Quand les fonctionnaires trafiquent les espèces protégées

BRACONNAGE

Quand les fonctionnaires trafiquent les espèces protégées

Les agents des eaux et forêts installés sur l’axe Yaoundé-Ayos semblent n’avoir pas grand-chose à faire. Tranche de vie

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Les jours se suivent et se ressemblent au poste forestier et de chasse de Mengang, à une vingtaine de kilomètre d’Awae. C’est du moins ce qu’affirment les agents des eaux et forêts en poste le 20 novembre dernier. Ils sont « logés » dans une bicoque en bois. Une espèce de bureau dont le sol est fait de terre. Un lit de fortune aménagé ici, une table et une chaise à côté. Ils sont installé un dispositif à l’extérieur pour réduire la vitesse des véhicule. Fût bourré de béton armé, bois, herse etc.  N’empêche, les voitures traversent à toute allure. L’intensité des rayons solaires obligent les agents à rester dans leur bureau. Dans leurs uniformes verts, ils semblent se tourner les pouces. Mais à quoi servent-ils vraiment ? Ils disent contrôler les véhicules effectuant les voyages entre les régions du Centre et de l’Est. Question de s’assurer que les voyageurs ne s’adonnent pas aux trafics d’essences végétales, et d’espèces animales protégées.

A ce propos, une affiche dans le bureau indique les espèces fauniques concernées. Des grands singes pour la plupart. « Il n’y a plus vraiment ces espèces ici. C’est surtout les lièvres, les petits singes, les porcs-épics et les hérissons que nous voyons. Ils sont généralement arrêté par des tendeurs de pièges, il n’y pas de chasse à l’arme à feu ici », explique le chef de poste, Awah William N. Mais il leur arrive d’intercepter des cargaisons suspectes de viande ou de bois. « Ca vient généralement de l’Est », précise son collaborateur, Sama Nana Gérard agent des eaux et forêt. Et de poursuivre : « mais, c’est très rare. Parce que nos collègues qui sont dans les autres postes font bien leur travail ». Quand au type de moyen transport utilisé, « c’est mixte. On en trouve dans les cars de transports, les véhicules personnels, surtout les pick-up », explique le chef de poste. Les auteurs de ce trafic frauduleux n’hésitent pas souvent à passer en force. « Il y a des gens qui violent la barrière, c’est pour cette raison que nous utilisons la herse », raconte Sama N. Gérard.

Ces derniers estiment que ce sont des agents de l’Etat qui leur causent le plus de problèmes. « C’est surtout par le véhicule immatriculés CA [Corps administratif, ndlr] que ça passe », relève Sama N. Gérard. Avouant par la même leur impuissance à pouvoir inspecter ces véhicules. Il se dit que la corruption règne dans ce milieu. Très souvent, les trafiquants traversent ces barrières à coups de bakchich. « Nous ne connaissons pas ce genre de cas », se défend l’agent des eaux et forêts. Il jette ensuite un coup d’œil à la fiche collée au mur. Encore deux jours de garde à passer dans ce bled ennuyeux. « Il y a quatre agents affectés à ce poste. Nous faisons des services de trois jours », signale-t-il.

Edouard TAMBA

A Mengang

In Le Messager du 02-12-08

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