Marthe Moumié inhumée dans son village natal

OBSÈQUES

mme-moumie-portee-en-terre_2

La « fidèle combattante » inhumée dans son village natal

Tuée dans la nuit du 4 au 5 janvier 2009, Mme veuve Moumié a été inhumée le 31 janvier dernier à Ebom Essawo à une soixantaine de kilomètre d’Ebolowa

« Grande dame, brave mère, combattante des premières heures pour la liberté, Marthe est restée fidèle… », témoigne Théodore Moluh Mekou samedi dernier, 31 janvier 2009, à Ebom Essawo. Il s’exprime ainsi à quelques minutes de l’inhumation de Mme veuve Moumié née Ekemeyong Marthe, en tant que chef de famille de l’époux de la défunte, Félix Roland Moumié. Le portrait du président de l’Union des populations du Cameroun, assassiné en 1960, fait partie de ceux posés aux pieds du cercueil. La fidélité évoquée par T. Moluh Mekou tient du fait que Marthe Moumié est restée attachée à son époux, jusqu’à la mort. Mais encore, sa fidélité s’étend à d’autres domaines. « Toute sa vie, [elle] sera restée fidèle à ses convictions », relève Paul Biya, président de la République, dans son message de condoléances, lu par le préfet de la Mvila. « Merci pour ton courage, ton patriotisme, ton abnégation et ta générosité », lance à la défunte, Avebe Essouma Albert, chef de sa famille d’origine.

Il pense que le patronyme de Marthe aura eu un caractère prémonitoire. Car, Ekemeyong signifie selon Avebe Essouma, « celui ou celle qui quittera le terroir pour vivre là-bas, chez les autres ». Effectivement, Marthe Ekemeyong est parti de son Ebom Essawo natal pour Lolodorf. C’est dans cette bourgade qu’elle fera la connaissance d’un jeune camerounais fraîchement diplômé de médecine. Félix Roland et Marthe s’unissent ; par les liens du mariage, et pour le combat en faveur d’une « vraie » indépendance du Cameroun. Un idéal de liberté auquel elle restera fidèle. Jusqu’au retour « auprès de son père et de sa mère en guise de réconciliation », poursuit Avebe Essouma. « Son corps repose ici », relève Théodore Moluh Mekou. Quand à «  son âme, je là ramène à Foumban », lance », rétorque-t-il. Le débat autour du lieu d’inhumation de la défunte se prolonge donc sur la dialectique corps/âme. Mais de part et d’autre, on s’accorde à raconter qu’il n’y pas eu de disputes à propos du lieu où sera enterrée Mme veuve Moumié.

Représentant du président de la République à ces obsèques, le gouverneur de la région du Sud parle d’une « grosse perte », car « elle avait beaucoup à donner encore, en témoignent ses derniers écrits ». Le frère de son époux regrette « un départ au moment où les enfants de ta famille avait le plus besoin de toi ». Loin des premières loges, Hellen Moumié, n’en finit pas d’écraser des larmes. Sa douleur repartira de plus belle au moment de porter le cercueil en terre. Un cercueil que portent des militants de l’Union des populations du Cameroun (Upc), menés par Henri Hogbe Nlend et Samuel Mackit. Ces derniers n’ont pas pris la parole. « Nous n’allons pas arracher la parole. La famille a demandé de porter le cercueil, aux couleurs de l’Upc. Nous l’avons fait », confie Henri Hogbe Nlend. Sa camarade de parti repose désormais en paix. Mais le feuilleton est loin d’être achevé. L’affaire va se poursuivre chez l’un des juges d’instruction près le Tribunal de grande instance de la Mvila. Puisque, Eboutou Minla’a Frank, principal suspect du meurtre de Mme Moumié, détenu à la prison centrale d’Ebolowa, fait l’objet d’une instruction judiciaire. Les résultats du test d’Adn demandé par la fille encore attendus pourraient conforter, ou remettre en cause la thèse de la police. Affaire à suivre…

Édouard TAMBA

Envoyé spécial à Ebom Essawo

In Le Messager du 02-02-09

One thought on “Marthe Moumié inhumée dans son village natal

  1. Pingback: Marthe Moumié inhumée dans son village natal

Leave a Reply