Le procès de Booto à Ngon confié au Juge suprême

OBSÈQUES

Le procès de Booto à Ngon confié au Juge suprême

L’ex Pca du Crédit foncier du Cameroun décédé le 12 février dernier des suites de maladie à Yaoundé a été inhumé le 20 février 2009 à Bafia. A 75 ans, il purgeait une peine de 40 ans d’emprisonnement. Une mémoire à réhabilité selon sa famille

André Booto à Ngon repose sous terre. L’ex président du Conseil d’administration (Pca) du Crédit foncier du Cameroun (Cfc) a été inhumé vendredi dernier, 20 février 2009 dans sa demeure du quartier résidentiel à Bafia. Si la foule est venue nombreuses pour l’occasion, seuls les plus proches ont vu le caisson contenant la dépouille, descendre en terre aux environs de 14h10. Des photos du défunt sont adossées à la toile bleue qui dissimule le tableau de l’inhumation aux regards curieux. L’une de ces photos laisse voir de droite à gauche, Gilbering Bol Alima, Justin Ndioro à Yombo et… André Booto à Ngon ; le sens dans lequel sont respectivement décédés ces anciens membres du gouvernement, originaire du Mbam et Inoubou. Si les deux premiers ont eu droit aux Honneurs de la République pendant leurs obsèques, ce n’est pas le cas pour le dernier.

L’ombre de l’affaire de détournement de deniers publics au Cfc a continué de planer, se projetant sur les obsèques d’André Booto à Ngon. Une sorte « d’audience solennelle » pour reprendre l’expression du principal avocat du défunt, maître Claude Assamba. L’hommage de cet avocat à son regretté client est écouté par plus de trois cents personnes composant l’assistance. Quelques sanglots fusant de la cours arrière de la maison se mélangent  aux propos de l’homme de loi. Il se souvient de la rencontre avec André Booto à Ngon, la rectitude morale et l’élégance de ce dernier. Il se souvient d’un homme qui avait foi en la justice de son pays. Un homme qui aura clamé son innocence jusqu’à son dernier souffle. Cette homme a été condamné à une peine de d’emprisonnement ferme de 40 ans, le 12 juillet 2008 par le tribunal de grande instance du Mfoundi- Centre administratif.

L’homme en question s’est lui-même présenté chez le procureur de la République deux jours plus tard, pour se être mis aux arrêts et incarcéré. Ce 20 février aux environs de 13h, il est allongé dans un cercueil, à quelques minutes de son inhumation. Son avocat qui l’appelle « papa », continue de crier l’innocence de son client et confie la suite de ce procès au Juge suprême. L’humiliation, la peine d’emprisonnement ferme et la déchéance de droits civiques dont était frappé le défunt n’ont pas découragé ceux qui tenaient à lui rendre un dernier hommage. Parents, amis, connaissances, anciens collaborateurs, voisins… sont venus accompagner André Booto à Ngon pour son dernier voyage. Une présence massive contraire à ses volontés. Dr Belleck,  chef de famille et cadet du défunt, le rappelle à l’assistance. « Nous avons appris par toi qu’il faut être honnête, intègre… Tu nous as inculqué le culte de l’effort, de la probité », témoigne-t-il.

Monsieur propre

Le chef de famille se souvient encore qu’à peine arrivé à Douala comme inspecteur interdépartemental des contributions, Botoo à Ngon a monté un élevage au quartier Pk 14. Il en a fait de même durant les mêmes fonctions  dans le Nord. Puis il a ouvert une porcherie à Ngoro. Durant ses jours de retraite, il s’occupait de sa palmeraie de 60Ha. Des activités qu’il a menée avec les fonctions de Directeur des impôts, Pca de la Société nationale de raffinage (Sonara), ministre des Finances, ministre de la Fonction publique. Un parcours qui des souvenirs du chef de famille a amené la presse à surnommé le défunt : « Monsieur propre ». Mais il tient aussi à présenter les excuses de la famille pour la célérité et la discrétion avec laquelle ont été organisées les obsèques.

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), parti dont l’ex Pca du crédit foncier a été député, s’est inscrit sur la liste des absences remarquables. Et pour cause, les multiples tentatives d’approches du Comité central du Rdpc sont restées vaines. Les ressentiments du défunt et de sa famille vis-à-vis du Rdpc en a fait une personae non grata aux obsèques. Rendant transparente des présences telles que celle de Camille Mouthé à Bidias, par ailleurs directeur général du Fond national de l’emploi et chef traditionnel. Selon une indiscrétion, ce dernier « fait partie de ceux que la famille ne voulait pas voir ici. C’est par politesse qu’on l’a laissé entrer ». Pour cette famille, le procès de Botoo à Ngon n’est pas fini. « Que dieu nous donne la force, afin que ta mémoire soit réhabilitée », conclut le chef de famille.

Édouard TAMBA

Envoyé spécial à Bafia

2 thoughts on “Le procès de Booto à Ngon confié au Juge suprême

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  2. Eddy

    Hum,
    l’affaire-ci franchement, je ne sais pas quoi penser. Tel que je connais mon pays là, je sais que les pièges sont innombrables plus on monte dans la hiérarchie.
    Autant je comprends la famille – moi même à leur place j’aurais réagi de la même facon! – autant je comprends que les affaires de l’Etat doivent suivre leur cours..
    C’est vrai qu’on ne dit pas du mal des défunts, mais le père là lui aussi, il ne pouvait pas refuser la nomination de popaul. S’il avait continué paisiblement sa retraite, tout cela ne serait pas arrivé.

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