Comment le pouvoir à tué Booto à Ngon

NECROLOGIE

Comment le pouvoir à tué Booto à Ngon

L’ex-président du Conseil d’administration du Crédit foncier du Cameroun (Cfc), condamné à 40 ans de prison ferme, décédé dans la nuit du 12 février dernier à Yaoundé, à l’âge de 75 ans a demandé à sa famille de ne rien accepter de l’Etat pour ses obsèques.

Humilié, déchu de ses droits civiques, emprisonné… Le sort semblait en vouloir particulièrement au “ vieux ” Booto à Ngon ces dernières années. Vaincu, le patriarche de Bafia est finalement mort, loin des honneurs, dans la chambre 317 de l’hôpital Général de Yaoundé, placée sous bonne garde. “ Il a rendu l’âme aux environs de 23 heures ”, précise au Messager une source introduite. C’est depuis novembre 2008 que l’ex-président du Conseil d’administration du Crédit foncier du Cameroun (Cfc) y était interné, en unité de cancérologie. André Booto à Ngon souffrait en effet d’un cancer au niveau de la gorge et un autre au postérieur. En plus des œdèmes aux pieds.
Il avait beaucoup maigri. Il a perdu près de deux tiers de son poids ”, poursuit notre source. André Booto à Ngon est donc mort à petit feu, après être “ tombé dans le coma il y a semaine et demie ”. Les séances de chimiothérapie et autres soins qui lui étaient prodigués n’ont pas pu le maintenir en vie. L’espoir placé dans une éventuelle évacuation vers l’Europe s’est brisé sur le cynisme du régime. “ La présidence avait donné son accord pour qu’il soit évacué ”, apprend-on, mais cet accord aurait été soumis à l’avis préalable des médecins de l’hôpital Général de Yaoundé qui ne semblent pas y avoir donné une suite favorable…

Déchéance

Le décès d’André Booto à Ngon survient alors qu’il purgeait une peine de 40 ans de prison ferme à la prison centrale de Yaoundé depuis le 18 juillet 2008. Le tribunal de grande instance (Tgi) du Mfoundi l’avait déclaré coupable de détournement de deniers publics pour un montant de 3,5 milliards de Fcfa perpétré en coaction avec Joseph Edou, ex-directeur général du Cfc, lui aussi incarcéré. Condamné le 12 juillet, il s’était spontanément présenté chez le procureur de la République le 14 juillet qui l’avait renvoyé chez lui. Mais, au moment où il s’y attend le moins, André Booto à Ngon est finalement interpellé le 18 juillet 2008 chez lui à Bafia, devant les siens comme pour bien l’humilier.
Après l’établissement du certificat du genre de mort et son acte de décès, le ministre de la Justice va être saisi pour information. Ensuite, la famille va se charger du reste ”, explique-t-on du côté de la prison centrale de Yaoundé. La famille du défunt pourrait avoir d’autres soucis. Car, “ la procédure de recouvrement des sommes détournées se poursuit, jusqu’au recouvrement complet ”, explique un avocat. Au domicile du défunt à Bafia, on s’active déjà à la demeure où se dérouleront les obsèques d’André Booto à Ngon.

Proie de l’Epervier

Des indiscrétions familiales affirment à ce propos que le défunt n’a pas digéré le traitement que lui a réservé le régime qu’il a longtemps servi avec. Entre 1972 et 1994, il a été directeur des Impôts, président du conseil d’administration (Pca) de la Société nationale de raffinage du Cameroun, ministre des Finances, ministre de la Fonction publique. C’est de sa paisible retraite à Bafia qu’il sera ramené aux affaires par un décret de Paul Biya en 1999 le nommant Pca du Cfc. Fonction durant laquelle les actes commis l’ont transformé en proie pour l’Opération Epervier.
Sa descente aux enfers commence alors qu’il est député du Mbam et Inoubou. Ses pairs décident de la levée de son immunité parlementaire. Il comparaîtra libre entre décembre 2006 et juillet 2008. Son âge avancé et son état de santé défaillant n’empêcheront pas le parquet d’exiger qu’il comparaisse debout. Exaspéré, il finira par lancer au procureur de la République : “ Je vous souhaite d’avoir mon âge… ” André Booto à Ngon aurait souhaité dans ses dernières volontés, que sa famille n’accepte rien venant de l’Etat pour ses obsèques.

Par Edouard TAMBA

In Le Messager 16-02-2009

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