Abong-Mbang:Le calvaire des familles et des victimes

ABONG-MBANG

Le calvaire des familles et des victimes

Certains sont au chevet de leurs enfants blessés. Tandis que d’autres préparent les obsèques. Ambiance.

Abong-Mbang le le-19-09-08 Les-parents de Mvogo Awono éplorés

Abong-Mbang le le-19-09-08 Les-parents de Mvogo Awono éplorés

Les tristes événements du 17 septembre sont encore dans les mémoires à Abong-Mbang. Même si la vie reprend peu à peu son cours normal. Les commerces sont à nouveau ouverts. Le célèbre bar du hangar colonial ne ferme plus. Les établissements scolaires ont aussi repris les classes. Plusieurs détachements des forces du maintien de l’ordre veillent. En petits groupes, ils font des va-et-vient autour et dans la ville. Des indiscrétions laissent entendre qu’ils ne partiront pas sans avoir mis la main sur les meneurs du mouvement d’humeur ayant déchiré la ville lundi dernier. Une source locale confirme que l’électricité est à nouveau revenue dans l’après midi, après la nouvelle coupure du 19 juin dernier.
Plusieurs familles de la ville sont éloignées de cette ambiance. Notamment celle de Shimpe Poungou Zok Jean Jaurès au quartier Ayéné, et celle de Mvogo Awono Bertrand Marcel au quartier Nyong. Toutes font le deuil de ces deux élèves du lycée technique. Ils sont morts par balle le 17 septembre pendant les manifestation à l’entrée d’Abong-Mbang. Les dépouilles ont été évacuées à Bertoua avant-hier. Ces familles doivent attendre le programme officiel des obsèques, venant du ministère des Enseignements secondaires. Les proches des autres blessés retiennent leur souffle. Certains, à l’instar de Fam Donald (15 ans) et Fankem Irénée (39 ans), sont désormais hors de danger. Les plus touchés sont internés au Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yaoundé.

“ On dort sur les bancs ”
Andjini Alexis Jude, âgé de 22 ans, est conducteur de mototaxi. Il est atteint d’une balle à la poitrine. Selon une source hospitalière, le projectile a été repéré à fleur de peau, au niveau du dos. Une incision pourrait suffire pour l’extraire. Le fémur droit de Ndeke Gilbert a été cassé par une balle. Il aurait subi une intervention chirurgicale dans la nuit du 17 septembre. Ngouang-Meyasse (18 ans), élève en classe de 2nde C au Lycée classique d’Abong-Mbang, soufre d’une fracture aux métatarses. Encore les méfaits d’une balle. Contrairement aux autres, Moazang Roseline n’a reçu aucun projectile. Cette élève en classe de 3e au collège Jean-Paul II est victime d’une inhalation de gaz lacrymogène. On affirme à Abong-Mbang que la bombe contenant ce gaz est tombée juste devant elle. Roseline est arrivée à Yaoundé le 18 septembre, dans le coma. C’est le lendemain qu’elle s’est réveillée.
Impossible de rencontrer ces victimes. “ On ne peut pas vous laisser entrer. Aller voir le Pr. Nkam, c’est le chef de l’unité de réanimation. Il est à la direction générale ”, lance une dame en blouse blanche. Ce dernier, par ailleurs directeur général du Chu, est absent de son bureau. Des parents de victimes affirment qu’il est passé le matin. Il était en compagnie du ministre de la Santé publique (Minsanté). André Mama Fouda ne leur a pas adressé la parole, encore moins à leurs enfants couchés dans les salles, indiquent-ils
Le père de Andjini Alexis reconnaît qu’“ on s’occupe bien d’eux. Mon fils se lève de temps en temps et il parle ”. Il pense que le jeune homme devrait être opéré dans la soirée. La mère de Ndeke Gilbert est moins satisfaite. “ Ça ne va pas ”, se plaint-elle, les joues dans les paumes de main. Après l’opération de son fils lundi dernier, “ le sang ne fait que couler de son pied. Il y a du sang où il est couché. Qu’est-ce que je peux vous dire ? C’est lui-même qui sait comment il se sent et qui peut vous dire ce qui lui est arrivé ”, relève-t-elle. Ces parents disent n’avoir pas de famille à Yaoundé. Par conséquent, “ on dort sur les bancs ”, confie les parents de Alexis et Gilbert.

Par Edouard TAMBA
In Le Messager du 21-09-07

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