Suspension des Bts à l’Esstic: l’éclairage du recteur de l’université de Yaoundé II

Chers lecteurs, Je vous propose ici une interview réalisé par mon collègue Souley ONOHIOLO, grand reporter au quotidien Le Messager-Yaoundé. Le recteur de l’université de Yaoundé II, Jean TAbi Manga, s’exprime sur la suspension de l’admission des titulaires de Brevet de technicien supérieur en communication (Journalisme et communication d’entreprise)

JEAN TABI MANGA

“Nous allons nous rapprocher des directeurs des organes de presse”

Le recteur de l’Université de Yaoundé II apporte un éclairage sur la suspension pour une période d’un an du recrutement des titulaires du Bts en 3ème année de licence professionnelle et propose des pistes de solution.

Trois ans après l’expérimentation de la licence professionnelle à l’Esstic, la mayonnaise ne prend toujours pas ?
La décision de créer les filières professionnelles procède d’un conseil d’université, au cours duquel, il a été décidé de créer les filières professionnelles. L’une des recommandations fortes était telle que, ne rentrent dans des filières professionnelles et de Dess que des gens qui sont en situation d’emploi. L’occasion leur était ainsi donnée de venir conforter leur capacité professionnelle. Les Dess ont été ouverts dans ce sens-là. Elles fonctionnent d’une manière remarquable. Des étudiants ont souhaité intégrer ces formations. Le conseil de l’université avait émis les réserves de ne pouvoir les recevoir tous, parce qu’ils sont étudiants et ne sont pas en situation d’emploi. Mais face à la demande et sachant que ladite formation prépare aussi à l’emploi, le conseil a décidé d’accorder le 1/5 de places aux étudiants. C’est eux qui payent 50 000Fcfa ; parce que ces filières sont avant tout réservées à ceux qui travaillent. Sur le plan pratique, les responsables de l’Esstic se sont contentés d’admettre même les étudiants qui sortent des bancs, alors qu’ils n’avaient jamais été professionnels, qu’ils n’avaient jamais exercé.

Qu’est ce qui n’a pas marché dans le système et qui justifie la suspension ?

Il y a eu, à un moment donné, des mécontentements suivis de quelques mouvements d’humeur. Des étudiants de l’Esstic ne comprennent pas pourquoi, eux qui ont fait le concours pour entrer en 1ère année de l’Esstic et qui arrivent en 3ème année par l’évolution normale, doivent bénéficier des mêmes enseignements que des titulaires de Bts sortant des institutions d’enseignement supérieur privé et ayant échoué à ce concours. Ils pensent que c’est une passerelle rapide et gratuite qui dégage une forte odeur de marchandisation. A les en croire, c’est parce que l’établissement et l’université veulent à tout prix les 600.000Fcfa que viennent payer les titulaires de Bts qu’ils sont admis. A cela s’ajoute un vent de contestation sur les droits universitaires que certains étudiants trouvent très élevés. Elle est profondément alimentée par un déficit au niveau de curricula professionnels. A Douala ou ailleurs, on ne conteste pas ces droits universitaires. S’il y a contestation à l’Esstic, c’est à cause du sentiment que la formation ne correspond pas au montant payé.

Il y a des enseignants qui pensent que les enseignements en Bts ne sont plus ceux qu’ils étaient avant. Y a-t-il un problème au niveau des enseignements que reçoivent les étudiants du Bts ?
Le contenu des enseignements dispensés dans les institutions privées pose également des problèmes. C’est pour cela que les assises de novembre sur les programmes, vont permettre de revoir tout cela. Nous sommes en relation de coopération avec l’Institut Samba, en relation de tutelle avec l’Institut Siantou supérieur. Nous allons nous rapprocher d’eux pour voir quels sont exactement leurs programmes, le profil des enseignants. Nous allons critiquer cela éventuellement de manière à ce que nous soyons sûrs que ces programmes sont de haute facture et de bonne qualité. Dans tous les cas, nous doutons fort que les titulaires du Bts puissent entrer directement en 3ème année pour les rentrées académiques à venir. On pourrait faire comme c’est le cas dans toutes les autres grandes écoles ; en sollicitant des étudiants qui frappent à la porte d’entrée à l’Esstic, la présentation de l’autorisation de leur employeur. Celui-ci devrait se porter garant soit de payer ou de motiver la décision qu’il y a pour l’étudiant de continuer des études de ce niveau. Les employeurs devraient éventuellement dire ce que ces études vont rapporter en terme professionnel à la maison de presse écrite, à la maison d’édition ou à l’entreprise de l’audiovisuel. Cette démarche permettra à l’université d’être sûre de répondre à l’attente professionnelle. Ce serait aussi un moyen de se convaincre qu’on envoie sur le terrain de l’emploi, des produits de bonne qualité. Nous allons nous rapprocher des directeurs des organes de presse pendant les assises des programmes, de manière à savoir ce qui leur faut. La réponse à cette question permettra de bâtir un curriculum conforme à leurs attentes.

D’ici après le mois de novembre, comment entrevoyez-vous la réhabilitation de l’admission des titulaires du Bts à l’Esstic ?
Nous ne savons pas encore ce que seront les décisions des instances. Mais il y a avant tout le cadre de réflexion et les conditions que nous allons mettre en place. Il est possible que soient proposées au ministre de l’Enseignement supérieur les modalités précises d’intégration des titulaires du Bts au niveau de l’Esstic. A quel niveau vont-elles être acceptées ? Seuls les débats décideront. Quant aux contenus des programmes, il faut attendre le résultat des débats au sein des commissions. Nous avons besoin d’une année de réflexion au terme de laquelle, l’on sera fixé. C’est au terme de ce travail et par rapport à une visibilité certaine que le ministre jugera de la pertinence et des conditions d’admission. Est-ce que cela se fera à travers un concours écrit ou sur étude du dossier ? On trouvera la solution qui soit la plus juste possible pour les étudiants et la plus honorable pour l’institution.

Interview réalisée par Souley ONOHIOLO
In Le Messager du 26-09-2008

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