Des militaires enlèvent un Nigérian à Yaoundé

BAGARRE

Des militaires enlèvent un Nigérian à Yaoundé

Pour une affaire de téléphone portable

Le quartier Essos à Yaoundé a connu des heures chaudes, lundi 7 avril 2008. Plus précisément entre le marché et le lieu-dit “ Apollo bar ”. Au finish, une personne enlevée pour une destination inconnue, des victimes portant des ecchymoses, et des commerces fermés. Ce, à cause d’un téléphone portable qui aurait disparu. L’affaire est sur toutes les lèvres dans les parages. “ Les militaires frappaient tout le monde ici. Les passants, les taximen et tous ceux qui demandaient ce qui se passe ”, se souvient Ndengue Christine. Les bidasses ont commencé par le responsable du salon de coiffure “ Koko Magic ”. “ Il voulait donner un coup de tête à mon patron. Mais il l’a raté et a plutôt frappé le mur avec son front et il s’est blessé ”, relate une coiffeuse.
Le militaire et son collègue appellent ensuite du renfort. C’est alors que débarquent cinq ou six autres, selon les témoignages. “ Ils avaient une petite voiture blanche et un car ”, racontent quelques témoins. “ J’ai été brutalisé parce que je faisais mon travail. J’informais les confrères de Canal 2 et Radio Siantou par téléphone ”, signale Christine. Alors qu’elle téléphone, deux des militaires s’en rendent compte et lui foncent dessus. Elle prend d’abord une torgnole au visage et manque de se renverser. “ C’est la maman-ci qui a bloqué le deuxième qui voulait me frapper ”, poursuit Christine, désignant une femme. Le mécanicien d’à côté n’a pas eu la même chance. Léo, comme on l’appelle ici, dit avoir été roué de coups.
Ses vêtements portent des tâches de boue. Il a une égratignure sanguinolente sous l’œil gauche. L’intérieure de sa lèvre inférieure est écorchée. C’est à cet endroit qu’il a pris le premier coup. “ Je suis venu leur expliquer que je suis le responsable de la maison. Ils m’ont dit qu’ils n’ont pas affaire à moi (…). Puis l’un a dit qu’il allait me battre si je continuais à parler. Et il m’a donné un coup de poing ici ”, se souvient Léo, montrant sa bouche malmenée. “ Je ne peux pas laisser ça, je m’en vais porter plainte ”, tempête-t-il. Quant à Koko, le propriétaire du salon, l’incertitude règne. “ Ils l’ont tabassé et ils l’ont emmené dans leur voiture. On ne sait pas où il est, et son téléphone ne passe pas ”, se plaint son employée.
D’après elle, tout serait parti d’une affaire de téléphone portable disparu dans le salon de coiffure. Une fille vivant dans les alentours déclare y avoir perdu son téléphone cellulaire le soir du 7 mars 2008. “ La fille qui a provoqué tout ça habite là à côté. Elle vient souvent ici perdre le temps. On est déjà comme la famille, puisqu’elle se coiffe ici gratuitement et elle nous aide souvent quand il y a beaucoup de clients ”, explique une employée du salon de coiffure en question. “ Le 7 mars, elle est venue se coiffer. Comme il y avait beaucoup de monde, on lui a demandé d’attendre, et de nous aider. Après, elle est revenue le lendemain nous dire que son téléphone a disparu ici ”, poursuit la coiffeuse.
Elle aurait ensuite accusé les personnels du salon, et revendiqué son bien. “ Elle harcelait Koko tout le temps à cause de ce téléphone ”, se rappelle Léo. Las d’attendre, elle aurait fini par solliciter son copain militaire pour une expédition punitive. Une thèse qui ne fait pas l’unanimité. “ Nous ne voulons pas être mêlés à cette affaire. Allez là-bas où on vous a raconté des mensonges. Ils ont volé le téléphone de Toutou. Un Samsung avec camera et ordinateur ”, lance une fille énervée. “ En tout cas, elle n’habite pas ici. Voilà sa maison et elle n’est pas là ”, tranche une autre, indiquant une autre baraque située non loin. Affaire à suivre…

Par Edouard TAMBA
In Le Messager du 08-04-2008

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