aux mains d’inconnu nu », note Me Ayissi. « Je suis un commerçant, je viens de Yaoundé », aurait alors lancé le policier à Bamkoui Emile Joël. La scène aurait pris une autre tournure dès le réveil de Danielle Bamkoui. Après avoir reçu une gifle de son époux, elle aurait bondi pour éteindre la lampe éclairant la chambre. C’est alors que le chef d’escadron reçoit un coup sur la tête et tire des coups à l’aide de son arme. Mais du récit de Me Ayissi, on apprend que Mapouro réussira à sortir de la chambre. C’est dans sa fuite qu’un autre tir de Bamkoui l’atteint à une jambe. Le capitane Noah, voisin des Bamkoui a le temps de poser de questions au policier. Il dit être un commerçant venu de Yaoundé. Le blessé est conduit à l’hôpital par Mme Bamkoui. Il arrive à l’hôpital Laquintinie à 1h40 et décède à 7h45. « Il n’a pratiquement reçu aucun soin », observe l’avocat. Et le médecin-légiste d’indiquer que « aucun organe vital n’a été touché » par les balles.

Suite à ses faits, les avocats parlent de légitime défense. « Car dans cette affaire, c’est Bamkoui qui a été agressé de nuit dans sa maison », clament-il. La réaction n’est en aucun cas disproportionnée de leurs avis. « A chaque situation imprévisible correspond une réaction imprévisible », ajoute Me Mangoua. « Celui qui crée ou participe aux risques dont il est victime en est le seul auteur », lance-t-il pour reprendre Becarria. Ce qui l’amène à conclure que « Mapouro Njifon est l’auteur de sa propre mort ». Me Nnomo, son homologue, évoque aussi l’excuse atténuante et les circonstances atténuantes au bénéfice de leur client. D’abord parce qu’il y a selon lui, « provocation ». Se référant au Code pénal, il pense que Bamkoui Emile Joël a droit à l’excuse atténuante « s’il n’y a pas disproportion entre la provocation et la réaction ». L’article 85(3) de ce code précise que cette exception peut être accordée à un époux(se) lors d’incidents consécutifs au flagrant délit d’adultère. Dans ce cas, l’article 87(1) du Code pénal prévoit que la menace de peine de mort ou de prison à perpétuité soit réduite une peine d’emprisonnement de 2 à 10 ans.

Quant aux circonstances atténuantes, les avocats se fondent sur le fait que leur client a plaidé coupable en plus d’être un délinquant primaire ayant une bonne tenue à la barre. En cas de cumul de l’excuse et des circonstances atténuantes, le minimum de la peine est celui de l’article 92(1) du Code pénal. Les 746 millions de Fcfa réclamés par la partie civile à titre de dommages intérêts seront balayés d’un revers de la main par Me Ngnié Kamga. Pour sa part, seule le préjudice moral subi par les sept frères et sœurs du défunt peuvent être pris en compte, soit 90 000 Fcfa par personnes. Bamkoui Emile Joël s’exprimera ensuite. « Je n’ai pas eu l’intention de donner la mort à qui que ce soit. Le pilonnage médiatique a voulu faire de moi un monstre », plaide-t-il. Rappelant au passage ces faits d’arme lors du conflit frontalier de Bakassi pour expliquer que l’usage de l’arme à feu est son dernier recours. « Je regrette ce qui s’est passé et je tends la main à mes contradicteur », clame le coupable. Il devra attendre le 5 mai prochain pour fixé sur son sort. L’affaire ayant été mise en délibéré.

Edouard TAMBA


318 appel et 118 sms en un mois

Mme Bamkoui et l’inspecteur Mapouro Njifon Hervé avaient-ils l’intention d’attenter à la vie du chef d’escadron Bamkoui Emile Joël ? Les avocats de ces derniers répondent par l’affirmative. Pour preuves, l’un des sms envoyés par Mapouro Njifon à Mme Bamkoui le 1er novembre 2008. « Je t’embrasse princesse. C’est le mois de toutes les résolutions qui débute. Nous devons nous tenir la main et aller de l’avant. Je t’adore petit cœur. Kiss », reprend Me Ayissi Nga, l’un des membres du collège d’avocat de Bamkoui Emile Joël. Pour ce dernier, l’épouse de l’officier supérieur de gendarmerie et son collègue policier entretenaient des « relations coupables depuis près de 2 ans. Ils ont ourdis un plan à dessin. Se débarrasser du commandant qui commençait à devenir un obstacle pour leur idylle en public ». Mme Bamkoui ne pouvant divorcer, faute d’intérêts matériels, il ne leur restait que « l’élimination physique », poursuit l’avocat. Sinon, « qu’est venu faire Mapouro dans le domicile d’un chef d’escadron dans la nuit ? Qu’y faisait-il après minuit ? », interroge Me Ngnié Kamga. Et d’ajouter que si Mapouro « avait une autre intention, il aurait profité de la sortie de ce dernier vers 23h pour sortir. Le maître des lieux s’en va et l’intrus ne s’enfuit pas. Il attend son retour ». Pour conforter la thèse d’un complot, les conseils du gendarme relève que Mme Bamkoui a appelé « son amant », 836 fois en octobre 2008. Et ce dernier l’appelé 318 fois entre le 1er et le 13 novembre 2008, et il lui a envoyé 118 sms durant la même période.

E.T.

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