Le réquisitoire de la Cour suprême contre la presse au Cameroun

JUSTICE

Réquisitoire en leçons de journalisme

Le procureur général près la Cour suprême du Cameroun a prononcé ses réquisitions à l’occasion de la rentrée judiciaire 2009. La presse dans son collimateur

L’année judiciaire 2008 aurait put être parfaite au Cameroun. N’eussent été la presse et ses articles pleins de « les supputations, allégations, accusations… ». L’accusation se trouve dans le réquisitoire prononcé par le procureur général près la Cour suprême du Cameroun, hier, 26 février 2009 à Yaoundé. « Parmi les principes qui gouvernent la procédure pénale, il y a la présomption d’innocence, renforcée par le Code de procédure pénale en son article 8 », relève le magistrat Rissouck à Moulong. Il s’exprime ainsi à l’occasion de la traditionnelle cérémonie servant de clôture de l’année judiciaire écoulée et d’ouverture de celle comptant pour 2009. Devant un parterre de personnalités à l’instar du président de l’Assemblée nationale, du Premier ministre et son gouvernement, des membres du corps diplomatique et de diverses associations et des corporations de juristes. L’alinéa 1 de l’article suscité dispose que « toute personne suspectée d’avoir commis une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès ou toutes les garanties nécessaires à sa défense lui seront assurées ».
Une disposition que la presse aurait pris l’habitude d’ignorer au Cameroun. Allant jusqu’à se faire échos et analyser « selon leurs propres points de vue. S’octroyant des droits que les lois ne leur reconnaissent pas », s’insurge le procureur général. Cette presse, selon lui, ne sait pas que « la médiatisation de la justice » se fait à des fins de transparence et de pédagogie. La dignité de la justice en prend un coup et devient banale. Les envolées du magistrat contre la presse en empruntent au Journal d’un poète d’Alfred de Vigny : « La presse est une bouche forcée d’être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu’elle dit mille fois plus qu’elle n’a à dire, et qu’elle divague souvent ». Plus que divaguer, cette presse « extravague », pour reprendre le verbe employé par Rissouck à Moulong. Il constate par conséquent que le secret de l’enquête de police judiciaire et celui de l’information judiciaire ne sont pas respectés, contrairement aux dispositions des articles 102 et 154 du Code de procédure pénale.
Cette « recherche d’un certain sensationnalisme conduit certains médias à une théâtralisation de la justice », poursuit-il. D’où des « perles » telles que les listes de milliardaires et d’homosexuels. Pour le procureur général, « les journalistes ne nous livrent plus seulement les faits, mais y ajoutent leurs commentaires ». Ce qui de son avis, va à l’encontre du Code de déontologie du journaliste rendu exécutoire par le Premier ministre en septembre 1992. L’article 9(1) de ce Code énonce que « le journaliste doit éviter toute publication ou diffusion diffamatoire, calomnieuses, injurieuses, offensantes ou insinuantes ». Poursuivant son réquisitoire, Rissouck à Moulong pense que « la liberté d’informer ne saurait servir de prétexte pour porter atteinte » à un individu, « influencer sur le cours de la justice », clame-t-il. Il appelle par ailleurs les magistrats à « ignorer toutes les formes de pression ». Ainsi s’est déroulée l’année judiciaire 2008, selon le procureur général près la Cour suprême du Cameroun, qui demande par ailleurs qu’elle soit close et la suivante ouverte. Quid donc des autres dysfonctionnements et lenteurs généralement reprochés à cette même justice ?

Par Edouard TAMBA

In Le Messager du 27-02-2009

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