Pascal JUDELEWICZ:”Il faut que l’Etat nous aide”

Interview – Pascal JUDELEWICZ

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“Il n’y a pas encore l’argent de l’Etat camerounais, et ce n’est pas normal”

Au terme d’un atelier d’écriture organisé à l’intention des 12 lauréats, le concours de court-métrage, “ 7 jours pour 1 film ”, est rentré dans l’avant-dernière phase du planning annoncé. Il s’agit pour les candidats d’apporter chacun la touche finale à son scénario.  L’initiateur du projet, producteur et responsable d’Acajou films évalue les travaux à mi-parcours.

A l’issue du stage d’écriture des lauréats du projet “ 7 jours pour 1 film ”, que pensez-vous de la qualité des scénarios retenus ?
C’est déjà une sélection, parce qu’on en a reçu plus de 150. On en a choisi 12. C’est dire qu’il y avait déjà beaucoup de qualité. Nos critères de choix exigeaient d’abord que ça raconte une bonne histoire. Que le film soit faisable dans le temps alloué au projet. C’est-à-dire le temps de fabriquer le film pendant la période des Ecrans noirs [7 jours, ndlr]. Troisièmement parce qu’on a beaucoup de festival de par le monde et avec des télévisions associées, qu’il ait la possibilité d’être projeté sur toutes les télévisions du monde. On a travaillé ici pendant une semaine, et ça a été formidable. Ils ont été extrêmement attentifs. On leur a dit dès le début : “ on est pas là pour refaire vos scénarios. On est juste là pour vous donner des conseils. On est 4 intervenants avec des sensibilités différentes. Il faut que vous avaliez toute cette matière et que vous en fassiez votre film à vous ”. Certains ont encore à travailler. Ils ont jusqu’au 20 avril pour remettre leurs projets. Et d’autres ont fait des efforts incroyables. Donc, il y a eu des phases de travail très profondes de remise en question de leurs projets et aujourd’hui, je dirais que 9 projets peuvent gagner, et même les 12 si d’ici le 20 avril, les trois autres font le travail qu’il faut.

Ces films pourront-ils se distinguer sur des tribunes internationales ?
Je ne pense qu’à ça. Les 4 intervenants étaient de sensibilités différentes. Scénaristes, metteurs, et je suis producteur. La seule chose que je vois, c’est faire un film que va pouvoir acheter une télé coréenne, une télé argentine, un festival de cinéma à Paris… C’est ça que je vise, que ce film puisse être regardé partout. Mais qu’il ait une vraie identité camerounaise, peut-être par l’histoire. Il doit pouvoir être vu partout parce que le cinéma doit se vendre, doit être exporté. Ce n’est pas fait juste pour son microcosme, c’est un langage absolument universel. C’est pour cela qu’on est passé à une nouvelle phase. Ce qu’ils doivent nous renvoyer avant le 20 avril, c’est non seulement un scénario fini, mais un vrai projet de cinéma avec des acteurs, des techniciens, des repérages… Il faut que tout soit organisé pour que le soir où on va désigner le gagnant, qu’il soit prêt à tourner.

Au terme du concours, il y aura 11 malheureux. Quels mécanismes avez-vous prévus pour qu’ils puissent trouver des producteurs ?
A ce propos, j’invite tous les producteurs camerounais à venir vers nous. Parce que les onze autres finalistes auront des produits formatés pour le niveau international, avec des gens super motivés, avec une bonne écriture, un bon scénario, une équipe, des acteurs…Ils seront prêts à tourner. Il suffit de les prendre en main et de les tourner, ces films. Ce n’est pas compliqué, même s’il faudra un peu de sou. D’autant qu’ils ont accepté de tourner dans des conditions précaires. Et moi, je ne réclame rien de ça, je n’ai pas les droits des films. Il faut qu’ils lisent les scénarios, et qu’ils traitent directement avec celui qui les intéresse. Ils ne nous doivent rien si ce n’est de nous remercier dans le générique.

Le projet est à sa première expérience, mais est-il déjà possible d’envisager plus d’argent pour la production du film gagnant qui ne perçoit que 1500 des 40 000 euros du projet ?
Il faut d’abord pérenniser ce projet, et pérenniser les partenaires. Parce qu’il y en a quelques-uns, mais pas assez pour couvrir les 40 000 euros. Je me suis lancé dans cette opération en la finançant tout seul, en espérant que des partenaires me rejoindrons. Ce qui est vrai, les affaires étrangères, le Consulat ici nous ont aidé pour les billets d’avion. La Sodeg au Canada nous a aidé sur le billet d’avion, la Communauté française de Belgique nous a aidé pour des frais. On va avoir des partenaires ici tels que Ringo, et une banque qui va nous aider. Canal + Horizon va nous aider… On a un certain nombre de partenaires, mais on n’a pas encore couvert le budget. Et pourquoi, parce qu’il n’y a pas encore l’argent de l’Etat camerounais, et ce n’est pas normal. C’est une opération camerounaise, avec des Camerounais, il faut que la culture camerounaise nous aide. J’espère qu’ils vont nous aider pour l’opération de cette année. Et surtout, qu’on va réfléchir ensemble à pérenniser cette opération, afin qu’elle se reproduise chaque année. Et aussi faire une répartition du budget où on pourra allouer plus d’argent pour le film en lui-même ; bien que ce ne soit pas vraiment le nerf de la guerre. Il faut aussi envisager un avenir plus grand. On finance un film, on pourrait en financer trois l’année prochaine. On peut aussi franchiser cette opération, elle peut être faite dans toute l’Afrique. L’idée serait partie du Cameroun et ce serait formidable. Surtout qu’une telle initiative n’existe pas ailleurs. C’est la première fois au monde qu’on fait un truc comme ça, exactement sous cette forme. Il existe d’autres systèmes pour aider le court-métrage. Et ça c’est Camerounais, même si je l’ai fait, ça appartient aux Camerounais.

Entretien avec

Edouard TAMBA
In Le Messager du 02-04-2009

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