Communication de crise et langue de bois

PRISE D’OTAGE AU LARGE DU CAMEROUN

Communication de crise et langue de bois

Rassurez-vous. Je ne me moque pas du malheur des autres. Mais je n’ai pas pu m’empécher de rire à la lecture de ce qui suit. Le gouvernement français donne un point de presse. La presse accoure, multiplie les questions et y répondent finalement. Car le type d’en face est rompu aux techniques de la langue de bois. De bout en bout, il ne dit rien d’autre que ce que ses supérieurs l’ont autorisé à dire.

point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et répondu aux questions suivantes :

ATTAQUE D’UN NAVIRE FRANCAIS DANS LES EAUX DU CAMEROUN

“Le ministère des Affaires étrangères et européennes confirme l’attaque d’un navire français par des individus armés dans les eaux camerounaises ce jour. Dix des quinze membres d’équipage dont six ressortissants français sont retenus en otage.
Le ministère des Affaires étrangères et européennes se mobilise à Paris ainsi qu’au Cameroun à Yaoundé et à Douala pour travailler à leur libération dans les délais les plus brefs.
M. Bernard Kouchner a demandé que soit immédiatement activé le Centre de Crise du ministère.
Le Centre de crise et le consulat général de France à Douala sont en contact étroit avec l’entreprise employant nos ressortissants et avec leurs familles.
Le ministère des Affaires étrangères et européennes rappelle qu’en la matière la discrétion est indispensable à l’efficacité de l’action et à la sécurité des otages.”

Est-ce que vous pouvez nous donner des informations supplémentaires ? Est-ce qu’on sait qui sont les ravisseurs ? Est-ce qu’on a l’identité des otages français ?

Nous connaissons l’identité des ressortissants français mais naturellement nous ne la communiquerons pas pour des raisons de discrétion et pour préserver l’efficacité de notre action dans ce type de situation. Nous ne révélons jamais l’identité des personnes qui sont retenues. Nous connaissons leur identité et nous sommes en étroite liaison avec l’armateur du bateau ainsi qu’avec les familles.

Pourquoi ces Français ont-ils été enlevés ? Avez-vous plus de détails sur les circonstances de leur enlèvement et quelles étaient leurs activités au moment où ils ont été enlevés ?
Je ne peux pas vous donner d’éléments supplémentaires sur les conditions de cette attaque et sur ce que faisaient nos compatriotes sur ce bateau.
Vous savez que sur les affaires concernant des otages, nous avons l’habitude d’être d’une extrême discrétion parce que c’est une des conditions de l’efficacité de notre action pour obtenir leur libération.
Il y a plusieurs options dans ce genre de situation, mais d’abord il faut bien comprendre ce qui se passe ; il faut savoir de qui il s’agit – je parle évidemment des ravisseurs.

Est-ce que l’on connaît l’identité des ravisseurs ?
Nous avons des idées assez précises sur les personnes qui ont commis cette attaque et les raisons de cette attaque. Nous sommes en train d’éclaircir l’ensemble des ces points en liaison avec notre ambassade et notre consulat général.

Ils viennent du Cameroun ou du Nigeria selon vos informations ?
Je ne souhaite pas vous donner d’éléments plus précis.

Il y a un groupe qui s’appelle les Bakassi freedom fighters qui vient de revendiquer cet enlèvement. Il donne à la France 3 jours pour convaincre le gouvernement du Cameroun de négocier avec eux faute de quoi ils menacent de tuer les otages ? Quelle est votre réaction ?

Nous avons pris connaissance de cette revendication, nous sommes en train d’en vérifier l’authenticité. Nous mettons tout en oeuvre pour préserver la sécurité de nos ressortissants et obtenir leur libération dans les délais les plus brefs.

A-t-on une idée de l’identité des ravisseurs ?
Nous sommes en train d’y travailler.

S’agit-il du Front de libération du delta du Niger ?
Il y a des options de cette nature mais nous devons en vérifier l’authenticité.
Dans ces situations – comme vous le savez – on ne peut donner beaucoup de précisions. Les services de l’Etat sont mobilisés, l’ensemble des services concernés, le ministère des Affaires étrangères et européennes en premier lieu.
Je ne vais pas vous en dire plus parce qu’on ne peut pas donner de détail sur la situation sur place.

Il s’agit encore d’un acte de piraterie maritime. Qu’est-ce que fait la France contre la piraterie ?
Vous savez qu’il y a un dispositif qui a été mis en place par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour ce qui concerne les côtes au large de la Somalie (résolution 1816), à l’initiative notamment de la France et qui prévoit parmi d’autres mesures, un droit de suite de la haute mer vers les eaux territoriales somaliennes en cas de flagrant délit ce que ne permettait pas jusque là le droit de la mer.
Nous ne sommes pas tout à fait dans le même type de situation que dans le golfe d’Aden mais nous regardons très précisément ce qu’il est possible de faire conformément au droit international applicable. Je ne peux pas vous donner plus de précisions.

Les otages auraient été menacés de mort, pouvez-vous nous en dire plus ?
Je viens de vous dire que non. Ce genre de situation est vraiment trop sérieuse, non pas pour répondre à la presse, mais pour donner des informations précises à ce stade, alors que les services de l’Etat se mobilisent pour obtenir la libération de nos compatriotes.
Il en va de la sécurité des personnes concernées. Je comprends que vous ayez envie de poser des questions et que vous les posiez d’ailleurs, mais il vous faut aussi comprendre que notre préoccupation est avant tout de s’assurer de la sécurité des personnes.
Dans ces situations-là, la discrétion est la plus importante.

Mais nous voulions simplement entendre votre position…

Vous savez quelle est notre position sur le sujet. Notre position constante est que, moins nous donnons de précisions, mieux c’est, notamment dans les premiers moments de ce type de situation.

Concrètement, sont-ils à bord d’un bateau ? Pouvez-vous nous décrire un peu la scène ?
Pour des raisons de sécurité, nous considérons vraiment qu’à ce stade, nous ne pouvons pas donner de détails.
Comme dans les précédentes affaires de piraterie intervenues depuis le début de cette année, celles-ci n’ont pu être résolues que grâce à la discrétion ayant entouré la situation.
Je suis vraiment désolé mais pour nous, c’est absolument impératif.

Cela me rappelle un certain Augustin Kontchou Kouomegni. Emérite juriste, mais surtout ex ministre de la communication, porte parole du gouvernement durant les années de braises au Cameroun. Une époque où il fallait communiquer. Pour ne rien dire. Juste pour occuper l’espace. Et donner l’impression qu’on se bouge, ou alors créer la diversion.

Édouard TAMBA

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