La gare routière de Biyem-Assi dans la clandestinité

AMENAGEMENT URBAIN

Une gare routière dans la clandestinité

Les agences du carrefour Biyem-Assi drainent une foule importante de passagers. Le déguerpissement annoncé par la Communauté urbaine de Yaoundé tarde à arriver.

Le tronçon de route allant du lieu dit Biscuiterie au carrefour Biyem-Assi est particulièrement bruyant en soirée. Les trottoirs et la chaussée semblent insuffisants pour le flot de bus, cars, taxis, mototaxis et piétons. De grands bus stationnés sur les trottoirs ne facilitent pas la circulation. Ces bus appartiennent à une dizaine d’agences de voyages installée sur cet axe. Elles desservent les voyageurs à destination des provinces de l’Ouest et du Nord-Ouest. Au grand bonheur des populations des quartiers périphériques que sont Mendong, Simbock, Etoug-Ebe, Obili… Ces agences se sont spécialisées dans les voyages de nuit. Des « chargeurs », comme on les appelle ici, foncent sur tous les véhicules qui garent dans les parages. « Mon frère c’est Dschang ? Viens chez nous, je vais te faire le prix », lance l’un deux.
« A partir de 17h, le tronçon de route Melen- Biyem Assi est quasi impraticable. Vous pouvez mettre plus de 30 minutes pour parcourir une distance de 200m », se plaint un taximan. Devant lui, un bus de l’agence Azinmeda négocie l’entrée dans son parking. La présence des agences a entraîné une foule de commerçants. Les vendeurs profitent du fonctionnement de la « gare » pour prolonger leurs activités jusqu’à minuit. Dans les boulangeries ouvertes à proximité du site, les voyageurs se bousculent pour s’acheter des provisions. Sur les raisons qui les amènent à Biyem-Assi, les avis sont partagés. Pour Germain, « les agence de voyages d’ici sont proches de nous par rapport à ceux de Tongolo». Hermine quant à elle parle de sécurité et de confiance. « J’ai confiance aux chauffeurs de Biyem-Assi. C’est pourquoi je me rends toujours ici lorsque je voyage pour l’Ouest. C’est une question de sécurité », confie-t-elle.

La gare routière au maquis
Au regard de leur engouement, ces passagers semblent tous ignorer que cette gare routière vit ses derniers jours. Depuis le 28 décembre 2007, le délégué du Gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy), Gilbert Tsimi Evouna, a sommé les agences de transport exerçant au Carrefour Biyem-Assi de déguerpir. D’après la circulaire qui porte le message, ceux-ci avaient jusqu’au 02 janvier dernier pour s’exécuter. La Cuy « nous reproche de provoquer des embouteillages intempestifs », indique Tonfack Charles, responsable de l’agence de voyage Azinmeda. « Le délégué du gouvernement nous demande d’aller dans les gares routières appropriées. Je me suis rendu à la gare d’Etoudi. Mais il y déjà des problèmes avec les travaux effectués sur la route. Je me suis également rendu à la gare routière de Mimboman et il n’y avait pas d’espace pour accueillir mes installations. Je me demande quelle est la gare routière que Monsieur le délégué du Gouvernement nous demande d’occuper », ajoute-t-il.
Les exploitants des débits de boisson, propriétaires d’espaces mis en location aux agences sont dans le désarroi. Pour le chef de l’agence Vatican, Temo Henri, la présence des cars de transport assurant la ligne de l’Ouest, est indispensable à Biyem-Assi. « Les populations des quartiers Simbock, Mendong, Etoug-Ebe… ne peuvent pas supporter d’aller emprunter les cars de transport à Olembé. C’est trop pénible», explique-t-il. Et de défendre ses confrères : « nous ne sommes pas responsables des accusations portées contre nous. C’est parce que les routes sont étroites qu’il y’a l’embouteillage ». En attendant que Tsimi Evouna monte d’un cran, les agences de voyages sont entrées dans la clandestinité. Pas l’ombre d’un bus au Carrefour Biyem-Assi en journée. Les parkings sont vides. Tout le contraire de l’ambiance en nocturne.

Par Edouard TAMBA

In Le Messager du 06-05-08

Leave a Reply