A la découverte de Ngoro 1ere partie

DECOUVERTE

S.M. Sombo Katou Mohamed s’installe sur  le trône

L’unique chef supérieur du grand Mbam a été officiellement intronisé vendredi dernier, 29 août 2008 à Ngoro ; un arrondissement dont l’accès demeure difficile

1- Idées reçues sur Ngoro

« Qu’est-ce que tu vas chercher à Ngoro », me demande un conducteur de grumier, visiblement surpris. Et moi de lui expliquer qu’un chef supérieur y sera installé le 29 août 2008. « Ce n’est pas loin, mais c’est, une zone très enclavée hein ! Tu vas d’abord prendre une voiture pour Bafia, ensuite tu vas traverser le Mbam par le bac ou la pirogue. Il faut seulement prier qu’il ne pleuve pas… », poursuit notre conducteur. Comme pour m’effrayer, il m’annonce qu’il n’y a « pas d’eau, pas d’électricité et seul le réseau de téléphonie mobile Orange marche là-bas, mais il faut ajouter une antenne au téléphone ». Ce dernier en profite pour me faire des confidences (graves) sur cet arrondissement du Mbam et Kim. « Le grand problème de Ngoro, c’est le pont sur le Mbam. A l’époque, le président Ahidjo avait demandé au père du chef qu’on va installer, ce qu’il peut faire pour le développement de son village », raconte-t-il.

Le chef aurait alors demandé au Président de faire construire un brigade de gendarmerie Ngoro. Ce, dans l’intention de dissuader tout voleur qui aurait des vues sur son énorme troupeau de chèvres. La même source croit savoir qu’il n’y a pas d’antenne des sociétés de téléphonie mobile parce que ces dernières n’auraient  pas trouvé d’entente avec les autorités traditionnelles locales. Et d’ajouter que non seulement « le bois est fini à Ngoro », mais la pratique de sorcellerie y fait des ravages chez les jeunes. Ce qui les obligerait à fuir le village. Info ou intox ? Quoi qu’il en soit je prendrais la route de Ngoro avec la tête pleine d’idées reçues. Ce que je fais quand il est 5h45 à Yaoundé.

Un militaire en route pour un deuil à Bandrefam, fait du transport en commun. L’arrière de son véhicule n’a rien à envier à un lit douillet. J’en profite. Jusqu’à Bafia. De la gare routière, il faut emprunter une moto à destination du lieu dit « Marché du soir ». A cet endroit existe une sorte de stationnement. « Grand on va au bord, je suis prêt », lance un moto-taximan. « C’est un mercenaire, il ne sait pas conduire », rétorque un autre. La vingtaine de conducteurs de moto use de subterfuge pour s’arracher les clients à destination de Malabo. Il s’agit de la rive du fleuve Mbam, côté Bafia. Je finis par choisir, un chauffeur. Il me rappelle que le service me coûtera 500 Fcfa, et démarre en trombe. Les notions de priorité et de vitesse ne l’intéressent guerre. Seul les limites de son moteur semblent l’empêcher d’aller encore plus vite.

2- Escale forcée à Malabo

Le parcours devient plus désagréable après la chefferie de Ndengue à Bafia. Le bitume s’y arrête brusquement. Laissant place à une route en terre, loin d’être lisse. Ce qui ne suggère pas au conducteur de ralentir. Au niveau des virages, pas question de freiner. Il préfère klaxonner pour avertir de sa présence. Une végétation dominée par les tecks borde la route

dès le village Lablé. Preuve que les colons Allemands sont passés par là. Les tecks ont la faculté d’absorber beaucoup d’eau. Raison pour laquelle les Allemands en plantaient au bord des routes pour éviter les bourbiers. La traversée de Lablé et des villages suivants dure près de 7 kilomètres. Et nous voici à Malabo, au bord du Mbam.

Le bac est de l’autre côté de la rive. Une banderole y « souhaite la bienvenue au gouverneur de la province du Centre », à l’occasion de la cérémonie  d’intronisation du chef supérieur des Sananga, Ndjanti, Baveck et communautés assimilées. Le bac tarde à arriver. Certain s’offrent à boire et à manger dans les hangars d’à côté. D’autres, plus pressés, empruntent les pirogues à moteur. La traversée coûte 200 Fcfa par passager, tandis que le bac est gratuit pour les piétons. La plate-forme finit par « accoster » à Malabo. Les véhicules montent d’abord ; suivis par les piétons. Le bac repart, lentement. « Le système d’engrenage a lâché. Mais le moteur n’a aucun problème. L’ingénieur qui avait fais

l’installation est allé chercher les pièces », explique le moniteur, en faisant tourner une manivelle bruyante. « La traversée est un peu rapide parce qu’il y a beaucoup d’eau dans le fleuve. En saison sèche, c’est lent et parfois on cogne sur des rochers », poursuit-il.

La crue permet aux eaux  de faire dériver le bac. Un système de câbles d’acier le maintien sur sa trajectoire jusqu’à destination. Les responsables des véhicules reçoivent des tickets de la mairie. « Les petits véhicules paie 500. Pour les camions, ça dépend du chargement », indique notre interlocuteur qui préfère garder l’anonymat. Selon lui, l’installation du chef va les obliger à travailler tard. « Nous commençons pratiquement à 7h du matin pour arrêter à 18h. Sauf quand il y a des cas d’urgence comme les accouchements, les maladies graves et les grands événements », indique le moniteur. Les vendeurs de boissons et nourriture sont aussi installés sur la rive, côté Ngoro. Ici, il faut débourser 1500 Fcfa à dos de moto pour arriver au centre de l’arrondissement de Ngoro.

3- S.M. Sombo Katou Mohamed prend le trône

L’état de la route est encore pire. L’arrivée du gouverneur a fait sortir des bulldozers et compacteurs à bille pour réparer la route. Les villages défilent sur 25Km : Nyamongo, Egona II, Ondouano, Bondo, Angandji-Mbérété, Mbatamboua, Mounga puis Koutaba, quartier de Ngoro-centre. C’est un village en effervescence que je découvre aux environs de 9h30. Une chanson, célébrant le chef, tourne en boucle dans les bars. « C’est Déchaud

Kokoyo qui chante. Il a sorti ça pour la fête, c’est notre fils », m’explique-t-on. Le décor commence à se planter à l’esplanade la chefferie supérieure. Les invités commencent à prendre place à midi. C’est un environs de 13h que Sa Majesté Sombo Katou Mohamed fait son apparition, tout de blanc vêtu. Ses notables le suivent. Les femmes poussent des cris, courent vers le souverain et certaines manquent de se rouler par terre. Le gouverneur de la province du Centre, Koumpa Issa, arrive une heure plus tard.

Les discours s’enchaînent. D’abord le maire, Kouta Faustin, pour souhaiter la bienvenue aux invités. Il saisit la perche pour exposer les problèmes d’enclavement, d’accès aux services de base dont souffre sa municipalité. Puis le préfet du Mbam et Kim, maître des cérémonies prend le relais. Rappelant les « dispositions du décret 77/245 du 16-07-77 fixant l’organisation des chefferies traditionnelles » et qui « constitue pour les chefs traditionnels le texte de référence », notamment les articles 19 à 21. « Sous l’autorité du

Minatd, les chefs traditionnels ont pour rôle de seconder les autorités administratives dans leurs missions d’encadrement des populations … de concourir sous la direction des autorités administratives compétentes au maintien de l’ordre public et au développement économique, social et culturel… de recouvrer les impôts  et taxes de l’Etat et autres collectivités publiques dans les conditions fixées par la réglementation », cite Antoine Bissaga.

« Voici votre chef », déclarera-t-il plus tard, sous les youyous de la foule. Le nouveau chef succède à son père Katou Ndengue, décédé en 2002. Le préfet revient sur le parcours d’agent communal, de fonctionnaire à la police et d’employé à la Sosucam de Sombo Katou Mohamed, né en 1945. C’est alors que ses notables viennent lui faire allégeance. Puis exécutent la danse des guerriers. Comme pour rappeler à ceux qui l’auraient oublié que c’est un peuple de « vaillants soldats ». Un peuple à découvrir dans la seconde partie de cette série.

Edouard TAMBA

Envoyé spécial à Ngoro

8 thoughts on “A la découverte de Ngoro 1ere partie

  1. Lenaelle

    Mdr, les camers ce sont de vrai Sabitou! J’ai trop rigolé sur les idées reçues de Ngoro. Caaaaaaaa les divers!
    Ah la la mon Edouard, j’ai suivi ton parcours du guerrier comme si j’étais avec toi…Le métier de journaliste, que d’aventures. Tu fais un envoyé spécial hors pair!
    Merci pour les infos et la culture quand j’ai lu malabo j’ai cru que….(ne te moques pas!). Ca m’a fait la même chose quand j’ai lu Koutaba 🙂
    Et tous ces changements de transports que tu as eu à faire, je me demande ce qu’il en est pour les différentes autorités ou invités qui ont participé à la cérémonie. Et j’espère qu’on te rembourse tes frais. Mais au fait comment tu fait? Tu ask une facture au benam? 🙂

    Les benskins et leur conduite aléatoire là, à vouloir se faufiler partout. Ils m’effraient trop et comme tu dis ‘le respect des règles, priorités, feux,….’ c’est pour toi. Lui il avance seulement!

    Bon j’espère que tu es bien rentré
    Bises

  2. Etum

    Edouard,
    Toi meme là tu n’as pas une petite la bas? parce que pour go jusqu’a Ngoro!!! Yes man les petites font les choses lol.

    Sinon man changes ton App photo lol

  3. TAMBA

    Tu parles d’aventures Lena… il y en a, d’heureuses, et de bien malheureuses…hélas. Il y tellement de choses à découvrir au Cameroun. Mais je dois t’avouer qu’en matière de moyens, nos médias sont des nains. Il est très difficile de se déployer hors des grands centres urbains.
    Pour la facture du benam, pas besoin. En général on part en mission avec les frais en poche, et on avise en cas d’imprévus. Dieu merci, je suis rentré en seul seul morceau, mais le comportement de ces mototaximen sur la route est de plus en plus problématique.

    Hilaire, Paul & Mick, merci d’être passé. Et comme vous le dites, au-delà de la misère et de l’enclavement, notre pays est vraiment beau.

    Etum, hum. C’est comme ça que quelqu’un go faire son boulot, et seulement son boulot, toi tu le vends moins cher. Pour photo, c’est une autre Histoire. Je l’ai trouvée dans les archives de mon Pater. Mais en près de 15 ans, rien n’y a changé.

    A tous, ne manquez surtout pas la seconde partie de cette aventure. Il faudra bien savoir si ces idées reçues sont fondées ou pas.

  4. Nad

    Je te découvre par afrobazz. Je suis en CI, je suis confortée dans l’idée que je ne connais pas le camer. Et je suis convaincue que tu as de l’avenir dans le métier de journaliste (je parle de ton avanture). Franchement bravo!

    Je suis tentée de me demander comme Lenaelle, les autorités administratives ont pris quel chemin ? Vraiment on a encore à faire chez nous…

    Slu Nad. Merci d’être passé et surtout de me faire ces compliments. Je crois que cela m’aidera à rester passionné dans ce métier difficile.
    A propos de nos autorités, elles ont emprunté le même chemin; mais avec une grande différence. Tous roulent dans des énormes 4×4 de 8 cylindres équipés d’amortisseurs hydroliques, alors que les autres…

    TAMBA

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