Me Eta-Bessong Junior:”« Le bâtonnier joue le rôle d’un chef d’orchestre »

Me ETA-BESSONG Junior

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« Le bâtonnier joue le rôle d’un chef d’orchestre »

Les circonstances de son élection, ses rapports avec le bureau sorti, ses priorités, la condition de l’avocat au Cameroun etc. Le nouveau Bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun se confie au quotidien Le Messager, au lendemain de son élection

Quel est votre  sentiment  après cette élection ?

C’est un sentiment de joie qui m’anime. D’abord en tant que avocat, ensuite en tant que bâtonnier de l’ordre des avocats. Mais surtout de la façon dont ces élections se sont déroulées.

Après 3 jours de travaux, si on vous demandait de revenir sur les tractations de coulisses, l’ambiance. Est-ce au regard de tout ce qui s’est passé, il a été difficile pour vous de devenir bâtonnier ?

Je ne sais pas ce qui n’est pas difficile au monde. Tout est difficile. L’erreur serait de croire que tout peut être pris à la légère. Dans la vie, il faut faire des sacrifices, il faut penser positif pour atteindre ses fins. Je crois que c’est ce qui s’est passé.

Vous avez été soutenu de bout en bout par des jeunes avocats. Ceux qui sont entrés au barreau dans les années 90. Quelles stratégies avez-vous utilisées pour les convaincre de rallier votre cause?

Nous avons crée ce qu’on appelle « l’équipe pour le changement ». Les jeunes se sont approchés de moi et m’ont dit qu’ils aiment mon style et qu’ils voudraient que je dirige ce qu’ils ont appelés « Team for change ». Moi j’ai proposé qu’on passe le bâton aux jeunes. Que l’on sorte un peu de la monotonie dans laquelle nous vivons. Pour ce faire, il fallait qu’on les mette face à leurs responsabilités afin qu’ils sachent exactement ce qu’on attend d’eux. Je crois que c’est pour cela que les jeunes m’aiment. Il n’y a pas d’autres explications à donner.

Il y a comme un climat de frustration qui a prévalu pendant les élections. Comment avez-vous appréciez le fait que le bâtonnier sortant a jeté l’éponge?

Le bâtonnier sortant a posé tous ses actes en toute la liberté. Il a exprimé son opinion. Il a pris la résolution d’abandonner. J’estime qu’il n’y a aucun problème à cela. Il a été libre de poser cet acte.

Ne pensez pas que cela peut créer un problème dans le sens de l’implosion ou  des fissures au niveau du barreau ?

Pas du tout ! Parce qu’il est un avocat et le restera. S’il a jugé à un certain moment qu’il n’est plus prêt à poser sa candidature, cela ne veut pas dire qu’il n’est plus avocat. Quant aux relations entre lui et moi et même avec les autres avocats, elles restent sereines.

Vous avez travaillé avec lui pendant de longues années. Est-il prêt à vous rendre la tâche facile en vous léguant les clefs des grands chantiers en cours de réalisation qu’il a amorcés ?

Oui! Normalement, il y a dans notre univers d’avocats, ce que nous appelons la « continuité dans le service ». La passation de service entre lui et moi ne doit pas constituer un problème.

Sur quoi adossez-vous votre programme de travail ?

Je pense qu’il est un prématuré d’en parler déjà. C’est très tôt. Il faut savoir que le bâtonnier a ses compétences propres à côté desquelles, il y a celles du conseil de l’ordre. Il revient dont à ce dernier de statuer sur la question selon la loi et le règlement intérieur. De toute façon nous vous déroulerons notre programme le moment venu.

Vous êtes naturellement un vieux de la vieille. Et il y a au sein de votre corps de métier une gangrène qui n’est autre que la corruption. Quel regard portez-vous sur la corruption au sein des avocats ?

Je ne peux pas dire que la corruption ne gagne du terrain que dans le barreau. Elle sévit dans tous les secteurs d’activités. Mais en ce qui concerne les avocats, nous allons lutter avec la dernière énergie, pour l’enrayer de notre corps de métier. Être avocat, c’est avant tout être gentlemen, un homme respectable et respecté. Pour sauver cette image nous allons combattre cette gangrène par tous les moyens.

Comment réagissez-vous face à une certaine désorganisation du barreau qui est telle que des avocats vont en prison pour filouterie, escroquerie et mésintelligence ?

Avant d’être un avocat, on est d’abord homme. Tout homme a des forces et des faiblesses. Revenant à votre question, je ne peux naturellement pas être content de voir des avocats aller en prison. Un avocat ne doit pas poser des actes qui puissent ternir l’image de la profession qui est la sienne. Un avocat est un homme de vertu, un modèle de société. C’est tout simplement regrettable d’apprendre que pour quelques raisons que ce soit, des avocats se retrouvent dans les maisons d’arrêt.

Une bonne partie du conseil sortant a pratiquement claqué la porte de l’Ag. Comme si cela ne suffisait pas, des voix s’élèvent pour porter des accusations contre le bâtonnier sortant. Doit-on s’attendre à des représailles au cas où les malversations sont avérées ?

Il faut que je vous explique quelque chose. L’assemblée générale n’est pas convoquée par le bâtonnier mais plutôt par le président de l’assemblée générale. Ce qui s’est passé c’est que un avocat qui est tête de liste ainsi qu’un groupe d’avocats qui ont battu campagne de gauche à droite pour être élus au conseil de l’ordre, ont dit qu’il ne voulait plus continuer. A ce moment là, malgré le fait que ce soit un bâtonnier sortant qui a retiré sa candidature, cela ne veut pas dire que c’est le conseil de l’ordre qui a claqué la porte. Ce sont certains candidats et je ne vois pas où est le problème. Ils sont libres de tout.

Dans le registre des chefs d’accusation qui accablent les sortants,, on parle d’un terrain litigieux, on parle d’un soupçon de détournements d’argent. Allez-vous prendre en chasse ceux qui auraient mal utilisé les biens du barreau ?

Il ne revient pas à un nouveau bâtonnier de juger un ancien bâtonnier. C’est moralement suspect et indécent. Même de façon disciplinaire, les erreurs commises par un avocat quand il est président de l’assemblée générale des avocats, vice-président, bâtonnier ou membre du conseil de l’ordre ne peuvent pas être jugées par le conseil de l’ordre. Ce n’est non plus pour dire qu’on peut faire du n’importe quoi. Il y a des instances capables de trancher en pareil cas : le ministère de tutelle, le ministère public… Pour le moment, je n’ai aucun document sous les yeux pour confirmer l’hypothèse selon laquelle il y’aurait un terrain litigieux, des détournements… Attendons voir arriver l’avenir, la suite,  on verra.

Dans votre discours de remerciement adressés à vos pairs, vous preniez des engagements comme celui de ne pas mentir, de ne pas faillir, et surtout de ne pas vous représenter au cas où vous aurez failli. Avez-vous les moyens pour tenir vos engagements ? Si oui quels sont les moyens dont vous disposez ?

Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de parole. J’irai jusqu’au bout des promesses que j’ai faites. J’ai dit ce que je ferai une fois élu, je ferai ce que j’ai dit.

Comment entendez-vous vous impliquer dans l’organisation du concours permettant aux jeunes d’entrer dans le barreau ? Qu’en sera-t-il de l’application du Code de procédure pénale ?

Tous ces problèmes sont réglés par les textes. L’entrée en stage, l’examen de fin de stage, on n’aura qu’à suivre les textes. Parlant des examens, ils ne sont pas organisés par le barreau du Cameroun, mais le ministère de tutelle ; avec comme président du jury le bâtonnier de l’ordre. Le président du secrétariat est un des responsables du ministère. Le jury est composé d’un président qu’est le bâtonnier, 2 avocats, 2 magistrats de la cour suprême, 2 professeurs de la faculté de droit à l’université. Ce n’est pas une affaire du barreau ; même si nous pouvons demander à la tutelle d’organiser cet examen selon l’esprit de la loi. Elle dit que l’examen a lieu chaque année. Si le ministère a des difficultés à l’organiser nous ne pouvons rien faire. Ce n’est pas de notre faute. Nous allons plaider que soit organisé cet examen selon les textes, sans exercer des pressions.

Après votre élection, par quoi allez-vous commencer ?

Je vais commencer par mettre le barreau sur les rails. Nous devons tout mettre en œuvre pour faire avancer les choses. On ne place pas un wagon sur les rails pour qu’il reste éternellement. Il faut que tout bouge et qu’on ait le sentiment d’avancer en améliorant ce qui doit être fait. Nous devons si bien faire que demain, en quittant les affaires que nos successeurs sentent que nous avons fait mieux que les prédécesseurs.  Je voudrais que demain soit meilleur. J’ai un devoir d’améliorer les choses, de chercher les voies et moyens pour faire progresser ce qui existe. Il s’agit de voir comment les avocats sont à l’aise, contents. J’entends par là que chaque avocat gagne son pain quotidiennement. Mieux encore, je voudrais faire régner l’éthique et la déontologie. Le moment est venu pour que l’avocat soit un citoyen respecté et respectable. Il est temps également que l’avocat respecte les règles de son métier.

On a vu certaines personnes, candidats, claquer la porte du conseil. Est-ce que votre rôle sera aussi celui de rassembler, de ramener tout le monde dans le bateau?

Je rappelle encore que, il n’y a pas d’obligation pour un avocat à être candidat au conseil de l’ordre. On peut être candidat aujourd’hui et s’arrêter en chemin. Mais dans mon statut de bâtonnier, je dois tout faire pour mettre tous les avocats dans le même bateau. C’est un impératif pour moi. Le bâtonnier joue le rôle d’un chef d’orchestre. Il doit éviter la confusion des rythmes et le mélange des gammes. Il doit veiller à ce que chacun joue bien sa partition ; car il s’agit de mettre tout en musique. Le bâtonnier doit s’assurer que tout marche bien. Que chacun fait certes son boulot, mais dans le sens que l’on puisse avoir au bout du compte, la sérénité et une harmonie collective. En tant que bâtonnier, j’entends jouer pleinement ce rôle ; de même que je vais m’atteler à réunir tout le monde dans le même bateau.

Entretien mené par

Souley ONOHIOLO

et Edouard TAMBA

In Le Messager du 11-11-08

One thought on “Me Eta-Bessong Junior:”« Le bâtonnier joue le rôle d’un chef d’orchestre »

  1. Tchitchi

    Coucou Edou, un rapide coucou en passant. Je dois avouer que j’ai souri en lisant ” en 1985, moi-même j’étais rebelle” haha, je devais l’autre aussi…mais dans le ventre maternel!!!
    Allez, gros bisous.

    Tchitchi, version éclair…

    Hum, toi alors ma Tchitcho des bises… tu réussi à filer comme l’éclair malgré tes jambes en coton à Cotonou? Reviens vite 🙂
    TAMBA

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