Cameroun : quelle république!

CAMEROUN

Quelle République!!!

Je ne sais pas comment qualifier ce qui vient de se passer au Cameroun. Ce n’est pas la pire des choses qui soit arrivée depuis une cinquantaine d’années que ce système néocolonial est au pouvoir. Mais là, on a touché le fond. Pas moins. Je veux parler des derniers événements liés au concours sur étude de dossier pour l’admission à l’Ecole normale supérieure (Ens) de Maroua. La création d’une université dans cette ville semblait déjà hâtive. La preuve: points d’infrastructures. Les futurs étudiants erreront de sites en sites à travers la ville pour leurs cours. Deux mois après la rentrée académique, ils ne savent ni le jour, ni l’heure du début des enseignements dans cet établissement.

Faut-il revenir sur le cafouillage qui a entouré l’organisation de l’entrée dans cette école normale? Le calvaire des candidats pour obtenir une fiche de candidature? La même galère pour déposer les dossiers? L’escroquerie adoubée par l’Etat de cette banque qui exige  4000 Fcfa de frais supplémentaires pour transférer 12 000 Fcfa?  Le flou entretenu sur le  nombre de places? L’interminable attente  des résultats par les candidats? Les difficultés qu’ont eues ces candidats à prendre connaissance desdits résultats? Toutes ces incuries n’ont pas suffi. Il fallait donc franchir le rubicon. De la connerie! Les résultats finalement publiés n’ont pas plu à certains. Après des revendications en catimini, les députés du Grand Nord  sortent de leur réserve. Ils se plaignent de ce que les quotas de l’équilibre régional n’ont pas été respectés. Les candidats originaires du Septentrion auraient été lésés. Pourtant, “c’est notre université“, entend-on.

Le ministre de l’Enseignement supérieur balbutie devant la pression de ceux-ci au Parlement. La tension monte. La pression aussi. L’affaire se retrouve sur la table du président de la République (?). Une jury spécial est convoqué pour “résoudre” le problème.  Les députés décident de marcher pour protester. Ce jury propose l’admission d’environ 1400 candidats de cette régions, au lieu de  760.   La tête du ministre est réclamée par les députés du Grand nord. Ce dernier sera  mis à la porte des tractations à la présidence. Ce à leur demande. Ils finissent pas faire plier le pouvoir. Et le 18 décembre 2008, coup de tonnerre! 5615 candidats ressortissants du septentrion voient leurs noms apparaître sur un liste additive signée du ministre de l’Enseignement supérieur. Le ridicule ne tuant pas, ce dernier n’a pas démissionné après un tel désaveu. Au contraire… Le nombre de places annoncées pour l’établissement est donc passé du simple au triple.  Quid des prévisions des différentes administrations et du Trésor public?

Les députés du Grand nord, fort d’une influence certaine sur le chef de l’Etat l’ont fait plier. Dans La Lettre, le directeur de publication du quotidien Mutations parle de la République des quotas. Selon Alain Blaise Batongué:

Toutes les sociétés plurielles sont toujours confrontées au défi de prendre en compte des situations concrètes pour essayer de rattraper, à un moment donné, le désavantage d’une ou plusieurs composantes de la nation par rapport à une ou plusieurs autres. La France la Belgique ou, dans une certaine mesure, les Etats-Unis, sont des exemples que l’actualité nous enseigne.

Seulement, le cas du Cameroun a quelque chose de pernicieux. Ce qui l’amène à observer que:

La démarche de justice de départ devient une réelle politique d’injustice parce qu’elle institue dans la pratique des rentes de situation et, surtout, impose des efforts extraordinaires aux uns sans les imposer aux autres. Elle homologue ainsi une politique d’élimination et de frustrations pour les uns, et d’accumulation pour les autres. D’autant plus que, dans la plupart des cas, cette politique est devenue un fourre-tout qu’aucune remise en cause n’est venu questionner.

Quand au Président de la République, si sa volonté de résoudre un problème est compréhensible, les résultats de ce cas laissent pantois. Et pire, ils frustrent. Ce qui inquiète le Dp de Mutations. Car:

il faut faire attention à l’effet de ” précédent ” que l’on crée, et à la difficulté qu’aura le même chef de l’Etat, à donner une réponse différente aux autres régions ou groupes sociopolitiques dont les préoccupations spécifiques sont tout aussi importantes et tout aussi légitimes, du moins à leurs yeux.
Les députés et élites du Grand Nord, unis comme un seul homme par-delà les clivages religieux ou politiques, auront certainement raison de considérer ce fait d’arme comme une victoire sur le pouvoir en place qui a ainsi mis un genou par terre. Mais en même temps, cette affaire met en lumière la faillite des élites régionales qui n’ont rien d’autre à proposer aux populations désemparées qu’une instrumentalisation honteuse devant une autorité suprême qui n’a jamais envisagé des solutions politiques alternatives et courageuses et qui accepte de capituler par calcul politique.

Eh oui. C’est de cela qu’il s’agit. Des calculs politiques. Mais il ne faut pas oublier qu’en 2006, des étudiants sont morts à Buéa.  La tension y était montée à la suite de protestations autour des résultats d’entrée à la fac de médecine de l’université de cette ville. Pr Lambi, recteur de cette  université avait été limogé. Comment réagiront les députés et autres populations des autres régions quand seront publiés les résultats des différents concours des institutions logées dans “chez eux”? Comme on fait son lit…

Edouard TAMBA

11 thoughts on “Cameroun : quelle république!

  1. Nino

    Ceux qui pensaient encore qu’il y avait quelque chose à espérer de ce régime/système. Il n’en ressort que de la merde!

    En ce régime, point de salut. On touche de plus en plus le fond, et certains réussissent quand même à y voir des signes positifs d’une sortie en fanfare de Biya. Ce président me rappellera le côté obscur toute ma vie.

    STP, Edouard, combien de personnes ont présenté un dossier, et finalement, combien de personnes ont été admises?

    Désormais, dans une université données, seuls les ressortissants de cette région pourront y accéder, ou y accèderont prioritairement.

    Comme il y’a moins d’université que de régions (puisque les provinces ont disparu), il y a potentiellement des lendemains houleux à prévoir.
    Les ‘élites’ du “Centre/ Sud/Est” prépareraient déjà une réunion pour trouver la marche à suivre face au péril septentrional.

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  3. Ti Aya

    Avez-vous lu ceci?
    http://www.bonaberi.com/ar,ens_maroua_-_james_mouangue_kobila_une_reponse_juridiquement_fondee,5812.html
    Franchement, je me mets à la place de Paul Biya et je me pose la question: pourquoi est-ce que j’irai me casser la tête à prendre des décisions intelligentes? Quelque soit la décision qu’il prend, même si elle est complètement aberrante comme celle-ci, il trouvera toujours des docteurs, des experts, des ministres et toutes sortes d'”intellectuels” pour louer sa clairvoyance, sa magnanimité, etc. Il lui aurait suffi de voir que ce n’est que des lèche-culs, pour que la face du Cameroun en soit changée.
    Je parie que si Paul Biya annonce aujourd’hui que Jésus revient dans 3 mois, ou que la terre est plate, on trouvera les mêmes gens pour nous expliquer le plus sérieusement du monde que c’est vrai.

  4. Ti Aya

    “Ekié, ah Cameroun, toi aussi quelle image!
    Quelle image tes enfants commencent à se faire de toi?
    Tu dis que tu as la paix, mais où est le travail?
    Où est donc ta patrie? Ta devise est bafouée!”
    Dixit Koppo.

    Gars je crois que l’auteur des ces propos c’est plutôt un certain One love
    TAMBA

  5. Kans

    – quelle republique!
    – une république bananière!

    Dis donc, depuis quelques temps, je cherche des trucs sur lesquels me raccrocher pour croire un peu plus au CMR et toi tu me ramene aussi durement à la réalité…

    Joyeux noel quand meme!

  6. ongola boy

    Ca fait mal tout ca (comme d’habitude en somme). Parfois j’en viens à me demander si nous savons même ce que nous voulons.

    @Etum aka LOL
    c ta marque de fabrique désormais

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