La décentralisation marque le pas au Cameroun

CAMEROUN

La décentralisation marque le pas

Le Conseil national de la décentralisation se réuni pour la première aujourd’hui. Ce dans un contexte où la mise en œuvre du concept coince

Treize ans déjà, que la décentralisation des unités administratives a été consacrée par la Constitution au Cameroun. Le passage des textes de loi à l’effectivité sur le terrain semble n’avoir pas avancé. Du coup, les attentions se focalisent sur les premiers travaux du Conseil national de la décentralisation qui s’ouvrent aujourd’hui à Yaoundé. Mais avant, la société civile a fait le point, à l’occasion de la Journée d’échange sur la décentralisation organisée le 14 janvier dernier à Yaoundé. Il en ressort que la décentralisation marque le pas. Pourtant, « la Cameroun dispose des meilleures lois en Afrique sur la décentralisation depuis 2004 », relève d’entrée Dr Cosmas Cheka, chairman de l’Espace Dschangschuss. Les lois promulguées en 2004 attribue la mission du développement local aux communes. « Mais, observe Dr Cheka, la toute puissance de l’Etat sur la vitesse du processus » constitue une pesanteur. Autant que les difficultés qu’ont les communes à mobiliser les ressources financières et leur manque d’infrastructures.

Pour cet enseignant, « le maillon faible à ce jour au Cameroun, c’est l’aspect renforcement des capacités », des responsables des collectivités territoriales décentralisées. Un avis que partage le coordonnateur technique des opérations au Centre d’accompagnement des nouvelles alternatives de développement local (Canadel), André Marie Afouba. Les communes souffrent de leurs « personnels vieillissants, insuffisamment formés et mal adaptés aux nouvelles exigences », lance-t-il. A cela s’ajoute la posture des délégués régionaux « qui ne sont pas au service de la commune », et l’attitude d’un peuple qui ne comprend par encore le concept et reste dans une logique individualiste, décrie André Marie Afouba. Un propos qui semble piquer les maires au vif. « Je pense que le problème n’est pas au niveau des maires. Il faut remettre à la commune tout son pouvoir », lance Anicet Akoa, maire de Ngoulemakong et vice-président de Communes et villes unies du Cameroun (Cvuc).

D’après lui, ses collègues sont accusés à tort ; il ne suffit pas de participer à des séminaires de formation pour que la décentralisation prenne un coup d’accélérateur au Cameroun. Car, l’Etat qui a confié un ensemble de responsabilités aux communes, a du mal à opérer le transfert de pouvoirs. Pour Anicet Akoa, il « faut réformer l’Etat et redéfinir les rôles », pour qu’on sorte la tête de l’eau. A l’image de l’Afrique de l’Ouest ? Du début des années 90 à nos jours, l’ex ministre de la décentralisation au Burkina Faso, Antoine Sawadogo, en fait un « bilan appréciable » dans son pays avec environ 360 communes, 17 000 élus locaux et 13 régions. Plus de 90% de ces élus sont des ruraux, avec près de 60% de non francophones. Mieux encore, les jeunes et les femmes s’illustrent. 70% des élus ont ente 25 et 35 ans, alors que la gent féminine constitue 39 de ces élus.

Au Burkina Faso, la décentralisation a fait passe le poids économique des communes des 3 à 40 milliards de Fcfa par an, en générant 15 000 emplois. Mais, l’insuffisance des services publique, l’incivisme des populations et la difficulté d’adaptation des fonctionnaires persistent. L’ex ministre malien de la décentralisation n’a pas de chiffres aussi précis. Même s’il fait remarquer que le concept est mieux encré dans les mentalités au Mali, car les découpages ayant abouti à 703 communes ont été fait après concertation populaire. Selon Ousmane Sy, « il ne faut pas qu’on demande aux communes de faire en 10 ans ce que les états ont été incapables de faire en un demi-siècle ». Au Cameroun, au Mali comme dans la plupart des pays africains, si la décentralisation coince, c’est parce que « l’Etat a du mal à changer. Il continue de gouverner comme un état centralisé », conclut Ousmane Sy.

Edouard TAMBA

3 thoughts on “La décentralisation marque le pas au Cameroun

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  2. Djé

    Tu écris que “l’Etat a du mal à opérer le transfert des pouvoirs…”
    Est ce une façon de dire que la compensation financière nécessaire aux collectivités territoriales n’est pas assurée?

  3. TAMBA

    Djé,
    je dirais oui pour la question que tu me poses. Cela s’explique en un ensemble de dysfonctionnements,et de lourdeurs dans les procédures. Figure toi que les trésoreries générales de Yaoundé et Douala, doivent près de 6 milliards aux communes de ces villes. il faut savoir que le trésor est l’une des direction générale du ministère des finances. Cette direction reçoit les fonds collectés sous forme d’impôts et taxes d’une autre direction du même ministère. La première session du Conseil national de la décentralisation (créé en 2004) a permis au ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation de poser le problème. Ce dernier a par ailleurs annoncé que les pouvoirs seront effectivement transférés aux collectivités décentralisées au 1er janvier 2010. Wait and see…

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