Recit d’une journée noire d’événements

Quelle journée !!!

Garder ça pour moi ? Non ! Je ne peux pas. Ca me démange, tellement j’en ai souffert. Et pourtant tout avait bien commencé ce matin du mercredi 9 avril 2008. Un petit déjeuner comme je n’en prends presque jamais. Et une entrevue plus que fructueuse avec M. mon père. J’en avais le sourire d’une oreille à l’autre. Et je ne vis pas que les heures s’écoulaient. Du coup je me mets sur mon 31, et cap sur mon lieu de service. J’y arrive nyangalement vers 11h. La secrétaire répond à mon bonjour en me tendant une enveloppe. Je lui lâche un gros merci, convaincu qu’il y a de bonnes nouvelles. Je suis tellement obnubilé par le bon début de la journée que je manque de voir le sourire en coin de cette dernière. Et quand j’ouvre l’enveloppe qui en fait n’était pas fermée : krack boom ! Ah la coquine. Elle le savait.

D’ailleurs, c’est elle qui a du imprimer ce truc là. Je n’en reviens pas. Une demande d’explication. J’ai 24h pour « expliquer » mon absence « injustifiée » à la réunion du matin. « Mamy wata ! », m’exclame-je à voix basse. Comment ai-je pu oublier qu’il y avait une réunion très importante ce matin. Le genre de chose qui ne m’arrive jamais. Je viens là d’alourdir mon dossier disciplinaire. Un dossier pas très léger à la vérité. Je m’assois donc et bafouille en écrit des excuses du genre impératif d’ordre familial et bla bla bla… Quelle baffe ! Entre 12h et 19h, je fais profil bas. Je perds aussi l’usage de la parole. Je reçois des instructions aux environs de 19h15 qui m’obligent à rester seul à l’agence. Y a même pas moyen de placer un mot pour me soustraire. Merde !

Je me mets donc au travail. A peine cinq minutes de pianotage frénétique sur mon clavier et driiiiiiiiing. Je suis sollicité sur mon téléphone cellulaire. Une source (que je tiens à ne pas voir tarir de sitôt) me file une info de chez info. « Gars, on amène les gens là au parquet ». Encore ? Et ma source de préciser que cette fois ce n’est pas le dilatoire, « quelque chose va se passer ». Je laisse donc tout tomber. Même ma mauvaise gueule d’indiscipliné sanctionné. En route pour le parquet. Le lieu est envahi par la foule. Des parents et connaissances des « gens » signalés plus haut. Ces « gens » sont entendus par le Monsieur le procureur de la République (ou un de ses substituts). Ca commence à durer. 1, 2, 10, 60…120 minutes. Et ce n’est pas fini. Monsieur le procureur de la République a délivré à 12 de ces « gens » un réquisitoire introductif d’instance (je ne sais pas ce que ça veut dire).

De toutes les façons, les gens en question se dirigent chez le juge d’instruction. Ca dure encore deux heures. Le climat se « glacifie ». Les membres de la famille sanglotent. Certains maudissent la police, le pouvoir en place et tutti quanti. Moi quoi là dedans? J’envois seulement les infos (par téléphone) à ma rédaction. C’est autour de minuit que le verdict tombe. Détention préventive pour onze de ces « gens ». Au moment de filer cette info (toujours par téléphone), j’apprend que le journal est déjà parti à l’imprimerie. Malchance ! Le temps, le froid, le crédit de mon cellulaire… pour des clous. C’est donc à minuit passé que je commence à stopper le taxi en direction d’un quartier qui n’est pas la porte d’à côté. « 400 Mendong », fais-je pompeusement et sans succès.

Un couple me rejoint dans cette galère en face de la Sonel Centrale. D’où ce qu’ils sortent à pareille heure ? Allez savoir. En tout cas, la fille va aussi à Mendong. Les enchères baissent. Un taxi nous emmène à 250 F par tête. Un accident vient de se produire à moins de 200m du lieux de départ. Un motocycliste gît au sol. Sa moto est coupée en deux. Guidon, roue avant et réservoir d’une part. Le reste de l’autre. Le conducteur du véhicule impliqué dans l’accident est penché sur le motocycliste. Pas le temps de savoir s’il respire encore. Notre chauffeur met les pleins gaz. C’est au niveau de Olézoa qu’il me vient à l’esprit de vérifier que j’ai des jetons pour payer le taximan. Que nenni ! J’ai plutôt des billets. Un de 5000 Fcfa, et un autre de… 5000Fcfa. Merde !

« Chauffeur, je viens de me rendre compte que je n’ai pas de petite monnaie. Vraiment…excuse moi, j’ai 5000 ! », lâche-je avec douceur et politesse. « Ah bon ! J’espère qu’il n’est pas encore minuit, on va essayer de faire la monnaie dans une station », rétorque-t-il. Ouf ! J’ai cru un instant qu’il allait me virer de sa voiture. Maintenant je prie pour qu’il y ait des stations-service ouvertes. Texaco Olezoa fermée. Mobil (OiLybia je voulais dire) Olezoa, hors-service. Texaco Nsimeyong fermée. Peut-être que Dieu est allé au petit coin. Si c’est le cas, faut qu’il se dépêche, vu que l’avant-dernière station-service du parcours est à moins de 2Km. Mais au niveau du Carrefour Acacia : BOOM. La roue arrière droite du taxi vient de tomber dans une bouche d’égout béante. Sans couvercle. Notre chauffeur manœuvre et sort du trou. Fin de parcours. La roue et ses accessoires sont « kapout ». Merde !

A moins d’un Km de OiLybia Rond-point express ? Tous les commerces des environs sont fermés. Sans demander son reste, le taximan nous abandonne là. Et ma voisine (de taxi et de quartier) de me proposer d’emprunter un taxi, et on verra une fois à destination. Je n’ai d’autre choix que d’accepter la proposition. Encore qu’elle n’a rien d’indécente. « Ca va ici chauffeur », crie ma voisine, à plusieurs centaines de mètres de ma destination. « J’ai payé pour vous hein ! Ca va », me dit-elle en descendant. « Mais je …izdhiehdfefhroighlek²… enfin, merci ! Et passez une bonne nuit ! », réussis-je à bredouiller. « Merci », murmure-t-elle avant de s’éclipser dans la pénombre. Ne me demander pas comment elle s’appelle. Je ne suis même pas sûr de pouvoir la reconnaître en route. Une fois à la maison, Merde !

J’ai oublié mes clés au bureau en me précipitant au parquet. Décidément. Ma petite sœur à un double, mais je découvre qu’elle est en vacance chez une tante. Me voilà donc squatteur chez… Bande de curieux. Je ne vous dévoilerais pas le lieu de mon sommeil. Toujours est-il que j’ai dormi. Je me suis réveillé le matin. J’ai pris une douche speed. J’ai rediffusé mes fringues de la veille sur moi. Et j’étais le premier à pointer son nez à l’agence. Evitant au maximum de prendre la parole. Histoire de digérer en solo mes malheurs de la veille et en me disant que ça aurait pu être pire. What a day!

Edouard

13 thoughts on “Recit d’une journée noire d’événements

  1. Nino

    Nom d’un ministre camerounais non corrompu!

    Quelle histoire de dingues vraiment…

    Ton histoire là m’a trop fait rire, tu es sûr de ne pas vouloir en faire un best-seller??
    Bon, j’espère que ça va mieux maintenant..n’oublie pas de retrouver la dame et de lui emmener même la kola comme ça..peut-être qu’elle te piffe en solo toi tu es là, tu ne know même pas.
    Passke, la kana de go qui buy fap cents pour toi, sans rien ask là, je wanda

  2. Lenaelle

    Assia Edouard,
    il y a des jours comme ça, avec beaucoup de bas….
    Et l’explication? validée ou pas?
    J’ai trop lap quand tu as parlé de rediffuser tes fringues de la veille sur toi…
    Franchement par les temps qui courent, un ‘bouquet’ (laisses comme ça j’ai aussi appris ça récemment) te buy le takesh et tu ne ask même pas son number? Toi aussi….:)
    N’empêche qu’en te lisant j’ai refais la journée avec toi, inclus le ‘Merde’ pour la roue du taxi..
    Bonne journée

  3. Etum

    Nino tu as raison, il doit falla la go là. Mais toute cette histoire pour nang chez la petite d’à coté caaa Edouard tu me pash

  4. edouardtamba

    “Nom d’un ministre camerounais non corrompu!” Ca c’est trop fort Nino.

    Pour le bouquet (Merci Lena) là, je ne sais vraiment pas par où commencer. J’ai quand même remarqué qu’elle était de teint très clair, avec une voix sans ton, genre fille de barrière…

    Qu’est-ce que je donnerais pour là revoir, lui donner même une kola, et “plus si affinités”. Grrrrr

    En tout cas je me remets peu à peu de mes émotions, et je ne sais rien du sort réservé à ma demande d’explication.

    Etum, te voilà qui me falla ici dehors alors que toi même tu vois que j’ai mis l’embargo sur l’endroit où j’ai nang.

  5. Etum

    Un jour un jour la vérité sortir du mur comme l’eau lol. Je dis c’est quoi encore le “bouquet” non?

  6. Kans

    Assia papa! Trop fort!
    Le demain de ce jour là était mieux non?

    Sinon c’est encore qui les douze? C’est les disciples de qui?

  7. edouardtamba

    Etum je vois que insiste. Permets-moi de botter en touche en précisant que bouquet serait synonyme de nga. C’est Lenaelle qui m’a à niveau sur cet autre usage du mot.

    Mais Prési, tu a ignoré les liens indiquant qui sont les 12. C’est un groupe de Camerounais interpellés pour détournement de deniers publics. On y compte des célébrités comme Abah Abah, Olanguena Awono…

    Théo tu veux seulement que je meurs vite ici dehors? Comment tu peux souhaiter que de telles galères m’arrivent régulièrement? 🙂

    Très de heureux de savoir que le texte vous a fait rire. C’est pas facile (d’écrire comme de subir de telles journées)! Merci

  8. tsaal

    Edouard je sais pas si t’y as pensé mais franchement tu devrais penser à écrire un bouquin. C’est vrai je suis sérieuse! on te lis et on se dit pourvu que ce soit pas la fin…moi j’ai été déçue que çà s’arrête mais c’est pas grave. y en aura d’autres.
    mais il faut que je te grondes un peu: quand toi même tu arrives au bureau à 11h hé mon frère 11h!!! tu crois que quoi? bon si c’est pour rentrer à 00h alors…
    au fait “le bouquet” c’était moi. Non je rigole…ou peut-être pas qui sait?
    peace!!!

  9. Eddy

    Par la moustache d’un mbere en service commandé à Mado-bar à 10h du matin, comment j’ai raté le divers ci non, mince j’étais où?
    Loool Edouard excuse-moi, mais je n’ai pu m’empêcher de lapp ta journée ci joukaaa! Meme comme tu “m’es décu, toi la gars ci, tu m’es beaucoup décu!”, on te presente une demande d’explication sous pretexte que t’es arrivé à 11h et tu trembles? Il n’y a pas les petit-déjeuners d’affaire chez vous? Dis à ton chef – qui nous lit peut-être, loool, heu salut chef! – ben dis lui que tu devais petit déjeuner avec un informateur très important. (e’ pis c’est tout!)

    Mais sinon assia en retard pour ta journée.
    “Fille de barriere” loool, ca me ramène plus d’une decenie en arriere, au mboa, quand j’étais encore sage et obéissant. Aaah, les nyangos de la barriere.
    ‘tain ca ne nous rajeunit pas tout ca.

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