A la découverte de Ngoro 2e Partie

NGORO

Sananga, Ndjanti, Baveck… unis par les guerres

Histoires d’une population influencée par les colons allemands et les guerres inter tribales

La danse des guerriers Ndjanti

La danse des guerriers Ndjanti

1- Peuples partis du Soudan

Curieux. Cela l’est assurément en ce qui concerne la chefferie supérieure de Ngoro. Officiels de l’administration publique et originaires du coin ont du mal à énumérer les différents groupes ethniques qui peuplent la région. L’on s’en tient à dire : “Sananga, Ndjanti, Baveck et communautés assimilées”. Ces peuples aux origines diverses sont sous l’autorité d’un même chef traditionnel depuis le début des années 1900. Mais il en était autrement bien avant. « Nous sommes des peuples soudanais », explique Kouta Faustin, grand notable à la chefferie et maire de Ngoro. Les migrations les ont conduits de cette région de l’Afrique, au centre du Cameroun. « Selon l’histoire, Ngoro était habité par les ancêtre Sananga dans la zone sud, et les Ndjanti du côté nord. Quand aux Baveck, ils sont d’origine Nanga Eboko », poursuit le notable. Ces peuples ont été confrontés à plusieurs conflits tribaux. D’abord avec les peuhls qui les ont obligé à se replier dans la région de Ngoro, et ensuite avec leur voisins Vouté.

C’est durant cette période de guerres intertribales qu’un combattant Sananga se distingue. « Ndengue Ndjili aussi appelé Angandji Mateke, se révèle aux yeux des explorateurs et surtout du major Hans Dominik [officier de l’armée coloniale allemande au Cameroun entre 1894 et 1909, ndlr]. Il était déterminé à libérer son peuple des guerre tribales et à le rassembler », précise Kouta Faustin. « C’est alors qu’en 1900, la chefferie est créée  et dirigée par ce Même Ndengue N. Il regroupe autour de lui Sananga, Ndjanti, Baveck… et règne jusqu’en 1951 », poursuit notre source. Le défunt chef sera remplacé par son fils, Katou Ndengue. Ce dernier s’adapte à la nouvelle donne sociopolitique et se lie d’amitié avec le président Amadou Ahidjo. « Ils étaient de très grands amis. Je crois que c’est au nom de cette amitié que l’ancien chef s’était islamisé », indique un natif du village. Et d’ajouter : « Il n’avait pas fait de grandes études, mais il a été un haut fonctionnaire. Il a été nommé membre du conseil supérieur de la magistrature. Ahidjo ne pouvait rien lui refuser ».

 

2- Le chef, la police et le karaté

Est-ce donc vrai qu’il a manqué l’occasion de faire construire un pont entre Bafia et Ngoro ? « C’est ce qu’on raconte. On dit aussi qu’il n’était pas très attaché au progrès », élude le natif de Ngoro. Le chef nouvellement installé pourrait y répondre. De même qu’à l’absence d’antenne de téléphonie mobile. Les notables ne sont pas de cet avis. « Il ne faut pas lui poser ces questions », indiquent-ils, en prenant le soin de « nettoyer » le questionnaire. C’est donc un chef préparé à l’exercice qui nous reçoit dans son palais au lendemain de son installation. Sanglé dans une gandoura blanche. Il tient à s’asseoir sur la chaise que lui a offerte son représentant à Yaoundé lors de la cérémonie de la veille. « Je suis musulman, né le 5 juillet 1945 à Ngoro. Je suis marié à plusieurs épouses, avec 14 enfants et 8 petits-enfants », confie d’entrée Sa Majesté Sombo Katou Mohamed. Yeux bridés, et sourire permanent, il parle posément. Comme s’il cherchait ses mots.

« Pour être franc, je n’ai fait que des études primaires. Je suis sorti de l’école avec un Cepe. Ensuite j’ai exercé à Ntui comme agent communal, après ça j’ai été engagé dans la police comme agent de l’Etat. Puis, je suis à la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) à Mbandjock, où j’ai passé 19 ans », raconte le chef. Ses notables s’en réjouissent. « Depuis des lustres, la chefferie supérieure pour nous a une valeur traditionnelle et culturelle indéniable. Elle nous permet de conserve toutes nous vertus surtout avec la menace du modernisme », comment l’un d’entre eux. Pour cela, le chef a du mettre un terme à sa carrière à la Sosucam lorsque son père est décédé en 2000. « Je suis parti de là à cause de mes nouvelles responsabilités de chef traditionnel. J’ai dû demander la retraite anticipée », explique-t-il. Les responsabilités de chef auraient aussi joué sur son tempérament. « Ne le voyez pas comme ça hein. C’est la chefferie qui l’a calmé. Avant si tu avais un problème avec lui, il était capable de te poursuivre partout dans le village pour te battre », s’en souvient un proche. Ses connaissances en arts martiaux en ont fait un homme redouté. « Il est ceinture noire deuxième dan en karaté shotokan. Ca salle d’entraînement est là-derrière », précise-t-on ici. Aujourd’hui, le chef a d’autres combats à mener. La sorcellerie, la consolidation des rites et même son modeste palais.

 

3- Sa Majesté Sombo Katou Mohamed

« La sorcellerie est un problème réel à Ngoro »

Le chef supérieur des Sananga, Ndjanti, Baveck et communautés assimilées dévoile ses priorités pour le développement de sa contrée.

 

Sa Majesté SOMBO KATOU Mohamed

Sa Majesté SOMBO KATOU Mohamed

Les notables vous ont désigné depuis l’année 2000 comme chef supérieur de Ngoro. Mais pourquoi ce n’est qu’en 2008 que l’administration procède à votre installation ?

Vous savez, dans la chefferie traditionnelle, on ne peut pas appeler ça lenteurs. Parce que qui va doucement va sûrement. Ce moment passé, c’était un moment d’observation. Ca ne m’a pas gêné. Ce retard a sa place dans nos traditions. Le chef qui vous parle fait confiance à son peuple, ses notables et à toutes les élites.

Maintenant que vous êtes officiellement intronisé, vous vous sentez différent ?

Non, pas tout à fait. Différent parce que le gouverneur et le préfet sont venus entérinés le travail des notables. Mais ce n’est pas différent.

Quelles sont vos priorités en tant que autorité traditionnelle ?

Je voudrais d’abord que tout mon peuple se mette au travail. Vous savez, le développement passe par le travail. Mon grand souhait, c’est que nous soyons désenclavés. Vous avez vu notre fleuve, c’est pénible. Je souhaiterais qu’il y ai un pont. Nous avons aussi un problème majeur lié à l’état de la chefferie. Je souhaite aussi voir cette chefferie réhabilitée.

Les résultats au bac étaient très mauvais à Ngoro. L’éducation ne fait-elle pas partie de vos soucis ?

On dit généralement que « un enfant qu’on enseigne, c’est un homme qu’on gagne ». C’est un véritable souci pour moi. Si les ministres en charge de l’éducation pouvaient faire quelque chose afin qu’on soit renforcé en enseignants, ce serait bien. Nous sommes en pénurie d’enseignants. Ca fait mal de voir un peuple qui n’est pas éduqué, c’est un peuple perdu. Il faut absolument qu’on regarde de ce côté, parce que l’avenir de ce pays, c’est les jeunes. Il faut qu’on y mette plus de moyens. Pour l’instant, ce sont les associations de parents d’élèves qui soutiennent les écoles.

Des jeunes de Ngoro se plaignent de ce que la pratique de sorcellerie les dévaste. Ce qui entraîne un exode rural irréversible. La sorcellerie est-elle un problème réel à Ngoro ? Et que comptez-vous faire ?

Dans la chefferie traditionnelle, on ne joue pas à cache-cache. C’est un problème réel. Mais j’ai déjà engagé le combat contre ce fléau. J’essaye de tout faire pour son éradication. Ceux qui ont été accusés avec tous les témoignages, sont passés devant le tribunal coutumier dont je suis le président. J’ai fait envoyer les cas avérés au tribunal de Ntui pour qu’ils soient jugés et punis. Il faut absolument que ce phénomène recule. Je suis contre cette pratique de sorcellerie, parce que ça freine le développement. J’encourage les jeunes à rester ici. En ce qui me concerne, je mettrais tout en œuvre pour que cesse la pratique de sorcellerie.

Sa Majesté, il se raconte qu’il existerait un lieu à Ngoro où il est interdit de s’aventurer sans permission au risque de disparaître à jamais. Est-ce une légende ?

Il y a effectivement un lieu tel que vous le décrivez, mais il reste secret. Ce lieu est très important, pour moi le gardien de la tradition et pour mes populations. C’est où toute notre tradition est gardée. On y effectue les rites d’initiation, de conjuration des sorts etc. Si on sort de là, ça ne va plus représenter la tradition.

 

Par Edouard TAMBA

Envoyé spécial à Ngoro

In Le Messager du 16-09-08

…A suivre

 

One thought on “A la découverte de Ngoro 2e Partie

  1. Pingback: Tweets that mention A la découverte de Ngoro 2e Partie -- Topsy.com

Leave a Reply