Daily Archives: 1 March 2009

La gendarmerie saute sur l’avenue Kennedy

COUP DE FORCE

La légion saute sur l’avenue Kennedy

Un an après avoir sévit chez les vendeurs de médicaments du Marché central de Yaoundé, la gendarmerie rafle chez les vendeurs ambulants de téléphones portables

C’est un vendredi pas comme les autres qu’a connu l’avenue Kennedy le 26 février dernier. Passants, commerçants et divers usagers voient débarquer une escouade de gendarmes aux environs de 14h. Près d’une centaine transportés dans des véhicules 4×4. Les « bérets rouges » se déploient autour de l’immeuble Shell, le long de l’avenue et sur la montée séparant la direction régionale d’Orange Cameroun du supermarché Rayon des économies. Un par un, des individus sont interpellés. « Venez ici ! », s’entend dire un jeune homme, non loin de la file de personne alignées pour le pagne de la Journée internationale de la femme. Il se rapproche du gendarme équipé d’une matraque. « Qu’est ce que vous avez dans vos poches ? Et dans votre sac ? », demande-t-il en se donnant la peine de fouiller. Il en sort plusieurs téléphones portables. « Allez monter dans la voiture », ordonne le gendarme au porteur de multiples téléphones. Ce dernier et sa gibecière rejoignent une dizaine de personnes à l’arrière du pick-up. S’ensuit un ballet de véhicules de la gendarmerie.

Les 4×4 remplis de personnes interpellées s’en vont et reviennent vides. A priori, les individus en jean et/ou portant des sacs ont le profil recherché par les forces de l’ordre. Les vendeurs ambulants de téléphone installés dans le parking du restaurant Sihusa ont apparemment échappé à l’assaut. « Ils sont partis plus de 30 minutes avant l’arrivée des gendarmes. C’est un gendarmes qui est venu les prévenir », indique une tenancière de call-box. La scène est similaire au rez-de-chaussée de l’immeuble Shell et au deux entrées. « Ho monsieur ! Vous avez combien de téléphones sur vous ? », demande un gendarme. « Deux, chef », répond l’autre. « Asseyez-vous là », poursuit le gendarme. Une dame sortant du bâtiment est hélée : « Madame apportez votre sac-là. Il y a quoi dedans ? » Cette dernière s’explique ; disant que son sac a déjà été fouillé à l’autre entrée. Les gendarmes ne veulent rien entendre. « Allez vous asseoir par terre. Asseyez-vous là », grondent-ils face à l’attitude leur victime.

Contrôle de routine ?

Une cinquantaine de personnes sont déjà assises à l’endroit indiqué. « Je ne vends pas les téléphones, je suis cadre dans une entreprise. Voici ma carte professionnelle », clame une victime. D’autres sont en lignes avec leurs connaissances. « Oui ! Allo ! Oui, je te dis que la gendarmerie vient de m’arrêter, viens vite. Je ne sais pas, nous sommes encore devant Score », peut-on entendre. Un avocat installé dans l’immeuble observe les différentes scènes depuis environ heure. « Ce n’est pas normal ce qu’ils font. Ils entre dans les boutiques, ils fouillent partout et ils n’ont aucun mandat », remarque l’homme de loi. Seuls les vendeurs de téléphones portables constituent la cible de l’opération. « Il semble qu’on a agressé un capo ici hier soir et on a pris arraché son portable », croit savoir un vendeur d’accessoires pour consoles de jeux. Une justification rejetée par le responsable de l’opération.

« C’est un contrôle de routine, il n’y a rien de spécial », signale le commandant Jacob Emmanuel Nsoa du groupement territorial de gendarmerie du Mfoundi. « Vous savez, quand l’activité monte ici, nous montons d’un cran. (…) La période des fêtes est passée sans problème. Mais depuis quelques temps, l’activité ici semble gagner en ampleur. La majorité des téléphones vendus ici ont une origine douteuse », poursuit-il en relevant que les personnes interpellées ne sont pas forcément les voleurs. « Chaque personne interpellée garde son matériel sur lui. Nous allons procéder à un contrôle d’identification pour les personnes et de justification pour les appareils », explique l’officier de gendarmerie, par ailleurs magistrat militaire. Les appareils dont les origines seront justifiées seront rendus, et les autres « remis aux domaines ». Pour faire d’une pierre deux coups, la gendarmerie en profitera pour mettre à jour son « fichier criminel ». Sauf que, une après le départ des gendarmes, l’activité avait repris de plus belle. Un travail de Sisyphe en perspective.

Édouard TAMBA