Cameroun:Les contradictions d’un gouvernement au Parlement

ASSEMBLÉE NATIONALE

Les contradictions d’un gouvernement au Parlement

La plénière pour l’adoption du projet de loi portant Loi de finances pour l’exercice 2008 s’est ouverte hier, 1er décembre 2008 à l’Assemblée nationale à Yaoundé. La commission des finances propose un budget de 2301,4 milliards de F Cfa


On aurait dit qu’une mouche l’a piqué. C’est tout comme, avec ce que l’honorable Peter Cho Fonso a entendu de ses oreilles hier à l’Hémicycle. Le ministre du Commerce (Mincommerce), précédé du ministre des Finances attribuent partiellement la pénurie de ciment observée au Cameroun aux limites infrastructurelles du port de Douala. « Il a dit que nous avons besoin d’un port en eau profonde », s’exclame le député de la Momo depuis l’estrade, interloqué. « Nous ne sommes pas sérieux dans ce pays », lance-t-il. Son sérieux contraste avec l’assistance qui pouffe de rire. « Nous avons un port naturel en eaux profondes à Limbé qui ne demande qu’à être amélioré », dit-il. Il ne comprend pas que ce dont de la nature ai été mis de côté au profit d’un projet à coup de milliards à Kribi. « C’est de la discrimination. Vous provoquez les gens du Sud-Ouest et du Nord-Ouest », tempête Peter Cho Fonsi. « Des actions rapides doivent être menées au lieu de dépenser de l’argent à enlever du sable au port de Douala et à construire un port à Kribi », propose-t-il tout en, précisant que le port de Kribi n’est pas inutile.

La réplique viendra du ministre en charge de l’Economie de la planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat). Louis Paul Motaze est d’avis que « le développement de toute la façade maritime du Cameroun permettra au pays de s’en sortir ». Mais il se trouve que contrairement à Limbé, l’étude de faisabilité du port en eau profonde de Kribi était prête. « Il n’était plus question d’attendre », explique-t-il. Comme pour balayer la thèse de la discrimination, il annonce la poursuite de l’étude de faisabilité en ce qui concerne Limbé. On apprend alors que 600 millions de F Cfa ont été débloqués à cet effet. L’honorable Peter Cho Fonso n’aura pas été le seul présent à maugréer pendant le passage du Mincommerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Ce dernier a tenu à apporter des éclairages sur les problèmes de prix dans les marchés. Notamment en ce qui concerne le ciment et d’autres produits importés. « Le marché du ciment n’est pas en crise. Il n’y plus lieu de s’affoler », lâche le Mincommerce. Un son de cloche en dissonance avec les propos du chef du gouvernement deux jours plutôt à la même tribune.

Si le Premier ministre pense que les pénuries de ciments pourraient s’accentuer, son collaborateur annonce le contraire. Selon lui, deux problèmes techniques sont survenus. « Cimencam  avait annoncé un supplément de 600 000 tonnes de ciment grâce au nouveau broyeur installé. Mais ce broyeur est en rodage. Il aura atteint sa pleine capacité opérationnelle entre le 15 et le 20 décembre », explique le ministre.  Quand à l’importation du même produit, « le bateau arrivé la semaine dernière n’a pas pu accoster parce qu’il était trop chargé. Il est d’abord allé à Pointe-Noire. Il sera de retour vers le 4 ou le 5 décembre ». L’explication avait déjà été donnée par le Minfi, Essimi Menye. D’après lui, le port de Douala n’admet pas des bateaux de plus de 12 500 tonnes. Le Mincommerce est aussi revenu sur ses explications pour ce qui est de certains prix. Pour lui, le Cameroun fait les meilleurs prix de la sous-région. Une comparaison qui exacerbe les députés. « Qu’est-ce qu’il va chercher là », déplore Essimi Menye aux oreilles de son collègue du Minepat.

Quelques heures avant, le Minfi aura eu du fil à retordre avec les députés. Ceux-ci multipliant les questions sur l’usage du budget d’investissement public, le solde du budget 2007, les réserves du Cameroun, la dette etc. Dans une démonstration sur la faiblesse de la production au Cameroun, le Minfi se souvient que « en 1985 on était à peu près 11 millions et on produisait 75 000 tonnes de café arabica. En 2007, nous sommes près de 20 millions et on produit 5000 tonnes ». Et l’honorable Jean Michel Nintcheu de se demander d’où vient le chiffre sur la population actuelle. « Je suis désolé honorable. C’est que je suis statisticien. Nous faisons des calculs », répond Essimi Menye. C’est aux environs de19h30 que c’est finalement ouvert la plénière d’adoption du projet de loi de finance pour l’exercice 2009. En présence d’une quinzaine de membres du gouvernement.

Edouard TAMBA

In Le Messager du 03-12-08

3 thoughts on “Cameroun:Les contradictions d’un gouvernement au Parlement

  1. Nino

    D’autant plus s’il n’y a pas débat à l’assemblée, il n’y aura débat nulle part.

    Les sud-coréens et les japonais en viennent régulièrement aux mains dans leurs assemblées nationales (envoi de tasses de cafés à la figure, coups de poings, etc..); c’est souvent très spectaculaire; après tout, l’avenir de leurs enfants dépendent de leurs décisions, normal que les passions s’expriment…fortement 😉

  2. Kans

    Je suis plié de rire,surtout en lisant les citations, la deuxième notamment: “Nous ne sommes pas sérieux dans ce pays “.
    Par contre, je ne suis pas sur d’avoir bien lu le budget; tu peux le reécrire stp? Merci!

    You’re right Prési, merci. Une affaire de virgule j’ai pris le soin de déplacer. C’est plutôt 2301,4 milliards
    En parlant de virgule, ça me rappelle une histoire qu’il faut que je vous raconte un de ces 4
    TAMBA

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