A la découverte de Ngoro 3e partie

MISERE

Ngoro, arrondissement du sous-développement

Eau, électricité, santé, téléphonie, marché, résultats scolaires etc., l’arrondissement de Ngoro souffre d’un manque criard d’infrastructures et de services de base

1- L’eau et l’électricité manquent, l’hôpital sans médecin

Route défoncée, boueuse en saison de pluie, cahoteuse en saison sèche… Le développement de Ngoro est à l’image de la route qui y mène. Cet arrondissement du Mbam et Kim souffre de l’absence de tous les services de base. Il ne faut surtout pas se fier aux sonorités que crachent les haut-parleurs des bars au centre de la ville ( ?). Tous tirent leur énergie électrique des groupes électrogènes. Et pour cause, le réseau de Aes Sonel s’arrête à Bafia. Du coup, les moins nantis se débrouillent à l’aide des bougies et autres lampes à pétrole. C’est quand se pointe la soif qu’apparaît l’autre problème, l’eau potable. La question de l’eau se pose aussi avec acuité à Ngoro. Quelques bornes-fontaines parsèment l’arrondissement. Fruits des accords entre l’ancien exécutif communal et la Cellule d’appui et de formation (Cafor).

Il en sort une eau de couleur blanchâtre. Presque identique au liquide issu des puits creusés dans le sol argileux de la contrée. Les onze mille âmes de Ngoro n’ont pas le choix. Cette eau colorée, et odorante leur sert de boisson quotidienne, en plus de servir pour la lessive, la vaisselle et la toilette corporelle. Ce qui les expose à diverses maladies et infections. Mais il se trouve que « le centre de santé de Ngoro n’a pas de médecin depuis sept ans déjà », observe un natif du coin. Au-delà des maladies d’origine hydrique, il est difficile de faire soigner les autres problèmes de santé. « Nous avons évacué à nos frais deux femmes qui étaient en situation d’accouchement difficile à Bafia. Parce que nous n’avons pas de médecin », raconte le magistrat municipal de Ngoro, Kouta Faustin. « Ces évacuations ne sont pas faciles hein, parce que parfois on arrive au bord du Mbam et le bac est en panne », renchérit un autre natif de Ngoro.

« Nous sommes à 32 Km de Bafia, mais, les populations de Ngoro meurent tous les jours à cause de ce manque de médecin. Le médecin ne traite pas la mort, mais il peut, tout au moins, assister ses malades sur les plans psychologique et médical », observe le maire. Il dit avoir « engagé des démarches auprès du préfet. J’ai écrit directement au ministre de la Santé… Mais nous restons sans réponse. Pourtant, il y a des structures médicales dans la province du Centre qui comptent plus de six médecins qui ne font rien. Parallèlement à cela, je crois que d’autres élites ont initié des démarches similaires. Le gouverneur nous a fait des promesses dans ce sens. Vous vous imaginez, des malades sont parfois obligés d’aller à Obala pour consulter un médecin qui a travaillé ici à l’époque », relève-t-il.

2- Néant s’invite au baccalauréat

Les difficultés s’étendent aussi à d’autres domaines. Un seul opérateur de téléphonie mobile arrose la zone, mais les téléphones doivent en plus être munis d’antennes supplémentaires. A Ngoro, pas l’ombre d’un marché, encore d’une banque ou un quelconque établissement de finance. « On va à Yaoundé toucher nos salaires », confie un enseignant du lycée. Les performances de la première promotion de candidats au baccalauréat de ce lycée resteront dans les annales. Cinq candidats présentés, zéro pointé en réussite. « Les résultats on seulement été mauvais pour le bac, c’était notre première cuvée », relativise le proviseur, Abena Emmanuel. 41 candidats sur 65 ont été admis au Bepc, contre  13 sur 29 au probatoire. « On a quand même forcé pour avoir un enseignant de philosophie. Il n’y avait pas de prof d’allemand et d’espagnol », relève le proviseur. Et d’ajouter que « ces enfants [élèves de terminales, ndlr], n’avaient pas de salles de classe. J’ai dû les loger dans les bureaux du censeur, puisque nous n’avons pas de censeur ».

Les élèves des autres classes ont aussi souffert de l’absence des professeurs d’anglais, d’espagnol, d’allemand de sciences de la vie et de la terre etc. Un enseignant de mathématiques et un autre de français ont dû se taper toutes les classes. Alors que le seul professeur de sciences physiques affecté n’a jamais rejoint son poste. « Nous avons fait recours à 8 à 10 vacataires. Ca coûte extrêmement cher à l’Association des parents d’élèves, environ 10 000 Fcfa par élève. On leur demande désormais 12 500 Fcfa », révèle Emmanuel Abena. A cela s’ajoute le problème des infrastructures. « Nous sommes parfois obligés d’utiliser le système des classes volantes, c’est vraiment pénible », se plaint-il. Sans omettre de soulever les difficultés qu’ont les filles à suivre leurs études à cause des mentalités, et de l’appât du gain vers les exploitants forestiers.

Edouard TAMBA

Envoyé spécial à Ngoro

3- INTERVIEW –  KOUTA FAUSTIN

« Les agents avaient 7 mois d’arriérés de salaire à mon arrivée »

Le maire de Ngoro revient sur les difficultés de sa municipalité et les actions menées pour lutter contre la misère des populations

Que fait la mairie pou remédier au développement de Ngoro ?

Par nature, la mairie de Ngoro n’est pas aussi nantie que les autres. Mon prédécesseur autant que moi avons des problèmes de ressources financières. Au moment où je reçois la mairie, elle cumule des arriérés de sept mois de salaire. Cette mairie n’a que les centimes additionnels communaux comme revenus. Et Ngoro est pratiquement dernière par rapport aux autres qui perçoivent 30 à 40 millions, elle n’en reçoit que 4 millions à peine. Depuis bientôt 10 ans, les forêts ne produisent plus de redevances au profit de la commune. Mon prédécesseur a initié quelques projets, mais il a été limité par le manque de moyens. Tout ce qu’il a pu faire c’est d’engager avec l’aide de la Cellule d’appui et de formation (Cafor), la dotation de quelques villages en points d’eau. Comme vous le savez, l’eau potable est un problème crucial à Ngoro. Et jusque là il n’a pas pu mener son projet à terme. Malheureusement, la Cafor, parce que paraît-il, nous leur devons encore 6 millions de Fcfa, ne peut plus revenir avant qu’on ai réglé cette ardoise.

Qu’est-ce qui explique un tel passif alors que les fruits de la redevance ne sont pas perceptibles à Ngoro ?

Je ne vais pas répondre à la place de celui qui a géré les redevances forestières. Toujours est-il qu’il y en a eu. A l’époque, il y avait jusqu’à douze sociétés forestières à Ngoro. De ces 12 entreprises, une seule, spécialisée dans la transformation du bois est restée, tout son bois lui vient de Ngambe-Tikar. Hors mis le paiement des salaires, il n’y a rien de très concret à Ngoro qui puisse montrer que la redevance forestière est passée par là. Mais je ne voudrais pas juger mes prédécesseurs, parce que le même sort m’attend.

Près d’un an après votre prise de fonction, que faites vous concrètement pour remédier à la situation ?

La méthode que j’applique à la mairie est certes rigoureuse, elle est mal appréciée par certains agents communaux et contribuables. Depuis deux trimestres, certains commence à comprendre et viennent eux même payer. Cela nous a permis de résoudre la question des arriérés de salaire. Quatre mois ont été payés sur les sept mois du passif de l’ancien exécutif. Depuis que je suis là, nous n’avons pas d’arriérés de salaires. Il y a aussi le problème des coupeurs frauduleux de bois dans les forêts, mais nous n’avons pas les moyens de les traquer.

Sur le plan social, nous venons d’organiser avec les Américains une campagne d’opérations chirurgicales. Une trentaine de personnes ont été opérées gratuitement, aux frais de la marie et du chef de Yassem qui est cadre à la Beac à Limbe. 3 à 4 millions ont été investis dans une opération de distribution de prix (livres et fournitures scolaires) aux meilleurs élèves de l’arrondissement. On n’a pas de moyens pour construire de grandes écoles ou des routes, mais il a recruté plus de 5 maîtres que nous payons à nos frais, dans les écoles ; notamment à Nyafianga et Massassa. Nous allons encore en recruter en fonction de nos moyens.

Entretien avec par

Edouard TAMBA

A Ngoro

In Le Messager du 07-10-08

2 thoughts on “A la découverte de Ngoro 3e partie

  1. Nino

    Merci Edouard,

    Maintenant, on sait tout sur Ngoro, comme ville clé.
    ça me fait penser aux villages des states où les candidats se battaient à mort pour arracher la victoire.

    Ngoro sera un jour une ville clé dans la course au cube d’Etoudi.

  2. hilaire kouakou

    J’ai lu avec attention ton reportage et suis profondément peiné, car la situation est comparable à d’autres ici en côte d’ivoire.Le constat est que nos décideurs , ont tous la même attitude, penser à la capitale et à ceux qui y sont , les populations de nos campagnes qu’ils sollicitent lors des élections ne comptent que pour du beurre et je dirai , du mauvais beurre.

Leave a Reply