Le parquet requiert la prison à vie contre Bamkoui

JUSTICE

Le parquet requiert la prison à vie contre Bamkoui

Le ministère public a proposé es réquisitions hier contre le meurtrier de Hervé Mapouro Njifon. Les avocats de la famille de la victime réclament 746 millions Fcfa de dommages et intérêts

La voix basse, un brin hésitante. Le commissaire du gouvernement lit les réquisitions du ministère public contre le chef d’escadron Bamkoui Joël Emile, coupable de meurtre. Ses propos semblent s’ouvrir sur des éloges à l’endroit de l’accusé, et pan! « Je requiert une application sans faiblesse de l’article 275 du Code pénal », propose le représentant du ministère public au président du Tribunal militaire de Yaoundé. L’article ayant pour titre « meurtre », dispose que soit « puni de l’emprisonnement à vie celui qui cause la mort d’autrui ». Pour le commissaire du gouvernement, c’est une peine qui devrait servir de leçon à l’auteur du crime d’une part, et aux autres hommes en tenue. A propos du premier, « il y a lieu de rappeler que l’accusé, Bamkoui Joël Emile qui comparaît ici, est comme ces galons l’indiquent, un officier supérieur de gendarmerie, un officier de police judiciaire et commandant du groupement de gendarmerie de Douala au moment des faits », rappelle le commissaire du gouvernement. Seulement, l’officier supérieur a pêché.

« Il a dit qu’il avait décidé dans un premier temps de mettre Mapouro aux arrêts…Il aurait pu le faire assez facilement. Mais, contre toute attente, il a abandonné cette démarche pour se transformer en justicier. Comme pour dire que nous ne sommes pas dans un état de droit », poursuit-il. De son avis, « il faut que cela change ! ». Ce « pour faire comprendre à ceux ici présents et à l’extérieurs que nul n’est au dessus de la loi ». Pour rappeler à « ceux qui utilisent la méthode Bamkoui que les armes de service ne sont pas des instruments de domination de leurs concitoyens », et que ces armes sont achetées avec les contributions de ces citoyens. A côté de cette peine de prison à vie proposée, le commandant Bamkoui subira aussi des peines pécuniaires sous forme de dommages et intérêts. A ce titre, la partie civile demande que 746 millions de Fcfa soient allouées à la famille de l’inspecteur Mapouro. Le montant provoque une rumeur sourde dans la salle. Et certains pouffent de rire.

Un avocat agressé ?

Me Tcheugueu Louis Bernard et ses confrères restent imperturbables. 180 millions pour le préjudice subi par l’enfant du défunt et sa mère ; 100 millions pour le préjudice matériel subi par le nouveau né dont 60 millions pour ses études. « Mapouro avait l’intention d’envoyer sa fille faire ses études au Canada », précise l’une des avocates de la partie civile. Les 7 frères et sœurs du défunt ne sont pas en reste. Les avocats demandent que leur soient versé les dommages et intérêts liés à la douleur éprouvée (40 millions Fcfa), frais funéraires (30 millions Fcfa), préjudice esthétique (35 millions)… et un préjudice de carrière de 81 millions Fcfa. Car pour ces derniers, « il manquait 27 ans de carrière au défunt. A 50 ans, Mapouro devait être Délégué général à la sûreté national ». Les avocats de Bamkoui J. E. n’auront pas l’occasion de réagir durant cette audience criminelle.

« Nous sollicitons une remise de cause à la date où le ministère de ka défense sera disposé à remettre ses conclusions écrites », lance Me Ngnie Kamga. Ce afin que leur plaidoirie et lesdites conclusions soient présentées au cours de la même audience. Par conséquent, « l’affaire est renvoyée au 21 avril 2009 », tranche le président du tribunal. D’ici à cette date, les avocats de la partie civile se disent en insécurité. Notamment Me Tcheugueu qui accuse Bamkoui E.J. de l’avoir menacé. « Le matin j’ai été agressé devant ce tribunal par le chef d’escadron et il m’a promis que cela ne va pas s’arrêter là. S’il l’a fait, ça veut dire qu’il a mijoté ce projet », accuse le l’avocat à l’ouverture de l’audience. Il compte par ailleurs saisir l’Ordre des avocats, le Mindef et la présidence de la République. Un rebondissement que disent ignorer les conseils de Bamkoui E.J.

Édouard TAMBA

Anicet Ekane et Haman Mana au tribunal

L’affaire Bamkoui n’intéresse pas que les familles et amis des concernés. Raison pour laquelle la salle d’audience du tribunal militaire de Yaoundé fait le plein d’œuf durant ce procès qualifié de « passionnant ».  L’audience d’hier, 8 avril 2009 a connu la présence de quelques célébrités. Anicet Ekane, président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) et Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour ont suivi la quatrième audience de l’affaire Bamkoui. « C’est une affaire largement médiatisée, il est important que j’assiste à son épilogue. Je suis aussi là pour m’informer », explique Anicet Ekane. Quant à Haman Mana c’est une question de curiosité. « Je viens voir comment marche notre pays », dit-il. Ce dernier observe qu’en près de 10 lignes lues, le commissaire du gouvernement n’y est pas allé de main morte.

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