Pr. François Tsobnang: Aux pointes de la technologie

Pr. François TSOBNANG

Aux pointes de la technologie

Les automobilistes en général sont loin de l’imaginer. Mais il est avéré que les réservoirs à métaux de leurs véhicules laissent échapper du carburant. “Cela n’a pas d’incidence sur le porte-monnaie, mais ces fuites sont un problème sérieux pour l’environnement“, observe Pr. François Tsobnang, physicien camerounais résidant en France. L’impact de ces fuites est tellement néfaste que l’Organisation mondiale pour la Santé (Oms) a dû inviter les constructeurs automobiles à y remédier. D’où la dotation de nouveaux véhicules en réservoir étanche. Le scientifique a participé à l’élaboration de ce type de nouveau matériau, garantissant l’imperméabilité, même aux gaz. Alliages légers, polymères nanocomposites et matériaux magnétiques sont ses domaines de compétence. Et les nouveaux réservoirs appartiennent justement à la seconde catégorie. Quant aux alliages légers, “ils sont aujourd’hui recherchés pour la réduction de l’énergie dans les domaines de l’automobile, ferroviaire, aéronautique…“, explique-t-il. Pour ce qui est de la troisième catégorie, “nous avons inventé les matériaux moléculaires magnétiques. C’est un challenge important“, relève Pr. Tsobnang. La trouvaille en question a amélioré les performances des tickets de métro et des cartes de distributeurs automatique. Elle peut aussi servir de revêtement pour rendre certains corps furtifs, de sorte qu’ils soient indétectables par les radars.

Ce dernier est actuellement enseignant chercheur à l’Institut de supérieur des matériaux et mécaniques avancés du Mans (Ismans) depuis 1996. Il y occupe aussi les fonctions de directeur adjoint en charge de l’international et des relations industrielles, après avoir été directeur scientifique et directeur de la recherche. Dans leur laboratoire, il dit travailler à “comprendre les propriétés des nouveaux matériaux; comment relier leurs caractéristiques microscopiques, répondre à des besoins industriels et acquérir des propriétés intellectuelles“. Ainsi, “nous pouvons prendre de l’avance sur les matériaux qui existent aujourd’hui“, projette-t-il. C’est dans cet objectif qu’il a travaillé au laboratoire de Alcatel-Alstom en 1991 avec d’autres chercheurs. Ils y auraient mis au point des composants optoélectroniques qui ne seront pas disponibles avant… 2020. L’enseignant chercheur occupe aussi les fonctions de responsable du groupe Afrique dans la Conférence des grandes écoles en France, et vice-président du Consortium Euro graduation access (Eg@); un ensemble d’écoles supérieures créé en 2003. “L’idée a germé dans un contexte spécifique. La dimension internationale devient un critère d’évaluation des écoles d’ingénieurs; la recherche de haut niveau exige la coopération. Soit on a ses moyens propres, soit on développe des partenariats conduisant à la mutualisation des moyens et des compétences“, explique-t-il.

Eg@, prône la mutualisation, et s’est ouverte aux écoles chinoises, indiennes, canadiennes, russes, burkinabés… C’est à l’occasion d’une conférence organisée par ce consortinum à l’Ecole nationale supérieure polytechnique (Ensp) les 10 et 11 septembre dernier, que le Pr. Tsobnang était au Cameroun. Pays qu’il a quitté après une maîtrise en science physique à l’Université de Yaoundé en 1986. C’est d’abord à l’Enset de Cachan, près de Paris, qu’il dépose ses valises, le temps d’obtenir un Diplôme d’étude approfondie en Production automatisée. Puis il décroche un doctorat en physique du solide, et plus tard une habilitation à diriger les recherches à l’Université d’Orsay. Aujourd’hui, “je suis Camerounais, j’ai un passeport français“, dit-il. Le racisme, il en sait quelque chose. Mais, “j’ai appris à faire comme si ça n’existait pas. Parce que si vous pleurnichez, le raciste gagne deux fois“, pense-t-il, tout en se réjouissant qu'”il n’y a pas que des racistes“. Ce qui lui a permis de gravir des échelons dans la société française. Il attribue cela au travail, et à des “facteurs subjectifs” tels que “rencontrer les bonnes personnes aux bons moments“.

Le scientifique en est visiblement satisfait. Pour lui, il n’y pas mieux que “faire ce que vous aimez, et trouver une organisation qui vous paie pour faire ce que vous aimez faire“. Surtout qu’il trouve du temps à consacrer à sa famille. A 46 ans, le physicien de haut vol est marié et père de trois enfants. Ses racines africaines l’amènent à se réjouir de “l’émergence en Afrique de grands projets à l’instar de l’Université africaine des sciences et technologies“; ou encore l’idée d’une zone franche universitaire au Cameroun émise par le directeur de l’Ensp. Pour lui, le salut de l’Afrique est dans la coopération, et non la solidarité. Il est important que tout le monde s’implique car “la recherche est une affaire trop importante pour être confiée aux chercheurs tous seuls“, conclut-il en paraphrasant Georges Clémenceau.

Edouard TAMBA

In Le Messager du 22-10-08


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