Coming from Obala

N.B. Texte publié le 20 février 2007 dans le quotidien Le Messager

CARTE POSTALE

L'ancien palais, habité par la décrépitude

L'ancien palais, habité par la décrépitude

Obala où j’étais…

La ville d’Obala n’est plus que l’ombre d’elle même


Il ne fait pas bon de jouer les touristes à Obala. La ville ( ?) n’est faite que de vestiges, en décrépitude, d’une gloire perdue. Le tout recouvert d’une épaisse couche de poussière. Il est 14 heures, ce vendredi 16 février lorsque je débarque dans le chef-lieu du département de la Lekie. Le goudron par lequel on accède à Obala s’arrête au centre ville. Des motos-taxis, seul moyen de transport urbain disponible, sont partout et vont dans tous les sens. Il vaut mieux les esquiver en marchant. A ma gauche, je découvre les bureaux de la Cameroon postal services (Campost). Le bâtiment porte encore fièrement le sigle P.T.T. Son design rappelle l’époque coloniale. Les fonctionnaires en service sont déjà en week-end. Fermée, la porte d’entrée soutient une dizaine de régimes de plantain. De l’autre côté de ce boulevard, une plaque signalétique affiche « Mobil », le nom d’une station service. Pas l’ombre d’une seule pompe.

En face du bureau des postes, il y a un large boulevard. Le marché des fruits est en construction de l’autre côté de ce boulevard. Les travaux entamés en octobre 2006 étaient prévus pour une durée de quatre mois. Un énorme camion transportant des planches de bois passe à l’instant. Il soulève un nuage de poussière, qui me pousse à couvrir mes narines. Peine perdue, car des véhicules du même genre traverse la ville toutes les dix minutes. Avant de foncer pour la découverte du coin en solo, je décide de faire un tour à la sous-préfecture. Histoire de prendre des informations pratiques et historiques d’Obala. Je m’y fais conduire en moto. Mais, trop tard. Les bureaux sont fermés, tout comme ceux de la Mairie. Il me vient donc à l’idée de voir du côté de la chefferie.

Une chefferie rétrogradée

« Ce n’est pas loin », me dit un moto-taximan. « Tu vois la plaque Texaco là, prend la route qui monte avant », m’indique t-il du doigt. J’avance et me rend compte que je suis même passé par là en allant à la Mairie. Je découvre une grande maison. Style époque coloniale allemande. Mais le bâtiment n’a plus fière allure. La maison est tellement lugubre qu’on dirait un manoir hanté. Ses briques de terre tombent une par une. Un trio de jeunes, placés en face de l’édifice, m’informe de ce que « le king », comme ils l’appellent ici, vit à côté.

« Le chef est là, asseyez-vous, il arrive », me renseigne un type mince, grand de taille, et à la peau martyrisée par l’hydroquinone. J’ai comme l’impression de l’avoir déjà vu, mais je ne sais plus où et quand. Pendant que je fouille dans ma mémoire arrive le chef. Sa Majesté porte une chemise très tendance, enfilée dans un ‘’jean destroy’’ et des mocassins à la mode aussi. Toutes les fringues d’un fêtard. « C’est mon arrière grand-père qui a construit ce château, où sont nés mon grand-père, mon père et moi-même », raconte Ateba Nomo Martin Henri, chef de groupement de 2ème degré d’Obala. Le château en question, c’est la croulante battisse d’en face. « On est parti de là en 78, parce que le bâtiment devenait dangereux », poursuit-il.

En fonction depuis avril 2004, il dit avoir l’intention de réhabiliter « le château ». Mais, « une chefferie de cette envergure, je ne peux pas la reconstruire de mes propres moyens », avoue le Chef. Par ailleurs, il observe que la ville a tendance à régresser. « Obala a perdu beaucoup de chose », lance t-il sans plus de précision. Pour son cas, la chefferie n’a pas été épargnée par cette régression. Elle est passée d’un statut de chefferie traditionnelle de 1er degré, au degré inférieur. Le chef dit n’avoir pas encore été intronisé et craint de ne pas être précis dans ce qu’il pourrait dire d’Obala. Pour les détails historiques de la ville, il vaut mieux voir ailleurs. Car, son représentant, un vieillard de 76 ans n’est pas disponible.

Je décide d’approcher toute personne âgée que je rencontrerais sur mon chemin. L’un d’eux pourrait bien me dire ce qu’a précisément perdu la ville. Le premier est assis à un bar au quartier Bami. Il ne boit pas. « Ce sont les politiciens qui s’intéressent à l’histoire, il faut aller les voir », lâche le vieux. Plus loin à Nkol Bikok, un fonctionnaire à la retraite parle. « Je suis gêné, parce que l’état a perdu son pouvoir. Ce n’était pas comme ça à notre temps », introduit-il. Je languis à l’idée qu’il va se mettre à table. Mais, il détourne subrepticement le sujet. « Mon fils qui a un niveau académique acceptable a été admissible aux concours de l’Enam et de l’Iric, mais on lui demande de donner un million pour passer. La corruption a tué le mérite », raconte le retraité, visiblement courroucé. Il poursuit : « Je ne comprends pas la génération qui dirige le Cameroun. Pourtant il y a eu des combattants dans ce pays, j’ai vu les Blancs poursuivre Um Nyobe comme un gibier.» Ses propos ne manquent pas d’intérêt, mais je suis obligé de m’éclipser. Pour l’instant, je souhaite juste qu’on me parle d’Obala.

Le célèbre parc est vide

Après avoir essuyé plusieurs refus, je me souviens que le mythique « Luna park » est de cette ville. Une moto m’y conduit. En passant devant la brigade de gendarmerie, les battants du portail sont tenus par une paire de menottes. Plus tard, je vois le marché de bœuf, qui alimente Yaoundé en viande bovine. Et juste à côté la rivière Afamba est prise d’assaut par les populations. Sans pudeur, des filles et garçons s’y baignent nus. D’autres lavent des habits, ou des motos. Près d’un kilomètre plus loin le moto-taximan m’informe qu’on est arrivé. Un militaire, arme au poing, treillis et casque lourd, nous fait signe de reculer. C’est en demandant au conducteur ce que fait l’armée à Luna Park qu’une plaque m’indique qu’il s’agit plutôt d’un camp de la garde présidentielle.

« Vous avez dit que vous allez au camp », affirme le moto-taximan. « Non j’ai dis le parc », rectifie-je. Demi-tour et j’y suis enfin. Au bar du parc, je tombe des nues. Les bouteilles de liqueurs sont vides. Une bouteille de Guinness pleine de bière y est exposée aussi. Normal peut-être. Seulement, la bouteille a une forme révolue. « Ça fait deux mois qu’on a ouvert, le parc était fermé », indique le barman. Un tour rapide permet de voir que l’endroit est en chantier. Les piscines sont en réfection. Il n’y a plus d’animaux. Pas l’ombre d’un client ce vendredi soir.

Revenu au centre ville, j’approche un homme beaucoup moins âgé que mes cibles précédentes. Cet ancien élève du Lycée d’Obala est d’avis qu’en terme de développement, sa ville fait la marche arrière. Il relève que les activités de moto-taxi et de call-box ont fait reculer les agressions de personnes et la prostitution. Tout n’est pas sombre, selon lui. « Le maire [Nkoa Félix, ndlr], a quand même installé l’éclairage public et le nettoyage de la ville », observe t-il. Il est déjà 20 heures. Notre conversation est troublée par des grincements de guitare.

Les sonorités viennent du cabaret Mberina (4 guitares). Un espace ouvert le 8 mars 2005. En mélomane non initié, je m’empresse de prendre place aux premières loges. Selon le barman, les musiciens jouent de mercredi à dimanche et ce parfois jusqu’à 4 heures du matin. Leur répertoire va du Bikutsi au Makossa, en passant par le Bend Skin et la Rumba. C’est par ce rythme que commence le spectacle. Un petit frère du chef m’y retrouve et me fait savoir que le monsieur maquillé que j’ai vu à la chefferie est l’ancien Lion indomptable Dang Dagobert. Je m’en doutais bien, mais trop tard. C’est sur un air de J.B. Mpiana que je prends congé d’Obala. L’impression de décrépitude que je vais garder d’Obala est peut-être due au fait que j’y allais pour la première fois.

Par Edouard TAMBA

In Le Messager du 20-02-07

8 thoughts on “Coming from Obala

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  2. Eddy

    J’ai fait un tour à Obala avec mon papa. Mais ca fait tellement longtemps, et pour être franc j’avais pas vu grand chose de la ville, vu qu’on allait seulement récupérer qqn. J’y suis resté à peine 10min.
    Par contre j’ai bien aimé ton papier sur ta villegiature obalesque.

    ps. Edouard, voyons voir si on te demandera l’adresse email du maire, lool.

  3. TAMBA

    Eddy,
    Tu vois alors le travail que ton travail a travaillé. Ils ont commencé 😀

    “Villégiature obalesque”, hum, je me suis toujours dis que c’est seulement l’inspiration qui va te tuer un jour Bro’

  4. Eddy

    @Etum,
    lool, toi là t’es un cas.

    @Edouard,
    gars ndjio, il faut me lepp.c’est le coeur qui me fait. En tout cas ce sont les petites qui m’inspirent. 😉

    Dis-moi, est-ce que les maires et les délégués municipaux recoivent une sorte de formation de base, dans le cadre de la régionalisation? Parce que il y’a un minimum de savoir-faire qu’il faut réunir pour pouvoir gérer efficacement une ville.

  5. Djé

    “Joli” témoignage…
    Mais ton pèlerinage là est un peu désespérant ou bien?
    ça me conforte dans l’idée qu’en matière d’urbanisation nos provinces en Afrique sont trop souvent laissées pour compte.
    Mais peut être que les récentes politiques de décentralisation inverseront la vapeur…Wait & see.

  6. Eddy

    @djé,
    ah oui il faut la décentralisation en Afrique, here and now (!). Non seulement cela va responsabiliser plus rapidement, mais aussi cela créera un sain émoulument.
    Mais responsabilisation sans éducation c’est du gachis. C’est comme donner les clés d’une voiture à qqn qui n’a jamais appris à conduire. Il va nous emmener direct dans le ravin.
    Eh bien c’est la mm chose. Le projet de décentralisation doit donner une bonne place à l’instruction (comment établir un budget, gérer des fonds, tenir sa comptabilité à jour, etc etc)

  7. TAMBA

    Eddy,
    Ce type de formation existe effectivement. Il y’en a qui sont initiées par le gouvernement, et d’autres par la société civile. Mais, je crois que le problème fondamental de la décentralisation, c’est que l’État veut garder la bourse

    Djé,
    “Désespérant”, peut-être. J’ai juste voulu dire ce que j’ai vu là-bas. Pour lé décentralisation, toi même tu sais 🙂

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