5 mai 2007- 5 mai 2008:Remember Mbanga Pongo

Remember Mbanga Pongo
5 mai 2007- 5 mai 2008. Un déjà que les passagers du vol KQ 507 périssaient dans un crash tragique à Mbanga Pongo. Entre le moment du crash et la découverte de l’épave, beaucoup de choses se sont passées. Le Cameroun a étalé ses limites en matière de surveillance aérienne, des familles ont priés sans cesse pour qu’il y ait quelques survivants, le ministre des transports de l’époque ne s’est pas gêné, le président de la République non plus… Et la presse, charognarde à souhait, était sur le coup. Le jeune reporter que j’étais aussi. Un déploiement sans succès puisque je n’avais même pas trouvé l’avion.
Je rediffuse ici un texte écrit à l’occasion. Un article paru dans Le Messager du 15 mai 2007. Un devoir de mémoire. Une sorte d’hommage aux 114 victimes qui n’étaient pas tous des inconnus pour moi. S’il y a une autre vie, j’espère qu’ils y souffrent moins que sur cette Terre.

CRASH VOL KQ 507

24h de galère sur une fausse piste

De nombreux risques pris à la recherche de l’épave introuvable dans le Sud. Récit d’une aventure périlleuse

1- Kribi à tout prix
Samedi 5 mai 2007, il est déjà 9 heures. Je suis dans un taxi en direction du l’Institut national de la jeunesse et des sports (Injs) à Yaoundé. Un conseil d’administration contesté de la ligue provinciale d’athlétisme pour le Centre s’y déroule. Mon téléphone vibre à l’instant. “ Gars donne-moi le bilan ”, me lance mon complice Simplice. “ Le bilan de quoi ?”, lui demande-je. Il m’annonce qu’un avion ayant décollé de Douala dans la nuit est porté disparu avec plus de cent passagers.
Une fois à destination, j’informe mes confrères, et je passe quelques coups de fil. “ L’avion est tombé à Nyété, avec le Dg de Mtn et d’autres responsables ”, affirme un confrère de la Rts. Après plusieurs tentatives, ma hiérarchie est joignable. “ Il faut aller à la direction de la protection civile (Dpc) à Etoa Meki ”, me dit-on. La pluie tente de m’en empêcher. En vain. Alors que je suis en route, un autre coup de fil tombe. Nouvelle consigne : “ Tu vas à Lolodorf, puis à Mvengue. S’il n’y a rien là-bas, tu rentres. ” J’arrive tout de même à la Dpc. Une cellule de crise y est réunie. Selon un des membres de la cellule, Céleste Mandeng, “ Il ne faut pas parler de crash tant qu’on a pas retrouvé l’avion ”. M. Mandeng fait savoir que la cellule de crise est dirigée par le préfet de l’Océan depuis Kribi. Il faut donc passer par là pour avoir les nouvelles avant de foncer sur Lolodorf. Il est déjà 17 heures. Les formalités du voyage traînent.
C’est aux environs de 20h que j’arrive à la gare routière à Mvan. Aucun véhicule en partance pour Kribi. Je me rends donc à Edéa, espérant y trouver une occasion. Lorsqu’on débarque à 23h, chou blanc. Je passe la nuit dans l’un des bus d’une agence de voyage. Ici, pas moyen de roupiller avec les moustiques. A 5h30, je suis debout. Des employés de l’agence me font savoir que le premier bus ira à Kribi à 8h30. Rongé par l’impatience, je me rends à l’embranchement qui mène à la cité balnéaire. Un pick-up de la communauté urbaine de Douala nous embarque vers 7h30. C’est dans l’arrière du 4×4 que je fais le voyage, avec des sacs d’ignames.

2- 107 Km sur “ chien noir ”
A Kribi, je tombe des nues. La préfecture est déserte. Un soldat de la marine m’informe que “ la cellule de crise s’est déportée pour Lolodorf depuis hier après-midi. ” A la gare routière de Ndombe, pas de voiture pour Lolo. “ Il faut attendre, une occasion peut arriver ”, me conseille un chauffeur de camion. Il dit travailler pour la Centrale d’achat du Sud (Cas). Une entreprise qui fait dans les travaux publics. De 9h30 à 11h, pas l’ombre d’une occasion. Pour compléter le tableau, le réseau de Mtn fait le deuil. J’aperçois un monsieur en négociation avec un moto-taximan. Lorsqu’il se retourne, je le reconnais. Krys Tobie de Equinoxe Tv. Très sûr de lui, il me fait savoir que l’aéronef a été retrouvé dans un village appelé Mawa. On décide de s’associer pour emprunter une moto. Après plusieurs négociations on s’entend avec “ Carapace ”, un moto-taximan. Pour huit mille francs, il accepte de nous conduire à Lolodorf. 107 km de route en terre à faire à trois sur un engin communément appelé “ chien noir ”. “ La route est bonne ”, rassure le chauffeur de Cas. “ On a réparé de Lolodorf à 15 km de Kribi ”, précise-t-il.
Carapace démarre et nous voilà en route. Près de 30 Km plus tard, on se demande de quelles réfections parlait l’autre. Ou alors on n’est pas sur la route qu’il décrivait. J’ai le malheur d’être assis au milieu. L’espoir de trouver les décombres du vol KQ 507 de Kenya Airways atténue la douleur. Le long du trajet, Carapace joue les guides touristiques. Surtout à partir de l’arrondissement de Bipindi. A Lambi, il indique du doigt une maison rose de peinture, domicile des parents de Jules Doret Ndongo. Plus loin à Bidjouka, une douzaine de cochons jouent les canards dans une marre boueuse. Quelques maisons en terre battue sont équipées de plaques photovoltaïques. A défaut du réseau Sonel, l’énergie solaire a droit de cité. Des retombées du passage du pipe-line Tchad-Cameroun. La traversée du village Bikliki s’avère difficile. Une pente de 7Km complique la tâche à notre moto de 50cm3. Le long de la pente, il y a un ravin à gauche où coule une rivière. Les rares maisons de Bikliki apparaissent au sommet. On découvre toujours à gauche, la maison des parents de Charles Ndongo, le directeur de l’Information (Di) de la télévision nationale. Plus tard à Bingombe dans l’arrondissement de Lolodorf, nous découvrons le domaine de Nguiamba Nloutsiri, l’ex Dg de la Camtel.
Deux heures et demie plus tard, nous traversons le pont qui donne sur le centre ville de Lolo. Il y a des hommes en tenue partout. Des véhicules de la Croix-Rouge, du ministère de la Santé, de l’Armée, vont dans tous les sens. Les confrères déjà sur place nous apprennent que “ la situation n’a pas évoluer, aucune trace de l’avion. ” Aux environs de 14h30, un hélicoptère apparaît dans le ciel de la ville. Toutes les activités cessent. Les yeux suivent le mouvement de l’appareil. “ C’est sûr qu’il va atterrir ”, lance un policier. A cet instant, voitures et motos prennent la direction de la sous-préfecture. L’hélicoptère se pose sur un espace vert juste en face.

3- Fausses alertes
Trois personnes en descendent. Un lieutenant-colonel de l’Armée camerounaise et deux blancs portant des combinaisons estampillées du drapeaux sud-africain. La presse les encercle aussitôt, convaincue qu’ils ont repéré l’épave de l’avion. Mais, ils sont conduits dans un bureau. Le préfet du département de l’Océan, Jean-François Villon s’y trouve, avec d’autres responsables de l’opération. Après un huis clos, il fait appeler la presse. “ Nous continuons de travailler, les deux autres équipes sont encore sur le terrain et nous les attendons avec l’information vraie et juste. Pour le moment, nous n’avons aucune information sur la chute effective de l’appareil ”, déclare le préfet. “ Je voudrais autant que possible que vous reveniez à la bonne source avant de diffuser quoi que ce soit”, martèle-t-il. Il fulmine ainsi parce que quelques heures plus tôt, Le Di de la Crtv-télé lui a filé une information erronée depuis Yaoundé. Ce dernier aurait fait savoir au préfet que les débris de l’aéronef ont été aperçus à Awanda. Le village en question est situé à une trentaine de kilomètres sur la route carrossable de Lolodorf. Les équipes de recherche s’y rendent et ne trouvent rien. Plus tard, un pêcheur affirme avoir vu l’aéronef recherché. C’est du côté de Nkouambeh, à une douzaine de kilomètres de Lolodorf. “ Nous avons marché dans la forêt sur plus de huit kilomètres ”, raconte un cameraman. Mais lorsqu’ils arrivent sur le lieu indiqué par le pêcheur, rien.
A 18 heures, les équipes de Mvengue et de Bipindi sont toutes revenues à la base. Bredouille. “ Nos espoirs sont avec l’équipe qui est du côté d’Eséka ”, confie un sapeur-pompier. Il précise qu’ils sont une vingtaine, équipés d’un téléphone satellitaire, et qu’ils ont déjà marché sur 30 kilomètres. De son point de vue, “ ils ne peuvent pas revenir aujourd’hui ”. Peut-être qu’il faut revenir à Yaoundé rédiger un article. Le premier véhicule me laisse à Eséka. Le second à Boumnyebel. Il est 19 heures lorsque j’apprends par Radio France internationale (Rfi), que l’épave du boeing 737-800 de Kenya Arways a été retrouvé dans la mangrove, non loin de Douala. A cet instant, je suis assis sur une fesse dans un bus où partisans de Royal et Sarkozy n’arrêtent de s’engueuler. “ Pour moi quoi là-dedans ? ”, demande ma voisine en somnolant. J’ai la bouche cousue et j’enrage. Plus de 24h de galère sur une fausse piste.

Par Edouard TAMBA

In le Messager du 15-05-07

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