Elections en marathon au Barreau du Cameroun

BARREAU

Le bureau sortant perd la première bataille

L’assemblée générale du Barreau des avocats du Cameroun s’est déroulée du 8 au 10 novembre 2008 à Yaoundé

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1- L’arc-en-ciel affronte le changement

Une faction de l’ordre des avocats tenait à en découdre avec le bureau sortant. Cela s’est transformé en une bataille entre « Team for change », et « Rainbow team ». Bien en a pris aux premiers. La « Team for change » n’a pas eu besoin d’en arriver aux élections des futurs conseillers pour battre la « Rainbow team », menée par bâtonnier sortant. Me Charles Tchoungang a jeté l’éponge aux premières lueurs du 9 novembre 2008. Un coup de théâtre pour les uns. Une évidence pour d’autres. Certains pensaient justement que le bâtonnier sortant connaissait suffisamment le terrain pour rester serein. Et qu’en plus, son bilan était éloquent. En face, on criait à qui veut l’entendre que Charles Tchoungang et ses lieutenants traînaient une flopé de casserole. Il faut remonter aux heures précédentes pour comprendre que le pouvoir allait changer de camp. Vendredi, 7 novembre 2008, veille de l’Assemblé générale, les différents états-majors sont réunis à Yaoundé. La Rainbow team et ses fidèles s’offrent un dîner dans les salons de l’hôtel Djeuga palace. En petit groupe, on échange à basse voix.

« Au niveau du barreau du Cameroun, actuellement, il faut être honnête pour avouer que la très grande majorité des avocats actuellement sont des jeunes qui ont prêté serment dans les années 90. Ils forment plus de 90% de barreau, mais jusqu’à présent, c’est surtout les anciens qui ont été élus au conseil de l’ordre », relève Me Takam, avocat à Yaoundé. « Il est donc question que les jeunes commencent à entrer au conseil de l’ordre. Mais le problème en terme de conflit de génération est mal posé. Il n’est pas question de dire aux anciens de dégager parce que c’est notre tour. Il est question que les jeunes entrent au conseil, aux côtés des anciens, pour acquérir l’expérience nécessaire. Nos aînés vont bientôt aller retraite », poursuit-il. Me Tchoungang fait son apparition peu après 21h. L’ambiance monte d’un cran. « Je suis serein », confie-t-il en vantant son bilan. Moins disert, son représentant dans la province du centre est du même avis. Selon Me Ayissi Atangana, « il n’y a rien à craindre ».

Bon nombres d’avocats de la jeune génération ne sont pas de cet avis. Ces derniers sont réunis dans un restaurant au quartier Bastos. « Si Me Tchoungang s’amuse, il n’aura même pas une place de conseiller », affirme un avocat qui souhaite garde l’anonymat. Celui-ci et quelques uns de ses confrères vont jusqu’à accuser l’équipe sortante de malversations financières. « Ils disent qu’ils ont acheté un terrain de 3000 m² à 115 millions ? Ce terrain n’a pas de titre foncier. C’est pour cette raison que le ministre la justice n’est pas aller inaugurer le début des travaux », entend-on. « On est d’autant plus serein que le bilan de ceux qui sortent joue en notre faveur. C’est un bilan inexistant. L’ancienne équipe avait fait un certain nombre de promesses, notamment une assurance collective pour les avocats. Ca n’a été mis sur pied. Acheter un terrain pour la construction du siège de l’ordre. Ce terrain n’a pas été acheté. S’occuper de la formation des jeunes avocats qui sortent depuis mai. Aucune instance n’a été mise en place pour les former conformément à la loi. Ils n’ont absolument rien fait pendant 30 mois. Vous avez entendu un membre du conseil sortant dire que en 30 mois, ils n’ont eu que sept sessions, au lieu de 30, parce que les sessions sont mensuelles », accuse Me Bissou candidat au conseil.

2- La Rainbow team vole en éclat

« On ne peut pas avoir des avocats, sans avoir un conseil de l’ordre propre. Nous espérons seulement que le vote va se dérouler dans de bonnes conditions, sans incident », ajoute-il. Le premier incident surviendra samedi aux environs de 12h. Le nouveau sous-préfet de Yaoundé II débarque au Palais des congrès. Il tient à faire arrêté l’assemblée générale parce que aucune déclaration de réunion n’a été déposée dans les services de l’administration territoriale. Mal lui en prend. Il est assailli par les avocats. Le « chef de terre » s’entent dire que ce n’est pas nécessaire pour une assemblée général du Barreau des avocats. Il apprend même que un peu comme le Parlement, ils peuvent, s’ils le veulent, l’informer. Les leçons de droit apprises par le sous-préfet semblent insuffisantes pour argumenter. Il capitule et quitte les lieux. Tractations et inscriptions sur les listes, se poursuivent. Ce n’est qu’à 16h45 que l’Ag débute. Le discours du bâtonnier sortant est boycotté par les uns, chahuter par d’autres. « Le voleur parle, le voleur parle », lancent ceux qui ont choisi de rester hors de la salle.

N’empêche, Me Tchougang fait le bilan de son mandat et arrache des applaudissements. Le trésorier, Me Achu Julius N. Tabe, présente ensuite son bilan. Les murmures vont de plus belle. « Ils disent avoir dépensé de l’argent pour le terrain, et le trésorier n’en parle pas dans son bilan », comment Me Eta-Bessong Junior. 21h. Arrive le moment d’élire le bureau de l’Ag. Cinq candidats se présentent. L’affaire va se jouer entre Me Assongwe, le président sortant, proche de la « Rainbow team », et Me Tiakouang Meli, partisan du « changement ». Evalués à près de 1400, les électeurs son nommément appelés à voter. La plupart des absents ont laissé des procurations. Le processus n’est pas très rapide. Certains s’endorment dans la salle. D’autres « tuent le temps » en buvant de la bière. Il faudra attendre 5h du matin pour avoir les premiers résultats. Me Tiakouang s’impose avec 121 voix favorables. Le bâtonnier sortant pense qu’il lui faut au moins 2/3 des voix pour être élu. « Faux ! » Lui rétorquent les autres en se fondant sur l’article 6 du règlement intérieur du Barreau.

Me Tchougang n’arrive pas à digérer les résultats. Il jette l’éponge et annonce que les candidats de son équipe feront de même. Ce qu’ils ne feront pas tous. Me Atangana Ayissi, Me Togue Michel etc. restent dans la course. L’Ag se poursuit. Le nouveau président prend les commandes. Le vote des 15 conseillers s’ouvre aux environs 7h. Ceux qui revendiquent une certaine expérience pensent que les jeux sont faits. « Puisque c’est francophone qui est président de l’Assemblée générale, c’est un anglophone qui sera bâtonnier », assure un avocat. C’est aux environs de 19h45 que les dépouillements dévoilent les 15 membres du conseil. 749 avocats ont voté, dont 86 bulletins nuls.

Edouard TAMBA

In Le Messager du 10-11-08

La liste des 15 conseillers par ordre de mérite

1- Abdoul Bagui (Yaoundé)

2- Kamga N. Laurette (Bafoussam)

3- Job Henri Pierre (Douala)

4- Eta-Bessong Junior (Buea)

5- Balemaken Eugène (Yaoundé)

6- Atangana-Bikouna Claire (Yaoundé)

7- Titanji Duga Ernest (Yaoundé)

8- Ngoulla Fotso Arelette (Douala)

9- Bissou Chrsitian Daniel (Yaoundé)

10-Tchatchouang Gustave (Yaoundé)

11-Billigha Joseph Claude (Douala)

12-Atangana Ayissi Michel (Yaoundé)

13-Kemende Henry Gamsey (Bamenda)

14-Penka Michel (Douala)

15-Nana Patyswit Viviane R.(Garoua)

One thought on “Elections en marathon au Barreau du Cameroun

  1. moussy louis

    nous avons toujours vu qu’au cameroun,lorsqu’on est arrivé dans un metir avant quelqu’un on croit detenir plus de sagesse et de conscience que ceux arrivé apres soit..ce qui est tres faux.il faut qu’on laisse la possibilité a tout le monde de s’exprimer et de pourvoir a tout poste,s’il en a les capacités.cessons de tuer nos talents sur la fallacieuse raison qu’il est jeune ou nouveau.seule compte compétence et la réalisation des promesses a un pourcentage raisonable.cessez de nous somnoler.c’est une victoire pour le barreau et aussi pour tout le cameroun.a vos elections,nous avons recu qq notion de changement et de democratie. felicitation

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