Prostituées or not prostituées

ERREMENTS

Prostituées or not prostituées?

“Malchance! Balock! C’est comme ça que quelqu’un reste, ça part vient”. Faites pas attention aux guillemets, la phrase est de moi. Voilà donc 46 filles et femmes qui ont été présentées au public comme étant des prostituées. Et leurs noms publiés dans le quotidien Le Jour. Elles ont été interpellées par la police à Douala, sur instruction du préfet du Wouri Okalia Bilaï Bernard. Ce dernier dit mener une campagne de restauration de la moralité publique. Alertées, les familles de ces dernières ont rappliqué au commissariat central n°1. “Nous étions à quelques mètres de mon domicile, en train d’attendre un taxi lorsque des policiers l’ont interpellé. Nous leur avons présenté ses pièces officielles et sa carte d’enseignante. Mais ils n’ont rien voulu entendre“, “Mon épouse est partie de la maison pour aller acheter du pain, c’est à son retour qu’elle a été interpellée” racontent des témoignages relayés par Le Jour.

Le lendemain, le quotidien Mutations titre “Bernard Okalia Bilaï se trompe de ‘prostituées‘”. Eh oui! Selon l’article, il est allé jusqu’à organiser une cérémonie pour les libérer. Le communiqué invitant les familles parle d’une “cérémonie de restitution des femmes libres arrêtées dans la nuit de vendredi 20 février 2009“. De prostituées à filles libres? Il faut bien qu’il dise si c’est “prostituées or not prostituées?” Le chef de terre s’explique à l’occasion. Reprochant “l’attitude inadmissible des prostituées qui font le commerce du sexe devant les domiciles du Gouverneur de la région, du commandant de légion, préfets et sous-préfet. Les quartiers résidentiels doivent être respectés“. Ah bon! Donc comme ça, elle peuvent faire leurs galipettes ailleurs, devant les domiciles des autres citoyens. Quand on vous dit que les gens se dépassent 😀

Comme si cela ne suffisait, le préfet du Wouri porte l’estocade. “Le Pape Bénoit XVI arrive au pays nous devons éviter de montrer avec fierté toute cette débauche au monde“. Donc, nous pouvons boire, saouler et nous envoyer en l’air, entre les jambes des prostituées. Mais il faut se cacher, de peur que l’arrivée du souverain pontife ne mettent les projecteurs dans nos poubelles. Après le passage du pape, reprenez vos galipettes. Çà me rappelle qu’un autre ministron de cette rue publique est allé demander une trêve aux patrons de presse. Comme si il y avait une guerre. Le faucon de la liberté de communication souhaite que la presse se retiennent de publier les noirs dossiers de l’église catholique au Cameroun. Voyez vous ça.

Trêve de digression. Revenons à nos prostituées qui en réalité n’en sont pas. Extrait de Mutations de ce matin:

Annoncées 46, c’est finalement 35 femmes qui seront présentes à la cérémonie. Une dizaine ayant été libérée entre-temps parmi lesquelles une stagiaire avocate, une pharmacienne, une responsable marketing dans une boite agroalimentaire. Par contre, Bella Tiga, directrice artistique de l’école de Parfait Behen a perdu le verbe. Elle a présentée toutes ses pièces d’identité comme Paule Ndi Ottou, étudiante à Ndi Samba qui venait de Yaoundé sur invitation de son fiancée pour préparer les détails de leur mariage. Elles n’ont pas été libérées. L’informaticienne Hortense Abbeh, cheveux en bataille et traits tirés, regrette “que malgré nos pièces, nous avons partagé la cellule avec les excréments”. Tatiana Ngo Lissouck, avec les cernes qui lui bouffent les yeux, les aisselles blanches et les taches de lait dégoulinant sur son tee-shirt noir, cache mal sa douleur de mère qui n’a pas allaité depuis 5 jours, ” mon fils à 4 mois. Son lait était fini et je suis venue chercher une nouvelle boîte à la pharmacie de garde en face de Total Akwa. J’ai été poussé dans la Hiace comme une vulgaire voleuse et traitée de bordel”.

N’empêche. Notre brave préfet insiste. Déclarant que ce  “sont des prostituées. Il ne faut pas les voir comme ça aussi aujourd’hui. Un fichier est ouvert et si nous les reprenons encore, la procédure pénale sera engagée“.  Désormais, une femme avertie… Prenez donc vos dispositions pour ne plus aller acheter du pain ou du lait pendant que le “gentil car” alias “sans payer” fait la pêche aux belle de nuit. Comment vous le saurez? Beh  demandez à monsieur le préfet. Pendant que vous y êtes, demandez lui sur quelle disposition de quelle loi il s’est basé pour reporter la session du conseil municipal de la mairie de Douala V du 4 novembre 2008, au cours de laquelle devrait être élu un maire.

Édouard TAMBA

7 thoughts on “Prostituées or not prostituées

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  2. Nad

    Franchement !!! C’est aussi mon pays ça !

    Eh oui Nad. Impossible n’est pas camerounais; en bien comme en mal.
    Content de ton passage ici, ça fait un bail!
    @ +
    TAMBA

  3. Etum

    Pour info le préfet en question essaye quand meme de rendre Douala un peu plus salubre sinon c’est du grand n’importe quoi franchement. Mais la c’est vrai qu’ils sont un peu allés loin

  4. bitou

    Ce préfet est fou. Je lui aurais porté plainte. Même à 70 ans cela arrivera à sa femme. Traiter les mères, filles épouse des camerounais de la sorte, c’est impardonnable. Beaucoup des prostituées vivent à douala sans rien faire et n’ont pas ou aller. Papa étais venu du village chercher le boulot, maintenant avec cômage, même rentrer au village, il n’a plus de terre. D’autres fuies la sorcellerie au village pour se réfugier en ville. nos villages sont vides de bras forts. Que ce préfet trouve une solution pour faire rentrer ces jeunes au village et lutte contre la sorcellerie qui empêche même les volontaires de rentrer à cause de 2jours au village, 1 semaine en ville et ton corps rentre comme disent les autres dans cercueil. Trouvons des solutions durables pour une prospérité durable et non les politiques publicitaires de gros slogans médiatiques pour espérer être gouverneur.

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