13 employés de Socucam asphyxiés par un herbicide

INTOXICATION

13 employés de Socucam asphyxiés par un herbicide

Durant une opération d’épandage par avion vendredi dernier, des ouvriers ont inhalé un produit toxique. Transportées dans un centre hospitalier, les victimes se plaignent des mauvaises conditions de leur prise en charge.

Quelques semaines après une grève de son personnel, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) fait de nouveau parler d’elle. Tristement. Treize ouvriers ont été internés à l’hôpital de l’entreprise à Mbandjock depuis le 26 septembre 2008, jusqu’à l’après-midi d’hier. Ils y recevaient des soins suites à une intoxication provoquée par un herbicide, largué dans les champs de canne à sucre à partir d’un avion. « Nous sommes sortis de l’hôpital tout à l’heure sur déclaration du médecin-chef », annonce une victime. A l’écouter, les symptômes persistent. « Nous avons des douleurs aux poumons, au cœur, aux intestins, à la tête, et certains ont des problèmes de vue », confie la victime dans une voix chevrotante. A en croire ses déclarations, ses collègues et lui n’ont pas reçu de soins adéquats. « Ils nous ont donné le paracétamol, la quinine et la gélucine. Nous n’avons subi aucun examen médical », précise la source.
Selon les témoignages recueillis sur les lieux, le drame survient dans la matinée du vendredi 26 septembre. Des ouvriers de Sosucam s’emploient dans une des plantations de l’entreprise, précisément la parcelle Kombo III-1 de Mbandjock. « Avant de procéder à l’épandage [opération consistant à répandre un produit pour fertiliser le sol, ndlr], le pilote a volé en basse altitude pour observer la zone de travail. Les cannes étaient suffisamment basses pour qu’il remarque la présence des ouvriers. Quand il est revenu pour un troisième tour, il a commencé à éparpiller le produit, jusqu’à deux fois », raconte une autre source ayant requis l’anonymat. Treize ouvriers ont été intoxiqués par le produit. Un herbicide obtenu après le mélange des produits ayant pour noms commerciaux : « Storm », « Alligator », « Gazoline ». « Deux d’entre eux se sont évanouis sur le champs », poursuit notre source. Une fois transférés à l’hôpital, un problème de qualité des soins se serait posé. « Deux cas se sont aggravés dimanche, 28 septembre. Ils ont reçu la visite des délégués du personnel », apprend-on. « C’est lundi que le médecin-chef est arrivé. Il a blâmé les infirmiers de ne l’avoir pas appelé plus tôt, et d’avoir traité les cas avec légèreté », se souvient notre source.
Entre temps, certains responsables ont tenté d’étouffer l’affaire en faisant des rapports erronés à la hiérarchie. C’est curieusement un délégué du personnel, en la personne de Engonga Luther, « qui a fait la déclaration de l’accident ». En lieu et place des responsables de l’entreprise sucrière. Le président directeur général, Louis Yinda, était hors du pays lors de l’incident. C’est par conséquent, le directeur général délégué, Jérôme Harel, qui a dû gérer la situation. Après avoir été saisi par les délégués du personnel. Selon nos sources, «il s’est rendu à l’hôpital lundi à midi. Le médecin-chef l’a rassuré que les victimes étaient hors de tout danger ». Il s’en est donc retourné sans rencontrer les malades. C’est ensuite que le chef du bureau hospitalisation a décidé de faire sortir les victimes de l’hôpital en leur accordant trois jours de repos médical.
Une décision contestée par les malades et leurs proches. Les treize victimes ont adressé une requête au directeur général délégué, par les soins des délégués du personnel. De ce fait, l’hospitalisation s’est prolongée jusqu’à hier. Le Comité hygiène et sécurité au travail, présidé par Dr Zambo Jean Bertholo le médecin-chef de l’entreprise, s’est réuni pour établir les circonstances de l’incident. Joint au téléphone, le directeur des ressources humaines de Sosucam est étonné. « Vous m’apprenez des choses hein ! Je ne sais pas s’il y a eu un incident, je ne sais pas vraiment. Il faut peut-être adresser un courrier à la direction général », lâche-t-il.
Quoi qu’il en soit, le commissariat spécial de la ville s’est déjà saisi de l’affaire. Le directeur des cultures de Sosucam, Foyen Foyen Dieudonné, et le chef du service de l’entretien, Menam Davy, se sont vus servir des convocations par le commissaire Dissaka. D’autres responsables et le pilote de l’avion, un Français travaillant en sous-traitance avec Sosucam,  pourront être entendu à leur tour.

La liste des victimes

1- Ajah Mba Mathias Matricule 63 430
2- Ndang Samuel Mat. 54 650
3- Eyango Camille Mat. 63 614
4- Obama Owana Georges Mat. 58 155
5- Meto Léocadie Mat 63 337
6- Mbouhezier Rosalie Mat. 63 668
7- Aba Essama Trifo Mat 63 688
8- Bessala Nkonda Mat. 63 608
9- Ndengue Brigitte Mat. 63 550
10- Douman Nadège Mat. 63 676
11- Eto’o Bekono Mat. 63 717
12- Eyenga Ndouma Marie Mat. 63 680
13- Amadou Aoudou Mat. 63 802

Par Edouard TAMBA
In Le Messager du 03-10-2008

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