Dans l’intimité d’une réfugiée avec Lia Karavia

THEATRE

Les confidences d’une réfugiée

La pièce “ Réfugiée ” de Lea Karavia a été mise en scène par la Camerounaise Annie Tchawack. Le public de Yaoundé a eu la primeur de la représentation samedi 25 octobre 2008.

Vent glacial. Pluie. Grondement de tonnerre. Quelque part. Dans une rue probablement déserte. Une forme humaine subit ce temps de chien. Dans une position de fœtus, elle sanglote. Et ses larmes se mélangent aux eaux ruisselantes. C’est alors qu’elle tente de se lever. Impossible. Elle parvient tout de même à se traîner sur le sol. Un baluchon accroché à l’épaule. “ Je suis vivante. J’ai faim et j’ai soif ”, s’exclame cette dernière. Elle a les jambes endolories, et des pieds dans ses vielles bottes en cuir. Elle s’appelle Martha. La jeune femme, sinistrée, observe que les morts pourraient être dans une situation meilleure, car ils n’ont ni faim, ni soif, même pas froid. Mais sa conscience l’interpelle. Et les deux en arrivent à la conclusion qu’il vaut mieux être vivant. Là au moins, il y a de l’espoir. Cet espoir que ne connaissent pas les morts.
Cela ne suffit pourtant pas. Il faut affronter le jour qui se lève. Dans un monde qui lui est étranger. Elle est une réfugiée. “ Réfugiée ”, c’est aussi le titre de la pièce de théâtre à laquelle assiste le public du Centre culturel français de Yaoundé ce 25 octobre 2008. Une œuvre de la Grecque Lia Karavia mise en scène par Annie Tchawack. D’où vient cette malheureuse qui a du mal à communiquer avec son nouvel univers ? Probablement d’un pays du tiers-monde. Puisqu’elle compare la couleur verte observée sur un billet de banque, à la verdeur des forêts de son pays. Un pays qui selon elle n’existe plus.
Cela ressemble fort à un débat de sophistes. Mais Kareyce Motio Fotso, dans le rôle de Martha, estime que si le lieu de son pays existe physiquement, le pays en lui-même n’est plus. Et pour cause, les gens qui faisaient de ce pays ce qu’il est ne sont plus là. Elle ne sait pas où ils sont. Certains sont peut-être avec elle dans ce pays où elle ne connaît personne. D’autres seraient dans un camp de réfugiés. Pas question d’y aller. La jeune femme se le dit par un jeu de dialogue entre Manikine et Minikine. Deux marionnettes toujours en désaccord qu’elle transporte dans son baluchon. La même besace abrite aussi une raquette de ping-pong. La raquette de son petit frère qui rêvait de devenir champion du monde en déclassant les Chinois. Il est peut-être mort. Pas de doute en ce qui concerne sa mère. Elle a succombé à une crise d’asthme.
Et son père ? Elle n’a pu emporter de lui que des lunettes. “ Ses lunettes optiques ”, qui lui permettaient de passer du statut de paysan à celui d’intellectuel. Martha a aussi gardé cette écharpe de sa grand-mère. La réfugiée n’a pas eu le temps de goûter au meilleur et au pire du mariage. Juste le temps de se fiancer. Son jules est allé à la guerre. Elle garde jalousement son alliance dans un boîtier en forme de cœur. Le baluchon contient aussi un carnet d’adresse. Martha juge le document “ inutile ”, mais y tient plus que tous. Les personnes qui y sont mentionnées préparent peut-être son arrivée auprès de Dieu. Elle en profite pour chanter en “ Ghomala ”, une langue de l’Ouest du Cameroun. Priant Dieu de ne pas l’abandonner.
Ce n’est qu’au coucher du soleil qu’elle aura le loisir de manger. Ration de pain et d’eau. Ensuite il faudra dormir. En espérant qu’un agent ne viendra pas lui demander ses papiers… Et lorsque arrive le sommeil, s’achève la dure journée d’une réfugiée. Malgré les galères de cette dernière, le public a eu de quoi rire. Découvrant ainsi une chanteuse donnant son premier spectacle de théâtre. Pour le metteur en scène, l’adaptation “ un peu camerounisée ” n’a pas été compliquée parce que c’est un thème universel.

Par Edouard TAMBA

In Le Messager du 06-11-2008

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