Richard Touna amorce son dernier voyage

NECROLOGIE

Richard Touna amorce son dernier voyage

L’annonce de son décès avait déjà provoqué stupeur et douleur. La vue de son corps inerte dans un caisson en rajoute. Couché, dans un costume sombre, les yeux fermés… Son passage à la morgue de l’hôpital gynéco-obstétrique n’a déformé outre mesure les traits de son visage. On aurait dit que Richard Touna Ombé dort. Mais le concert de lamentations ouvert à 11h dans ce même hôpital rappelle que le directeur de publication de Repères dort du sommeil éternel. Suite à un infarctus du myocarde qui l’a arraché à la vie le 22 janvier dernier. Entouré de proches, Régine, l’épouse du défunt est inconsolable. Ses sanglots se mélangent aux propos de l’office religieux mené par l’abbé Thaddée. Brice Mbeze, cadet du défunt, reste stoïque. Seule la rougeur des ses yeux laissent imaginer l’immensité de la douleur qu’il ressent. « Richard, Richard…Papa wom o o o », n’arrêtent de crier des mamans.

La salle transformée en chapelle pour l’occasion s’avère étroite. Moins du cinquième de l’assistance y suit la messe. La composition du public témoigne du côté relationnel et sympathique de Richard. La grande famille de la presse est représentée par toutes les sensibilités. Des plus célèbres aux illustres inconnus. Les entreprises ne sont pas en reste. Idem pour les représentations diplomatiques ; une délégation de trois personnes représente l’ambassade des Etats-Unis au Cameroun. Le prêche de l’abbé Thaddée a quelque peu ramené le silence. Le dernier Amen du bref culte sera noyé dans des cris et pleurs. La procession autour du corps est ouverte. Les visages aux mines les plus attristées se défilent ; avec des regards dissimulés derrières des lunettes de soleil pour quelques uns. Certains dévisagent le défunt, font un signe de croix, se prosternent et sortent de la salle. D’autres ne parviennent pas à retenir leurs larmes : Bibiane Djayou pleure son directeur de publication. Annie Laure Atangana regrette un proche et partenaire de Mtn Cameroon. Souley Onohiolo qui a du mal a voir inerte son collègue de la Radio de vos vacances, de Génération et de Le Messager. Valentin Siméon Zinga se refuse à jeter un œil à la dépouille de son ami.

La plume et le micro

Les responsables du protocole évitent de justesse une bousculade. D’autres proches ont choisi de ne pas entrer dans la salle. C’est le cas de Parfait Siki, proche collaborateur, qui malgré la douleur du décès de Richard a dû coordonner la fabrication du N° 107 de Repères. Son physique de lutteur contraste avec les larmes qui perlent sur ses joues. Michèle, Sylvain et les autres s’activent à vendre cette dernière édition du journal en espérant récolter des fonds pour assurer la survie de la publication. En plus de la plume, Richard Touna Ombé était au micro. Près de dix années de service à Radio Reine, où il occupait les fonctions de directeur de l’Information. C’est en dessous de son bureau que se déroule la messe consécutive à la mise en bière.

« J’ai du casser le couloir-là pour agrandir la salle. C’est par ce couloir qu’il passait pour accéder à son bureau. J’ai casser parce que quelque chose c’est casser ici », témoigne l’abbé Bodo, depuis l’auditorium Jean-Paul II sur les hauteurs de Mbankolo. Ce dernier a tenu à faire écouter à l’assistance, l’analyse faite par le défunt, du discours de Paul Biya prononcé le 31 décembre 2008. « Vous avez entendu, il parle comme un livre. Richard était une encyclopédie de la réalité camerounaise », poursuit le prélat. Le cortège accompagnant la dépouille de Richard Touna s’est ensuite ébranlé vers son domicile à Mimboman dernier poteau. Ici, on a veillé jusqu’au matin. C’est à 10h , ce 30 janvier  2009, que la dépouille sera transférée à Nkolkaï pour la dernière étape du… dernier voyage.

Édouard TAMBA

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