Les non-dits des émeutes d’Abong-Mbang

Coulisse d’Abong-Mbang


Ce qui reste de la préfecture

Ce qui reste de la préfecture

Comme des guérilleros

Les meneurs du mouvement d’humeur à Abong-Mbang n’ont pas fait dans la dentelle. Charbon de bois et autres colorants leurs ont permis de se faire des peintures de guerre sur le visage. A défaut des casques de combat, ils portaient des casseroles et récipients en émail. Du coup, « on ne pouvait pas les identifier », se défendent les chefs d’établissements. On affirme qu’en plus, ils étaient équipés de machettes et gourdins.

Un policier amoché
Le bilan des affrontements du 17 septembre 2007, est connu côté manifestants. Deux morts et onze blessés. La douleur est tellement forte qu’on a oublié une victime. Un policier. Il serait sérieusement amoché selon des témoignages. La faute à quelques manifestants habiles au lancé des pierres. Le médecin chef de l’hôpital de district dit n’avoir pas de précision sur ce cas. Le flic blessé a été évacué vers Bertoua pour y recevoir des soins.

Patrimoine en cendre

Les archives du Haut-Nyong en fumée

Les archives du Haut-Nyong en fumée

Abong-Mbang a perdu ses fils. Mais aussi sa mémoire. Presque tous les documents de la préfecture ont été réduits en cendre. Le reste est versé sur la cour, à la merci de la pluie. Selon le maître des lieux, « il y avait des archives datant de 1930 ». A côté de ces papiers, les bâtiments constituant le patrimoine historico-touristique sont carbonisés. En attendant la réfection, il a été demandé au maire de trouver un local pouvant abriter les services de la préfecture. Car selon le gouverneur de l’Est, Abakar Ahamat, même si la préfecture est brûlée, « la préfecture est debout » et doit fonctionner.

Deux cochons rescapés

Le courroux des manifestants les a conduit à mettre le feu au domicile du préfet. Une aubaine pour quelques uns de procéder au pillage de la résidence préfectorale. Ce feu n’a en fait brûlé que ce qu’ils ne pouvaient emportés. C’est-à-dire, les murs, les meubles, certains appareils, et la Toyota Carina II « presque neuve », dit-on ici. Ils ont vidé les bouteilles de vins et liqueurs de la cambuse vers leurs gorges. Puis chèvres, poules et autres animaux d’élevage ont été emportés. Seuls deux cochons ont échappé à la furie des flammes. Ils flânent dans la cour. Sous le regard hagard de quatre gendarmes, commis pour veiller sur les restes.

Les manifestants atteints de berlue ?
Le préfet du Haut-Nyong Essama Sylvestre a tenu « des propos surprenants » selon des témoins de la manifestation. Au cours de la réunion de crise du 18 septembre 2007, il déclare avoir « sorti un appareil photo numérique pour filmer quelques scènes ». Selon lui, c’est cet appareil photo que des manifestants prennent pour une arme à feu. « Je l’ai vu tirer, l’enfant était à près de 10 mètres de lui », affirme un manifestant. Celui-ci précise même que l’arme en question est un pistolet automatique. L’autre dit ne s’être jamais servi de la seule arme qu’il possède. Un révolver qui serait dans un tiroir de son bureau. Mais tout y a été brûlé. Les habitants de la ville se sont-ils passé le mot pour accabler le préfet ? Ou alors ils sont tous atteints de berlue ?

Préfet récidiviste ?
S’il s’avère que le préfet du Haut-Nyong est auteur des coups de feu ayant tué le jeune Mvogo Awono, ce pourrait être un cas de récidive. Au début des années 1992, il a échappé à la vindicte populaire alors qu’il était en fonction à Yokadouma. Il est difficile de savoir ce qui s’y était exactement passé. Toujours est-il que la population lui en voulait à mort. Heureusement pour lui, ils ont manqué de le brûler. Mais il porte encore sur sont visage les traces des flammes. Sa peau est décolorée à plusieurs endroits.

Déploiement de force
Les populations du chef-lieu du Haut-Nyong n’avaient jamais vu autant d’hommes en tenue. Par centaines, il y’a des gendarmes et policiers ordinaires. Et des éléments des forces spéciales. Le Groupement mobile d’intervention de la police nationale spécialisé dans la répression brutale des manifestations publiques. Le groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie nationale (Gpign), formés en priorité pour combattre et abattre les « grands bandits ». Et très discrètement, le redoutable Bataillon d’invention rapide (Bir) de l’armée. Un corps d’élite qui sème la terreur chez les coupeurs de route le long de nos frontières. « Tout ça sert à quoi ? Est-ce qu’ils vont nous ramener l’électricité ? » Se demande un habitant du coin.

Regrets de tortionnaires
Les centaines de bidasses déployés à Abong-Mbang ont eut quelques regrets. « Nous sommes venus de Yaoundé samedi. On a déployé notre matériel. Mais le mouvement était fini. Les gars ci ont de la chance. On allait les traiter », regrette un élément des forces spéciales. Ses collègues et lui ont été déversés dans la ville et autour pour des patrouilles. Las de tourner en rond, certains ont envahis les bars. Ensuite, main basse sur la bière. Puis, sur les filles de joies sorties nombreuses de leurs trous, comme des termites après la pluie.

Hébergement compliqué
Il n’y a pas d’hôtel quatre étoiles à Abong-Mbang. Mais les services d’hébergement ne manquent pas. Les auberges parsèment la ville. Avec toute sortes de standing. Sauf que depuis le soir du 17 septembre, les chambres sont presque toutes occupées. « Mais par qui donc, puis que les hommes en tenues dorment à la maison du parti, dans la cour du commissariat et à la belle étoile ? », s’interroge un visiteur. « Il faut savoir que dans ce type de situation il y a plus d‘agents de renseignements en civil que d’homme en tenue », s’entend-il répondre.

Les chefs traditionnels sollicités
Les autorités et élites, venues apaiser les esprits à Abong-Mbang, tenaient aussi à calmer les chefs traditionnels. Ces derniers n’ont pas pris la parole durant la réunion de crise. Dans un premier temps, Joseph Lé a souhaité les écouter. Puis la rencontre été différée. Les négociateurs préférant « mettre la pression aux chefs » dans un cadre plus restreints.

Qui a prévenu la famille du préfet?
La famille du préfet aurait pu payer le prix fort le 17 septembre dernier. Car lorsque les manifestants apprennent le décès de deux élèves, ils foncent chez le chef de terre. Pas l’ombre d’une vie humaine. Une rumeur annonçant un kidnapping de sa fille a même circuler. « Ma famille a eu la vie sauve parce qu’elle s’est enfui quelques minutes avant », assure le préfet lors de la réunion de crise. Tout en démentant le rapt de sa fille. En ville, les populations affirment le contraire. Selon elle, « il avait déjà fait traverser sa famille » avant d’aller refouler les manifestants.

Rassemblés par Edouard TAMBA
Envoyé spécial à Abong-Mbang

In Le Messager du 25-09-07

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