Opération épervier:Gouvernance ou calculs politiques

OPERATION EPERVIER

Quatre ministres pour l’enfer

Ils sont une vingtaine à être passé du paradis du pouvoir aux enfers de la prison en 2008. Si le gouvernement parle de lutte contre la corruption, l’opinion y voit des calculs politiques

Polycarpe Abah Abah, Jean-Marie Atangana Mebara, Urbain Olanguena Awono, Paulin Abono Moampamb. Tous militants du rassemblement démocratiques du peuple camerounais (Rdpc), parti au pouvoir. Tous, anciens membres du gouvernement au Cameroun. Tous limogés du gouvernement le 7 septembre 2007. Tous placés sous mandat de détention préventive, les trois premiers à la prison centrale de Yaoundé et le dernier à Yokadouma. Tous inculpés pour détournement de deniers publics. Tous interpelés en 2008. Ils sont pris dans les serres d’un épervier baptisé par on ne sait qui : « Opération épervier ». Le premier, ex ministre de l’économie et des finances, et ex directeur des Impôts a été interpellé par les éléments du Groupement spécial des opérations de la police nationale. Aux premières lueurs du 31 mars 2008, il est tiré de son lit douillet. Polycarpe Abah Abah, se met au volant d’une Peugeot 307 et se laisse escorter par les flics jusqu’à la base du Gso à Ayéné. Puis, cap sur la direction de la police judiciaire (Dpj) à Elig-Essono où il est placé en garde à vue. L’ex ministre de la Santé publique, Olanguena Awono, l’y rejoint.

Dans leur chute, ces anciens barons du régime en place ont entraîné une dizaine de « victimes » collatérales. Anciens collaborateurs, responsables de divers programmes, prestataires de services… sont interpellés à la pelle. Les anciens secrétaires permanents des comités nationaux de lutte contre le paludisme (Raphël Okala), le sida (Maurice Feuze), la tuberculose (Hubert Wang) ; le directeur de l’hôpital provincial de Nkongsamba, l’ex trésorier payeur général de Yaoundé etc. Atangana Mebara, ancien secrétaire général à la présidence de la République, ancien ministre de l’enseignement supérieur et des relations extérieures, est aussi annoncé à la Dpj. On ne l’y verra point. En tout cas, pas ce 31 mars mémorable. C’est le 25 avril qu’il s’y présentera. Pour une audition. Bis repetita le 28 avril, puis au mois de mai.

C’est finalement le 1er août que le « cop’s » des étudiants est interpelé, placé en garde à vue. Et plus tard mis sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé. Si le secret entoure l’instruction en cours, l’on croit savoir qu’Atangana Mebara est poursuivi pour de présumées malversations financières en rapport avec la défunte Camair. 18 jours avant ce 31 mars mémorable, c’est Paulin Abono Moampamb qui tombait dans les filets de la gendarmerie. Cet ex secrétaire d’Etat au ministère des Travaux publics est rattrapé par sa gestion de la commune de Yokadouma du temps où il y était maire. Pour ce qui est d’Olanguena Awono, il ne serait pas étranger au détournement des fonds destinés à la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le sida au Cameroun. Quand à Abah Abah, il aurait commis des indélicatesses avec l’argent du contribuable lorsqu’il était directeur des impôts. Ce lors de transactions avec le Crédit foncier.

Quoiqu’il en soit, les avocats de ces derniers se plaignent de la procédure. « On ne peut pas arrêter quelqu’un sans lui notifier le motif, et ensuite aller chercher des preuves de sa culpabilité », relève un conseil. Politistes, politologues et autres observateurs multiplient leurs thèses. Certains se disent convaincus que ces ministres sont tombés dans la nasse parce que le chef de l’Etat tenait à « décapiter le G11 », cette nébuleuse à l’existence douteuse qui serait composée de personnes souhaitant s’emparer du pouvoir suprême en 2011. Pour d’autres, il s’agissait d’une manœuvre visant à calmer les tensions de février 2008. D’autres encore n’y voient qu’une entourloupe pour distraire l’opinion publique en vue de la modification  de la l’article 6 de la Constitution. Calculs politiques ou pas, il est probable que les tribunaux de grande instance connaitront des procès en séries en 2009.

Edouard TAMBA

One thought on “Opération épervier:Gouvernance ou calculs politiques

  1. Nino

    Calculs politiques assurément, et non véritable lutte contre la corruption.

    Néanmoins, la place de tous ces bandits est bel et bien en prison. Quand on est rattrapé par la patrouille, le numéro de la patrouille importe peu.

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