Il s’appelait Richard Touna…

HOMMAGE

R.I.P.

R.I.P.

Il s’appelait Richard TOUNA…

Je ne le connaissais pas vraiment. Mais il a eu le temps de me marquer. Positivement. Je veux parler de Richard Touna. Avant d’être sûr que je veux être journaliste, sa plume me passionnait déjà dans les colonnes de Le Messager. Le style simple. L’apparente facilité à expliquer les concepts compliqués de l’économie. La constance dans les scoops… Je me régalais encore plus à l’écouter certains dimanches sur les ondes de Radio Siantou durant Zapresse. Je dois avouer qu’il me fascinait. Mais je n’aurais pas l’occasion de l’avoir comme collègue et aîné dans une rédaction 🙁  J’arrive au Messager quelques semaines après son départ. “C’est toi qui remplace Richard TOUNA hein“, me lançaient alors certains, pour me chambrer.

J’aurais l’occasion d’être présenter à ce Grand Frère au détour d’une cérémonie. “Richard je te présente Edouard TAMBA…”, avait alors lancé mon collègue. Et lui de me tendre sa main, tout souriant “ça va?” Près d’un mois plus tard, je le rencontre à nouveau lors d’un événement que nous couvrons. “Bonjour Dp”, fais-je. “Bonjour M. TAMBA. Ca va?“, répond-il, tout sourire. Waouh!!! Je n’imaginais pas qu’il se souviendrait de mon nom. Le temps passe. Quelques fois, on parle de lui à la rédaction. “Hooo, quand Richard était ici…” Que de bons mots à son endroit, malgré son absence. Et c’est le 22 janvier dernier que j’aurais l’occasion de vraiment discuter avec lui. Ce dans la perspective d’un article à rédiger sur les 2 ans de l’hebdomadaire Repères. Je l’appelle, il me demande de raccrocher, promettant de rappeler. Ce qu’il fait près d’une demi-heure plus tard.

Retrouvons nous à Bastos… à 14h“. Je me mets aussitôt en route. 2 ou 3 minutes de retard. Mais il n’y est pas. Je prends place. C’est 10 minutes plus tard qu’il fait son entrée. Visiblement essouflé. Dès que je l’approche, il se fend en excuses. “M. Tamba, excusez-moi. Je sors de Nkolbisson et je croyais que la circulation était fluide bla bla bla.” “Un Grand qui s’excuse comme ça humm! Où va-t-il chercher autant d’humilité?” Me dis-je intérieurement avant de bredouiller un “c’est pas grave Dp“, à peine audible. je pose mes questions. Il répond. Prenant le soin d’aller au rythme de ma prise de note, et de répéter certaines phrases. Une fois mes questions épuisées, il s’excuse encore et me file un billet… “Tiens, c’est pour le taxi, ce n’est pas le gombo“.

On se reverra le lendemain. Le temps d’une conférence qu’il organisait pour marquer les deux ans d’existence de son canard. Une conférence au cours de laquelle il aura réussi le pari de réunir la grande famille de la presse, mais aussi d’autres personnalités des milieux socioéconomiques et politiques, pour un échange sur le journalisme citoyen et le modèle économique à appliquer pour viabiliser les entreprises de presse au Cameroun. On sera à nouveau ensemble le 20 janvier à la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis. Lieu où survient son malaise. Un coup de fil plus tard et il nous rassure que ça va mieux. Jusqu’à ce que me tombe le genre de sms qu’il vaut mieux pas lire si on est au volant…  Du coup je m’interroge sur l’avenir prometteur de cette publication. Et tout le personnel? Mais j’ai été rassuré par des proches. Que Repères vive pour que Richard ne meurt pas une seconde fois!

Edouard TAMBA

8 thoughts on “Il s’appelait Richard Touna…

  1. nicolas Bernard

    Il s’appelait Richard Touna… Et ils nous manquent aussi, à nous, ses confrères journalistes européens. Nous l’avions connu pour la plupart à Strasbourg et avons appris par le net son décès. Nous sommes tous choqués et tenons aujourd’hui à témoigner de notre amour pour “ce grand homme”.
    Richard était un grand journaliste. Mais ils étaient aussi à nos yeux beaucoup plus. Nous pleurons un ami, un frère… Impuissant de part la distance, nous souhaitons aussi apporter tout notre soutien à sa famille et à ses proches. Qu’ils reçoivent nos pensées, nos prières.

    Ses confrères journalistes européens et ses amis du Centre européen de journalisme de Strasbourg

  2. Xavier Delcourt

    “Les pays ACP dans la couveuse de la mondialisation”. C’était, en juin 2002, le titre de son “mémoire” de DESS de Journaliste spécialisé dans les Affaires européennes. Richard y regardait loin devant: vers les fameux Accords de Partenariat Économique dont les négociations allaient s’ouvrir.
    Il concluait ainsi :
    Dans les pays ACP aussi bien qu’en Europe, les citoyens demandent une pincée d’éthique dans les relations Nord-Sud. Parce que la mondialisation « fait naître des opportunités, prometteuses à qui saura et pourra les utiliser, menaçantes pour celui qui ne les saisira pas. Ce qui paraît certain, c’est que l’ignorer, c’est être éjecté et que la combattre, c’est être d’avance vaincu »
    “Quelle évaluation faites-vous de la présidence française de l’UE ?” m’écrivait-il encore le 22 décembre dernier. Infatigable, croyais-je. Hélas non.
    A Strasbourg comme à Bruxelles, ou encore à Kaliningrad, Richard avait trois passions: le présent, la vérité et son pays. Il a continué à les vivre pour les partager. Trop vite?
    Non. Trop peu de temps.
    XD
    Centre universitaire d’enseignement du journalisme

  3. Pingback: Il s’appelait Richard Touna…

  4. allouis

    Je me joins à mon “confrère” Nicolas Bernard pour adresser à la famille et aux proches de Richard toutes mes condoléances.
    Me reste le souvenir d’un collègue journaliste toujours souriant et particulièrement attentif à toutes celles et ceux qui l’entouraient.
    Il m’avait fait signe lors d’une de ses visites à Strasbourg. Malheureusement, elle n’a pu avoir lieu… Richard a toujours eu un bon mot à m’envoyer lorsque je lui donnais quelques nouvelles. Il va me manquer…
    En souhaitant que la “relève” continue dans les traces de cet homme qui savait ce qu’il voulait, attendait de la vie.
    Stéphanie Allouis, amie du Centre européen de journalisme de Strasbourg

  5. Francis Nkoumbele (Socio-Anthropologue)

    J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Richard Touna que je connais depuis les années 1993 dans les antennes de la FM 94, alors qu’il y faisait le bénévolat avec les autres Germain Noel Essengué, Alex Siéwé, etc…Je le rencontrais souvent entrain de déambuler dans les couloirs de cette unique châine urbaine de l’époque qui avait du vent en poupe, lorsqu’il arrivait que j’aille à la maison de la radio avec d’autres membres de l’ACAJECS (Association camerounaise des Jeunes Chercheurs en Sciences Sociales) passer des interviews dans le cadre des activités de notre jeune association. Discret derriere de lunettes optiques (différentes de celles qu’il arborait ces derniers temps), une chemise désenfilée, un pantalon ordinaire et une paire de tennis également ordinaire, il cherchait alors sa voie! Plus tard, je l’ai retrouvé dans les lignes du Messager, sur le plateau de “Scènes de presse”, et plus tard encore entrain de lancer “Repères”. Lorsqu’il était au Messager, un cadet de la fac qui le connaissait bien me parlait souvent de lui. Et puis boum! Un jour des années 2005, je redécouvre quelq’un qui avait véritablement mûri à plusieurs égards… Voilà donc quelqu’un qui à mon sens, y a cru et a su se frayer une voie, au moment même où l’environnement n’était pas des plus propices à ce genre d’exploit.Hélas c’est le propre de ce genre de personnes, à savoir ne pas vivre longtemps… PAIX A SON AME

  6. Samuel Lieven, journaliste

    A Bruxelles, en 2002, année de notre DESS de journalisme, nous étions voisins. Richard logeait dans une résidence d’étudiants africains à Matonge, le quartier africain. Il était heureux. Il envoyait des papiers au Messager du Cameroun. C’était une période d’élections. L’argent de la coopération (ACP) alimentait les débats – et la corruption. “Mon papier va faire l’effet d’une bombe !” Il riait. D’un rire libre. Le rire de l’insoumission – il éprouvait une fascination pour ce terme. Plus tard, dans un mail, Richard me confiait combien son année à Strasbourg et Bruxelles l’avait “marqué à jamais. Ce fut utile…” Nous ne nous sommes pas revus mais étions certains que cela arriverait un jour. Le soir où nous nous sommes quittés restera gravé. Sandra, mon épouse, que je venais alors de rencontrer, était là. Ils s’étaient vu deux ou trois fois et s’appréciaient. “Ne la laisse pas partir : c’est une femme d’exception !”, m’a dit Richard avant de gagner l’aéroport. Il a ri. Bien vu. Il m’a offert un livre. “Etre plus” (Teilhard de Chardin). Je ne l’ai toujours pas lu… Le livre est là, sur une étagère du séjour. Le titre suffit.
    Antoine, un confrère, est en ce moment même en reportage au Cameroun. Il foule la terre de Richard qui, je le sais, l’aurait accueilli à bras ouverts, avec le rire que tous lui connaissent. Mais Richard s’est endormi. Le jour même où, après deux ans de silence, je cherchais à le recontacter. Sandra dit que les êtres chers qui s’en vont s’arrangent toujours pour vous prévenir. Va savoir. “Etre plus”, Richard… Si tu croises Teilhard, dis lui que je trouverai le temps de lire son bouquin.
    Samuel

  7. Nin's

    Pour toi qui a aimé Richard

    Sa plume s’est envolée de nos journaux,
    Sa voix s’est faite muette dans nos radios,
    Ses pas ont déserté la colline du mont Mbankolo.

    Je vais retenir mes mots.

    Puisses-tu, dans mon silence,
    Trouver la force.
    Et, que la profondeur de ta peine,
    Soit comblée par le réconfort de sa vie pleine.

    Tel un père,
    Il s’en va de cette terre,
    En nous laissant un repère,
    qu’il prospère…

    Peace for ever

  8. marie-couche-toi-là argentine

    Je me permets d’écrire un petit commentaire afin de complimenter l’administrateur

Leave a Reply