Comment les libertés regressent au Cameroun

HUMEUR

Silence…  on recule!

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Il se passe des choses incroyablement retrogrades au Cameroun. Je ne sais pas ce qui arrive à nos “chefs de terre”. Je veux parler des sous-préfets, préfets et gouverneurs. En l’espace d’un mois, il s’est passé de trucs renversants. Le 8 novembre dernier, le sous-préfet de Yaoundé II débarque au Palais des congrè-s avec l’intention d’interdire la tenue de l’Assemblée générale de l’Ordre des avocats du Cameroun. Les hommes en robes noires le renvoient à ses cours de droits. Il bat en retraite, la queue entre les jambes. Quelques jours plus tôt, c’est le même sous-préfet qui interdisait une réunion des syndicats de taximen à leur siège au quartier Messa.

Le week-end dernier, ce sous-préfet interdisait la marche de l’Ong Jane and Justice, oeuvrant dans la sensibilisation contre les accidents de la route. Le même jour, celui de Yaoundé I interdit une réunion illégale de la ligue provinciale d’athlétisme du Centre. “En voilà au moins un qui a gardé sa lucidité”, commentent certains. Trop tôt! Ledit sous-préfet, après des pressions du ministre des Sports et de l’éducation physique, autorise finalement la réunion. Ce par un acte “hors séries”, écrit à la main, dans lequel il demande aux forces de l’ordre de léver le camps.

Ensuite, son homologue de Yaoundé III interdit la conférence de presse de l’association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic) à l’hôtel Hilton. Ce au motif que l’information que l’association veut publier doit d’abord être soumise à l’attention du ministre des l’Agriculture et du développement rural (Minader). La conférence aura finalement lieu ailleurs. L’Acdic  n’a pas dit son dernier mot. L’administration territoriale aussi. Le 10 décembre dernier, les choses se gâtent.  Extrait de la dépêche de François BIMOGO, Rédacteur enb chef de Eclat d’Afrique:

CAMEROUN: Manifestation civile violemment réprimée au siège de l’ACDIC

Après l’interdiction successive de sa conférence de presse internationale du 3 décembre au Hilton hôtel de Yaoundé, l’interdiction du dîner parlementaire à l’Hôtel des députés mercredi 10 décembre par les autorités camerounaise, l’Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs a tenu une manifestation de près de 500 personnes à son siège au quartier Elig-Essono à Yaoundé, rue Ceper.

Face à des manifestants à mains nues qui brandissaient des pancartes pour dénoncer les détournements, la corruption et la réaction de l’Etat Camerounais pour éviter la crise alimentaire du maïs qui guette le Cameroun en 2009, une cinquantaine de policiers  anti-émeutes lourdement armés ont fondu sur les manifestant après une tentatives d’exfiltration de force du

leader de la socité civile Bernard NJONGA, président de l’ACDIC. A l’issue de violentes empoignades, une trentaine de manifestants ont été chargés et embarqués dans le camion du GMI arrivé quelques minutes auparavant.

Il y a eu de nombreux blessés dont au moins un blessé grave, Théophile NONO, membre de l’ACDIC (voir image en copie). Les manifestants dont le président de l’ACDIC Bernard NJONGA ont été conduit au Commissariat du 1er arrondissement de Yaoundé.

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La démarche de l’Acdic pourrait être contestable en ce qui concerne le cadre légal régulant les manifestations publiques. Mais de là à en arriver à de telles exactions. On se pose des questions. Quoi qu’il en soit, la vérité qu’ils voulaient etouffer est connue:

Selon une étude de plusieurs mois, l’ACDIC a découvert que plus de 1,2 milliards de F CFA ont été détournés depuis 2006 au Ministèr de l’griculture et du développment ural du Cameroun à travers des subventions directes accordées à des GIC (Groupe d’Initiative communes) ficitives créés de toutes pièces par les fonctionnaires (62%). 60 tracteurs indiens, accordé à l’Etat du Cameroun à travers le Ministère des relations extérieures au Minader en 2006 pour des tests d’adaptabilité ont été détournés par des ministres et assimilés (33). Ces tracteurs sont en ce moment parqués dans les villas de campagne de ce ministres dont certains sont aujourd’hui en prison pour détournement de fonds.

Faut-il rappeler ici les errements de ces sous-préfets, préfets et gouverneurs à travers la République? L’ex préfet du Haut-Nyong aujourd’hui limogé; le gouverneur du littoral interdisant les manifestations publiques; le préfet du Wouri marchant sur la loi pour permettre à Françoise FONING de se faire réélire à la mairie de Douala V, etc. Des agitations inutiles qui parfois nous fabrique des héros factices, en plus des victimes innocentes et des morts. Cependant que les problèmes de fonds persistent. Ces problèmes ne viennent pas de ceux qui veulent se réunir pour réfléchir et agir. Ils viennent de l’inaptitude à gérer, à prévoir, à anticiper… bref à gouverner, dont souffre le système en place, vieux d’un demi-siècle. C’est trop vieux, c’est dépassé, c’est incapable de faire mieux que ce à quoi on a déjà assister. Malheureusement, l’émergence d’un nouveau leadership tarde à arriver. Cela je le crois arrivera forcément, et de telles brutalités resteront dans les souvenirs.

Édouard TAMBA

10 thoughts on “Comment les libertés regressent au Cameroun

  1. TAMBA

    Ti Aya, il y a effectivement régression. Je le dis au regard de ce que nous vivons tous les jours. Il y a comme un durcissement, parce que je ne pense pas que toutes ces autorités soient atteintes de zèle pathologique.

  2. Eddy

    Je pense également qu’on peut parler de regression.
    J’ai des connaissances qui me relatent des trucs absolument impensables en 1991 par exemple.
    Genre untel qui estime qu’une fête familliale est une réunion publique, simplement parce qu’il y’a qq bancs disposés sur la cour en bordure de route et se met à l’idée de faire arrêter la fête.
    Au Cameroun, dès que quelqu’un a une once de pouvoir, c’est comme s’il avait un compte à régler avec tout le Cameroun.

  3. TAMBA

    C’est ça même Eddy. Couomaing!
    Et puis, ces sous-préfets et préfets ne se gênent d’autoriser les sociétés brassicoles et toutes sortes de sources de boucans accompagnées de beuveries et de désordre sexuel. Fallait voir la connerie que les brasseries du Cameroun ont organisé samedi et dimanche dernier à la Tsinga sous-préfecture pour la promoton de sa nouvelle boisson à 7% d’alcool. Le même lieu où le même fou-préfet a interdit les manifs de Jane and Justice contre les accidents de la route un weekend plus tôt… :(

  4. Kans

    Moi je dis, la liberté et toutes les autres conquêtes coute cher et ceux qui en paient le prix forcent le respect. Dans ma grande lâcheté, je ne peux que t’encourager à communiquer sur de tels évènements pour que ça arrive aux oreilles et face aux yeux de tout ceux qui peuvent avoir le moindre pouvoir d’influence.

    Quand je dis que le CMR est un pays de barbares désordonnés… Regardez vous-mêmes l’image des flics ci-dessus. 4 uniformes pour la même intervention: la flic-esse chic (tenue de parade), la flic-esse casquée (mais avec sa montre et bijoux à la Rachida Dati), les flics de bureau, et le chef en tenue de terrain.
    Tout ça pour aller torturer des avocats!

  5. Lenaelle

    C’est triste de voir où avoir des convictions peut mener…Ils te torturent et exigent que tu pleures en silence.
    @Eddy
    tu as raison. Je ne sais pas si ce sont les frustrations antérieures qui sont à l’origine de ces comportements.
    @Edou
    Le zèle est en effet pathologique…
    Y a pas à dire on regresse et cela ne date pas d’aujourd”hui! Wèkè le cameroun!

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